Écrivain et philosophe français du XVIIIe siècle, Montesquieu est l'un des premiers auteurs des Lumières. Dans les Lettres persanes (1721), il critique la société française à travers le regard de voyageurs persans. Dans De l'esprit des lois (1748), étudié sur le site, il défend la séparation des pouvoirs et dénonce l'esclavage avec ironie.
Écrivain et philosophe français du XVIIIe siècle, Voltaire est l'une des grandes figures des Lumières. Il a combattu toute sa vie l'intolérance, le fanatisme religieux et l'injustice, notamment dans son Traité sur la tolérance (1763). Il est célèbre pour ses contes philosophiques pleins d'ironie, comme Candide (1759), étudié sur le site.
Écrivain français du XIXe siècle, Victor Hugo est le chef de file du romantisme. Il a écrit des poèmes, comme Les Contemplations (1856), du théâtre et des romans, comme Les Misérables (1862). Opposé à Napoléon III, il a vécu en exil pendant près de vingt ans. Sur le site, on étudie notamment « Les Djinns » et « Demain, dès l'aube… ».
Écrivain et homme politique français, Maurice Barrès a d'abord défendu le « culte du moi », puis il est devenu l'un des principaux penseurs du nationalisme français. Député, il s'est opposé en 1908 à l'abolition de la peine de mort, face à Jean Jaurès : le discours étudié sur le site vient de ce débat. Ses romans les plus connus sont Les Déracinés (1897) et La Colline inspirée (1913).
Démontrer, convaincre, persuader : argumenter contre la peine de mort
Faut-il punir de mort ? La question traverse trois siècles de littérature d'idées et donne à cette séquence de Seconde son fil conducteur. Elle sert à distinguer trois manières d'argumenter : démontrer (établir une vérité par un raisonnement), convaincre (faire admettre une thèse par des arguments et des exemples) et persuader (toucher la sensibilité du destinataire pour emporter son adhésion). On part d'une image, la Chaise électrique d'Andy Warhol ; on suit ensuite l'argumentation raisonnée de Montesquieu et de Voltaire, on se confronte à la thèse adverse avec le discours de Maurice Barrès, avant d'étudier la force du récit et de l'émotion (Camus, Hugo) et le texte du projet de loi qui abolit la peine de mort en 1981. Le Dernier Jour d'un condamné de Victor Hugo, lu en lecture cursive, fournit le texte de l'évaluation.
Fiche enseignant
Intitulé
Démontrer, convaincre, persuader : argumenter contre la peine de mort
Objet d'étude
« Démontrer, convaincre et persuader » (programme de Seconde des années 2000)
Corpus
Un groupement de textes du XVIIIe au XXe siècle, une image, un document officiel ; une œuvre en lecture cursive : Victor Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné (Hatier, « Classiques & ; Cie »)
Pratiques
Repérage de la thèse, des arguments et des exemples ; reformulation d'une thèse ; lecture de l'image ; commentaire ; écriture d'invention (dialogue argumentatif)
Années
Dossiers de 2004-2005 ; devoirs des vacances de Pâques 2006 ; devoir surveillé d'avril 2007
Fil rouge
Contre la peine de mort, faut-il faire appel à la raison ou à l'émotion ?
Le parcours
L'ordre des étapes est reconstitué à partir des documents du dossier. Le groupement de textes, la fiche « EFS » (Barrès, Camus, Badinter, Hugo) et le diaporama « peine de mort », enregistrés dans des formats anciens (Publisher, PowerPoint 97), n'ont pas pu être relus.
Étape
Dominante
Support
Notions
1
Entrer dans le débat par l'image
Andy Warhol, Electric Chair, séries de 1967 et 1971
Connotation, série, visée argumentative
2
Démontrer
Montesquieu, De l'esprit des lois, VI, 12
Thèse, arguments, exemples
3
Convaincre
Voltaire, Commentaire sur le livre Des délits et des peines
Reformuler une thèse
4
La thèse adverse
Maurice Barrès, discours à la Chambre des députés
Thèse adverse, concession, réfutation
5
Persuader
Albert Camus, Réflexions sur la guillotine ; Victor Hugo, lettre pour John Brown ; Libération, 1998
Récit, émotion, registre pathétique
6
Abolir
Projet de loi portant abolition de la peine de mort, 1981 ; discours de Robert Badinter
Exposé des motifs, articles de loi
Lecture cursive
Un roman à thèse
Victor Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné, préface et récit
Fiche biographique, questionnaire, invention
Évaluation
Devoir surveillé
Le Dernier Jour d'un condamné, chapitre XLVIII [à vérifier]
Commentaire ou invention
Les textes étudiés
Texte
Auteur et titre
Œuvre, date
Texte 1
Montesquieu, « De la puissance des peines »
De l'esprit des lois, livre VI, chapitre 12, 1748
Texte 2
Voltaire, « De la peine de mort »
Commentaire sur le livre Des délits et des peines, 1766
Texte 3
Maurice Barrès, « Je suis partisan du maintien de la peine de mort »
Discours à la Chambre des députés, 1908 [à vérifier]
Texte 4
Victor Hugo, lettre pour John Brown
1859, citée dans Libération, 10 février 1998
Document
Projet de loi portant abolition de la peine de mort
Andy Warhol, Electric Chair, séries de 1967 et 1971
La séquence s'ouvre sur une image. Andy Warhol (1928-1987), figure du pop art américain, reprend dans ses Electric Chair la photographie d'une chaise électrique et la reproduit en sérigraphie, procédé d'impression qui permet de tirer la même image en série, dans des couleurs différentes. L'œuvre, protégée, est projetée en classe à partir du diaporama du dossier ; elle n'est pas reproduite ici.
La série parmi les séries. Pour finir, on regarde d'autres séries de Warhol : Marilyn, le Che, les soupes Campbell. La chaise électrique y côtoie les stars et les produits de consommation.
Montesquieu, De l'esprit des lois, livre VI, chapitre 12, 1748
Le chapitre 12 du livre VI de De l'esprit des lois, « De la puissance des peines », ne parle pas seulement de la peine de mort : il se demande si la cruauté des châtiments rend les hommes meilleurs. Le document de travail porte un titre qui dit tout le programme de la séance : « thèse, arguments, exemples ».
Texte 1 · « De la puissance des peines »Montesquieu1689 – 1755
L'expérience a fait remarquer que, dans les pays où les peines sont douces, l'esprit du citoyen en est frappé, comme il l'est ailleurs par les grandes.
Quelque inconvénient se fait-il sentir dans un État ? Un gouvernement violent veut soudain le corriger ; et, au lieu de songer à faire exécuter les anciennes lois, on établit une peine cruelle qui arrête le mal sur-le-champ. Mais on use le ressort du gouvernement : l'imagination se fait à cette grande peine, comme elle s'était faite à la moindre ; et comme on diminue la crainte pour celle-ci, l'on est bientôt forcé d'établir l'autre dans tous les cas. Les vols sur les grands chemins étaient communs dans quelques États ; on voulut les arrêter ; on inventa le supplice de la roue, qui les suspendit pendant quelque temps. Depuis ce temps, on a volé comme auparavant sur les grands chemins.
De nos jours, la désertion fut très fréquente ; on établit la peine de mort contre les déserteurs, et la désertion n'est pas diminuée. La raison en est bien naturelle : un soldat, accoutumé tous les jours à exposer sa vie, en méprise ou se flatte d'en mépriser le danger. Il est tous les jours accoutumé à craindre la honte : il fallait donc laisser une peine qui faisait porter une flétrissure pendant la vie. On a prétendu augmenter la peine, et on l'a réellement diminuée.
Il ne faut point mener les hommes par les voies extrêmes ; on doit être ménager des moyens que la nature nous donne pour les conduire. Qu'on examine la cause de tous les relâchements, on verra qu'elle vient de l'impunité des crimes, et non pas de la modération des peines.
[Montesquieu invite à suivre la nature, qui a donné aux hommes la honte pour fléau : là où le supplice ne déshonore plus, c'est que la tyrannie a frappé de la même peine les scélérats et les gens de bien ; là où seuls les supplices cruels retiennent les hommes, c'est que le gouvernement les a employés pour des fautes légères.]
[…] Lorsque le mal est une fois corrigé, on ne voit plus que la dureté du législateur ; mais il reste un vice dans l'État, que cette dureté a produit : les esprits sont corrompus, ils se sont accoutumés au despotisme.
Montesquieu, De l'esprit des lois, livre VI, chapitre 12 (1748), extrait · Lire l'œuvre
Voltaire, Commentaire sur le livre Des délits et des peines, 1766
Page de titre de Dei delitti e delle pene (Des délits et des peines) de Cesare Beccaria, sixième édition, « Harlem », 1766 [date à vérifier : Commons indique 1780] ✱Le livre de Beccaria contre la torture et la peine de mort, que Voltaire commente en 1766.Domaine public · Wikimedia Commons
✱En 1764, le juriste milanais Cesare Beccaria publie Des délits et des peines, qui réclame des peines proportionnées aux délits et condamne la torture et la peine de mort. Deux ans plus tard, Voltaire commente le traité sous le masque d'un « avocat de province ».
Texte 2 · « Un homme pendu n'est bon à rien »Voltaire1694 – 1778
On a dit, il y a longtemps, qu'un homme pendu n'est bon à rien et que les supplices inventés pour le bien de la société doivent être utiles à cette société. Il est évident que vingt voleurs vigoureux, condamnés à travailler aux ouvrages publics toute leur vie, servent l'État par leur supplice, et que leur mort ne fait de bien qu'au bourreau, que l'on paye pour tuer les hommes en public. Rarement les voleurs sont-ils punis de mort en Angleterre ; on les transporte dans les colonies. Il en est de même dans les vastes États de la Russie ; on n'a exécuté aucun criminel sous l'empire de l'autocratrice Élisabeth. Catherine II, qui lui a succédé, avec un génie très supérieur, suit la même maxime. Les crimes ne se sont point multipliés par cette humanité, et il arrive presque toujours que les coupables relégués en Sibérie y deviennent gens de bien.
[…] Ces condamnés sont forcés à un travail continuel pour vivre. Les occasions du vice leur manquent : ils se marient, ils peuplent. Forcez les hommes au travail, vous les rendrez honnêtes gens. […]
[Voltaire rappelle que Rome ne condamnait à mort un citoyen que pour des crimes touchant au salut de l'État, puis qu'aucun juge ne doit punir de mort quand la loi ne le prononce pas expressément : l'humanité, plus forte que la loi, doit souvent épargner ceux que la loi elle-même condamne.]
L'épée de la justice est entre nos mains ; mais nous devons plus souvent l'émousser que la rendre plus tranchante. On la porte dans son fourreau devant les rois, c'est pour nous avertir de la tirer rarement.
On a vu des juges qui aimaient à faire couler le sang ; tel était Jeffreys, en Angleterre ; tel était, en France, un homme à qui l'on donna le surnom de coupe-tête. De tels hommes n'étaient pas nés pour la magistrature ; la nature les fit pour être bourreaux.
Voltaire, Commentaire sur le livre Des délits et des peines, par un avocat de province (1766), « De la peine de mort », extrait · Lire l'œuvre
Maurice Barrès, discours à la Chambre des députés, 1908 [à vérifier]
Maurice Barrès (1862-1923), écrivain et député, défend la thèse adverse.
Texte 3 · « Par amour de la santé sociale »Maurice Barrès1862 – 1923
Je suis partisan du maintien de la peine de mort, du maintien et de l'application. Je n'apporterai pas à la tribune la masse des arguments que soulève cette grande question ; je voudrais me tenir sur un point particulier, bien déterminé et contredire, réfuter, si je puis, l'opinion de ceux qui croient que la suppression de la peine de mort serait un progrès moral pour la société française […].
[Barrès répond aux médecins pour qui les assassins sont « nécessités » par l'hérédité ou par le milieu : il faut combattre ces causes, mais devant le criminel, c'est l'intérêt social qui doit inspirer le législateur, et non un attendrissement sur l'être antisocial.]
Pour ma part, je demande que l'on continue à nous débarrasser de ces dégradés, de ces dégénérés, dans les conditions légales d'aujourd'hui […]. [Il souhaite une punition exemplaire, mais à huis clos, comme en Angleterre.]
Messieurs, j'ai autant d'horreur qu'aucun de vous pour le sang versé. Un jour, il m'a été donné d'assister à une exécution, je ne veux pas dire de la voir – car en effet c'est un spectacle intolérable. Je m'y trouvais non loin de M. le Président du Conseil. Le lendemain M. Clemenceau a écrit un bel article où il exprimait tout le dégoût qu'il avait éprouvé, toute la répulsion morale et physique que l'on ne peut pas ne pas ressentir.
Mais qu'est-ce que cela prouve ? Cela prouve d'abord que M. le Président du Conseil a bien fait d'abandonner sa carrière médicale qui aurait pu l'amener à des opérations chirurgicales.
Pour ma part, cette même émotion pénible ne l'éprouverais-je pas, si je devais assister à ces terribles opérations qui pourtant sont le salut, une ressource de guérison ? La vie est en elle-même chose cruelle. Et ce n'est pas avoir fourni un argument contre la peine capitale de constater ce que personne ne nie – qu'une vision de décollation est chose atroce.
C'est par amour de la santé sociale que je vote le maintien et l'application de la peine de mort.
Maurice Barrès, discours à la Chambre des députés (1908 [à vérifier]), extraits. Georges Clemenceau (1841-1929) : président du Conseil depuis 1906. · Lire l'œuvre
Camus ouvre son essai par un souvenir : peu avant 1914, à Alger, son père, indigné par le massacre d'une famille de fermiers, assiste à l'exécution du meurtrier ; il rentre bouleversé et se met à vomir. Un châtiment qui donne la nausée à l'honnête homme qu'il doit protéger n'apporte pas la paix dans la cité : il est aussi révoltant que le crime. Texte protégé, distribué en classe.
Henri Leclerc, « Les barbares », Libération, 10 février 1998
L'article part d'une lettre de Victor Hugo, écrite depuis l'exil en 1859 en faveur de John Brown, condamné à mort aux États-Unis pour avoir mené une action armée contre l'esclavage, et exécuté le 2 décembre 1859. Il dénonce les plus de 3 000 condamnés des couloirs de la mort américains et appelle le « monde civilisé » à se dresser contre cette barbarie. Texte protégé, distribué en classe. Il cite Hugo :
Texte 4 · « Je supplie à mains jointes »Victor Hugo1802 – 1885
J'affirme sur l'honneur que cela ne s'est pas passé en Turquie mais en Amérique. On ne fait pas ces choses-là impunément en face du monde civilisé. La conscience universelle est un œil ouvert […] et quand on dit que cette nation est une gloire du genre humain, que comme la France, comme l'Angleterre, comme l'Allemagne, elle est l'un des organes de la civilisation, que souvent même elle dépasse l'Europe dans certaines audaces sublimes du progrès, qu'elle est le sommet de tout un monde, qu'elle porte sur son front l'immense lumière libre, on affirme que John Brown ne mourra pas, car on recule épouvanté devant l'audace d'un si grand crime commis par un si grand peuple.
Quant à moi, qui ne suis qu'un atome, mais qui, comme tous les hommes, ai en moi toute la conscience humaine, je m'agenouille avec larmes devant le grand drapeau étoilé du Nouveau Monde, et je supplie à mains jointes, avec un respect profond et filial, cette illustre République américaine d'aviser au salut de la loi morale universelle…
Victor Hugo, lettre pour John Brown (1859), extrait cité par Henri Leclerc dans Libération le 10 février 1998 · Lire l'œuvre
Projet de loi portant abolition de la peine de mort, Assemblée nationale, n° 310
Le dossier conserve le texte officiel du projet de loi enregistré à l'Assemblée nationale le 29 août 1981, présenté au nom du Premier ministre Pierre Mauroy par Robert Badinter, garde des Sceaux, ministre de la Justice. Un projet de loi s'ouvre sur un exposé des motifs : un texte argumentatif qui justifie la loi avant d'en énoncer les articles.
Document · L'exposé des motifs
Un pays épris de libertés ne peut, dans ses lois, conserver la peine de mort. C'est un impératif pour la liberté que de n'accorder à quiconque un pouvoir absolu tel que les conséquences d'une décision soient irrémédiables. C'en est un autre que de refuser l'élimination définitive d'un individu, fût-il un criminel.
Une justice qui se dérobe à cette double exigence avoue son impuissance et réduit son influence civilisatrice. La peine de mort entérine une faillite sociale ; son abolition répond à un principe éthique.
[L'exposé rappelle que le peuple français s'est prononcé à deux reprises pour des candidats qui se réclamaient de l'abolition, et que les études faites ne montrent aucune corrélation entre l'évolution de la criminalité sanglante et l'absence ou la présence de la peine de mort.]
Le moment est venu pour la France, qui fut si souvent à l'avant-garde des libertés et du progrès du droit, de combler le retard qu'elle a pris en ce domaine par rapport aux pays d'Europe occidentale qui refusent un châtiment considéré comme une peine inhumaine, dégradante et cruelle.
Projet de loi portant abolition de la peine de mort, Assemblée nationale, septième législature, n° 310, exposé des motifs (29 août 1981), extraits
Article premier. La peine de mort est abolie. Art. 2. Dans tous les textes en vigueur prévoyant que la peine de mort est encourue, la référence à cette peine est remplacée par la référence à la réclusion criminelle à perpétuité ou à la détention criminelle à perpétuité suivant la nature du crime concerné.
Projet de loi n° 310, articles 1 et 2
Le discours de Robert Badinter. En septembre 1981, le garde des Sceaux défend ce projet à la tribune de l'Assemblée nationale. Texte distribué en classe.
Devoirs des vacances de Pâques 2006 ; devoir surveillé d'avril 2007
Gavarni (modèle) et Louis-Auguste Gérard (gravure), « Comptons ce qui me reste », illustration du chapitre VIII du Dernier Jour d'un condamné, édition Houssiaux, vers 1855 ✱Le condamné compte les heures qui lui restent : tout le roman est son journal intime.Domaine public · Wikimedia Commons
En ce moment la porte extérieure s'est ouverte à deux battants. Une clameur furieuse et l'air froid et la lumière blanche ont fait irruption jusqu'à moi dans l'ombre. Du fond du sombre guichet, j'ai vu brusquement tout à la fois, à travers la pluie, les mille têtes hurlantes du peuple entassées pêle-mêle sur la rampe du grand escalier du Palais ; […] à gauche, l'arrière d'une charrette, auquel s'appuyait une roide échelle. Tableau hideux, bien encadré dans une porte de prison.
C'est pour ce moment redouté que j'avais gardé mon courage. J'ai fait trois pas, et j'ai paru sur le seuil du guichet.
– Le voilà ! le voilà ! a crié la foule. Il sort ! enfin !
Et les plus près de moi battaient des mains. Si fort qu'on aime un roi, ce serait moins de fête.
[Le bourreau et son valet montent dans la charrette, salués par les cris des enfants ; puis vient le tour du condamné.]
– Il va bien ! a dit une femme à côté des gendarmes.
Cet atroce éloge m'a donné du courage. […]
[La charrette s'ébranle au milieu des gendarmes et d'une « mer de têtes ».]
On a franchi la grille. Au moment où la charrette a tourné vers le Pont-au-Change, la place a éclaté en bruit, du pavé aux toits, et les ponts et les quais ont répondu à faire un tremblement de terre. […]
– Chapeaux bas ! chapeaux bas ! criaient mille bouches ensemble. Comme pour le roi.
Alors j'ai ri horriblement aussi, moi, et j'ai dit au prêtre :
– Eux les chapeaux, moi la tête.
Victor Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné (1829), chapitre XLVIII [à vérifier], extrait · Lire l'œuvre
Louis Boulanger, La Charrette du condamné (Le Dernier Jour d'un condamné), dessin à l'encre et au lavis, vers 1830 ✱La foule hurlante entoure la charrette qui emporte le condamné : la scène du texte d'évaluation.Domaine public · Wikimedia Commons
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
l'abolition de la peine de mort : en France, en 1981
monter à l'échafaud : être exécuté
le condamné à mort : celui qui attend son exécution
la grâce : décision qui annule la peine
Références culturelles
Cesare Beccaria, Des délits et des peines, 1764Ce juriste italien est l'un des premiers à réclamer l'abolition de la peine de mort et de la torture.
Victor Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné, 1829Hugo donne voix à un condamné anonyme pour faire ressentir l'horreur de la peine capitale.
Victor Hugo, Claude Gueux, 1834Hugo montre que la société, qui a laissé Claude dans la misère, est aussi responsable de son crime.
Albert Camus, Réflexions sur la guillotine, 1957Camus, dont le père avait été bouleversé par une exécution, dénonce la guillotine comme un meurtre légal.
Robert Badinter, L'Abolition, 2000Badinter raconte son combat d'avocat puis de ministre pour l'abolition, votée en 1981.
démontrerv.démonstratifadj.démontrableadj.indémontrableadj.démonstrateurn. m.
Champ lexical
thèseargumentexemplelogiqueconclusionconnecteur
Étymologie
demonstrare latin : montrer, prouver
monstrare latin : montrer
démontrer, démonstratif mots de la même famille
Expressions
CQFD : « ce qu'il fallait démontrer »
une démonstration par l'absurde : on montre que la thèse contraire mène à une absurdité
une démonstration de force : une manifestation de puissance
Références culturelles
Euclide, Éléments, IIIe siècle av. J.-C.Les Éléments déduisent les théorèmes de la géométrie à partir de définitions et d'axiomes.
René Descartes, Discours de la méthode, 1637Descartes veut étendre à toute pensée l'enchaînement rigoureux des démonstrations mathématiques.
Montesquieu, De l'esprit des lois, 1748Montesquieu y démontre les liens entre les lois, la nature des gouvernements et les climats.
Diderot, Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, 1776Le philosophe y démontre pas à pas à la maréchale que la vertu ne dépend pas de la foi.
convincere latin : vaincre complètement, prouver la culpabilité
vincere latin : vaincre
conviction, convaincant mots de la même famille
Expressions
convaincre et persuader : s'adresser à la raison, ou toucher les sentiments
être convaincu de meurtre : sens ancien : reconnu coupable
un ton convaincu : plein d'assurance
Références culturelles
Montesquieu, De l'esprit des lois, 1748Montesquieu cherche à convaincre par l'analyse raisonnée des causes et des exemples historiques.
Cesare Beccaria, Des délits et des peines, 1764Beccaria démontre par la raison l'inutilité de la torture et de la peine de mort.
Voltaire, Commentaire sur le livre Des délits et des peines, 1766Voltaire reprend les arguments de Beccaria pour convaincre le public de réformer la justice.
Diderot, Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, 1776Le philosophe y amène peu à peu la maréchale à admettre qu'un incroyant peut être vertueux.
persuader quelqu'un de faire : l'amener à agir en le touchant
se persuader : finir par croire
convaincre et persuader : la raison d'un côté, les sentiments de l'autre
Références culturelles
Victor Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné, 1829Hugo cherche à persuader en faisant partager au lecteur l'angoisse du condamné.
Victor Hugo, Claude Gueux, 1834Hugo s'inspire de l'histoire vraie d'un ouvrier poussé au crime pour émouvoir le lecteur.
Diderot, Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, 1776Le philosophe use de douceur et d'humour pour gagner l'adhésion de la maréchale.
Albert Camus, Réflexions sur la guillotine, 1957Camus joint des récits concrets et bouleversants à l'argumentation pour toucher le lecteur.
AaLes mots de l'argumentation
Notions à connaître en fin de séquence
✱
TThèse, thèse adverse
L'opinion que défend l'auteur ; celle qu'il combat (Barrès pour les abolitionnistes).
AArgument, exemple
La raison qui appuie la thèse ; le fait précis qui illustre l'argument (la roue, les déserteurs chez Montesquieu).
CConcession, réfutation
Reconnaître en partie la valeur de la thèse adverse ; puis la rejeter (« Mais qu'est-ce que cela prouve ? »).
DDémontrer
Établir une vérité par un raisonnement logique, sans appel aux sentiments.
CConvaincre
Faire admettre une thèse à la raison du destinataire par des arguments et des exemples.
PPersuader
Emporter l'adhésion en touchant la sensibilité : récit, émotion, implication du « je ».
Sources : dossier « contre la peine de mort » (Seconde, argumentation) du Drive d'Etienne Buraud : Montesquieu, « thèse, arguments, exemples » (mai 2004) ; « Barrès, Libération, Camus » (mai 2004) ; « Andy Warhol, Electric Chair », notes de lecture de l'image (mai 2004) ; projet de loi de 1981 (document officiel, avril 2004) ; « Devoirs pour les vacances de Pâques » (avril 2006) ; « DST peine de mort » (avril 2007) ; transparent corrigé « Voltaire, Commentaire sur Des délits et des peines » (dossier de méthode sur l'argumentation). Le groupement de textes et la fiche « EFS » (Publisher) ainsi que le diaporama « peine de mort » (PowerPoint, mai 2004) n'ont pas pu être relus. Le texte de Villiers de l'Isle-Adam (avril 2005) est une transcription d'une bibliothèque en ligne : il est seulement cité en référence. Ajouts signalés : questions, repère sur Beccaria, mémento ; les résumés des textes protégés reformulent les documents distribués.
9IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Démontrer, convaincre, persuader : classer avec l'IA
En classe25 min
Objectif. Distinguer les trois façons d'argumenter à partir du corpus (Montesquieu, Voltaire, Hugo, le projet de loi de 1981) et vérifier le classement de l'IA.
Classe seul chaque texte : démontrer, convaincre ou persuader, avec une citation.
Demande à l'IA le même classement.
Compare avec le mémento « les mots de l'argumentation ».
Discutez des désaccords : un texte peut-il faire les trois ?
À écrire à l'IA
Classe ces textes contre la peine de mort selon qu'ils cherchent surtout à démontrer, à convaincre ou à persuader, et justifie en une phrase : Montesquieu, De l'esprit des lois, VI, 12 (1748) ; Voltaire, Commentaire sur le livre Des délits et des peines (1766) ; Victor Hugo, lettre pour John Brown (1859) ; exposé des motifs du projet de loi d'abolition (1981).
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA définit les trois termes comme ton cours. Contrôle les dates et les titres, et méfie-toi si elle cite des phrases que tu ne trouves pas dans les extraits.
2
Réfuter Barrès : l'IA défend la thèse adverse
En classe ou à la maison30 min
Objectif. Repérer la thèse adverse (Barrès, discours à la Chambre) et apprendre à la réfuter avec les arguments de Voltaire et de l'exposé des motifs de 1981.
Relis le texte 3 et les questions sur la thèse adverse.
Demande à l'IA de reprendre les arguments de Barrès.
Réfute chacun par écrit avec un argument et un exemple du corpus.
Note l'argument le plus difficile à réfuter et cherche la réponse dans le projet de loi de 1981.
À écrire à l'IA
Résume en trois arguments la position de Maurice Barrès, favorable au maintien de la peine de mort, dans son discours à la Chambre des députés au début du XXe siècle. Je suis en Seconde et je vais les réfuter avec Voltaire et le projet de loi de 1981 ; dis-moi ensuite si mes réfutations répondent vraiment à tes arguments.
Garde ton esprit critique. La date du discours est marquée « [à vérifier] » dans le manuel : ne crois pas l'IA sur parole. Vérifie que ses arguments correspondent bien à l'extrait du manuel et non à des idées qu'elle prête à Barrès.
3
Mon dialogue devant l'échafaud, relu
À la maison45 min
Objectif. Réussir le sujet d'invention du devoir (un dialogue entre deux spectateurs d'une exécution, l'un favorable, l'autre opposé) d'après Le Dernier Jour d'un condamné.
Relis l'extrait d'évaluation de Hugo.
Écris seul ton dialogue : chaque personnage a au moins trois arguments.
Demande à l'IA de repérer les arguments de chacun, sans réécrire.
Vérifie l'équilibre : la thèse adverse est-elle assez forte pour que la réfutation ait du sens ?
À écrire à l'IA
J'ai écrit pour un devoir de Seconde un dialogue entre deux personnes qui assistent à une exécution, l'une pour, l'autre contre la peine de mort (je le colle ci-dessous). Ne le réécris pas. Fais la liste des arguments de chaque personnage et dis si l'un d'eux est trop faible pour rendre le débat intéressant.
Garde ton esprit critique. Vérifie que la liste correspond à ton texte. L'IA peut affaiblir un personnage ou moraliser : c'est à toi de décider de l'équilibre du dialogue.
4
Lire Electric Chair de Warhol : ma description d'abord
En classe ou à la maison25 min
Objectif. Analyser la visée argumentative d'une image (la série Electric Chair) et vérifier les informations données par l'IA sur l'œuvre.
Décris seul une des images de la série : ce qui frappe, les couleurs, la série.
Demande à l'IA ce qu'elle sait de cette série.
Compare avec l'encadré « la visée argumentative de l'image ».
Vérifie les dates et les informations sur l'œuvre dans une source fiable (site d'un musée).
À écrire à l'IA
Que sais-tu de la série Electric Chair d'Andy Warhol (années 1960-1970) ? En 8 lignes, explique comment la répétition et les couleurs peuvent servir une réflexion sur la peine de mort. Signale ce dont tu n'es pas certain.
Garde ton esprit critique. Les informations sur les œuvres d'art (dates, nombre d'images, musées) sont souvent fausses dans les réponses d'IA. Ton analyse doit partir de ce que tu vois, pas de ce qu'elle raconte.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
5 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
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Voltaire, un homme pendu n'est bon à rienIdentifier et classer les arguments par lesquels Voltaire veut convaincre que la peine de mort est inutile et inhumaine, apprendre à reformuler une thèse en…
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Barrès, la thèse adverseÉtudier la thèse adverse pour mieux la combattre : repérer la thèse de Barrès et l'opinion qu'il réfute, analyser sa concession et sa réfutation, montrer les…
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Hugo, je supplie à mains jointesComprendre comment Hugo cherche à persuader : situer la lettre, analyser l'éloge de l'Amérique mis au service de la supplique, relever les procédés qui…
20
Eux les chapeaux, moi la têtePréparer le devoir surveillé d'avril 2007 : lire la scène, préparer le commentaire, puis commencer le dialogue d'invention.
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