Créé en mars 2003Programme officielVivre en société, participer à la société · « Dénoncer les travers de la société »
Programme du cycle 4 de 2015, modifié en 2020 (BO n° 31 du 30 juillet 2020), toujours en vigueur en 3e en 2026-2027 ; le nouveau programme (BO n° 10 du 5 mars 2026) s'appliquera en 3e à la rentrée 2028.
Entrées de l'ancien programme, toujours en vigueur
Vivre en société, participer à la société · « Dénoncer les travers de la société »
Agir sur le monde · « Agir dans la cité : individu et pouvoir »
rattachement indiqué dans le cours d'origine
Jean de La FontaineVoltaireJean de La Bruyère
★Ouverture de la séquence
La frise des textes
Les 5 textes de la séquence que l'on peut dater, dans l'ordre chronologique. Clique ou touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.
Poète français du XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, La Fontaine est célèbre pour ses Fables, dont le premier recueil paraît en 1668. Il s'inspire souvent d'auteurs anciens comme le Grec Ésope et fait parler des animaux pour critiquer les défauts des hommes. « La Cigale et la Fourmi » et « Le Corbeau et le Renard », étudiés sur le site, ouvrent ce premier recueil.
Moraliste français du XVIIe siècle, La Bruyère est l'auteur d'un seul grand livre, Les Caractères (1688), étudié sur le site. Il y fait le portrait de personnages typiques de son époque, souvent sous des noms inventés comme Arrias, pour se moquer de leurs défauts : l'orgueil, la vanité, l'hypocrisie. Il était précepteur dans la famille du prince de Condé.
Écrivain et philosophe français du XVIIIe siècle, Voltaire est l'une des grandes figures des Lumières. Il a combattu toute sa vie l'intolérance, le fanatisme religieux et l'injustice, notamment dans son Traité sur la tolérance (1763). Il est célèbre pour ses contes philosophiques pleins d'ironie, comme Candide (1759), étudié sur le site.
Dénoncer la guerre et le fanatisme : de La Fontaine à Voltaire
Comment répondre à la guerre ? Comment combattre le fanatisme, cette « maladie » qui pousse des hommes à tuer au nom de Dieu ? Les écrivains des XVIIe et XVIIIe siècles n'écrivent pas de longs traités : ils racontent. Un loup dévore un agneau, deux coqs se battent pour une poule, des chats se massacrent dans une plaine, un prince part « à la gloire » pour une province qu'il n'a jamais vue. Derrière ces petits récits se cache une argumentation : il s'agit de persuader par le récit, de faire réfléchir le lecteur en le faisant sourire, puis en l'indignant.
La séquence vient d'un dossier de Seconde intitulé « répondre à la guerre », préparé en 2003 et repris en 2014 : textes de La Fontaine, de La Bruyère et de Voltaire, parabole du bon Samaritain, plans d'explication, évaluation de fin de séquence sur « Les Deux Coqs » et le fanatisme, avec sa correction. Elle est ici adaptée à la classe de 3e : les questions sont plus guidées, le vocabulaire plus simple, et les deux devoirs de fin de séquence deviennent des exercices d'entraînement.
Fiche enseignant
Intitulé
Dénoncer la guerre et le fanatisme
Entrée du programme
Dénoncer les travers de la société ; Agir dans la cité : individu et pouvoir
Corpus
Groupement de textes : deux fables, un essai moraliste, deux articles de dictionnaire, une parabole
Durée
6 séances, puis un bilan
Fil rouge
Comment un récit peut-il argumenter ? Raconter pour dénoncer
✱Au brevet, la séquence prépare au sujet de réflexion et au sujet d'imagination.
La raison du plus fort est toujours la meilleure :Nous l'allons montrer tout à l'heure.Un Agneau se désaltéraitDans le courant d'une onde pure.5Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,Et que la faim en ces lieux attirait.« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?Dit cet animal plein de rage :Tu seras châtié de ta témérité.10— Sire, répond l'Agneau, que votre MajestéNe se mette pas en colère ;Mais plutôt qu'elle considère
Jean de La Fontaine, Fables, livre I, 10 (1668), vers 1 à 12. [Vers 13 à 17 : l'Agneau explique qu'il boit « plus de vingt pas au-dessous » du Loup : il ne peut donc pas troubler son eau.] · Lire l'œuvre
François Chauveau, « Le Loup et l'Agneau », gravure pour l'édition originale des Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine, 1668 ✱L'image de la première édition des Fables : le loup menace l'agneau au bord du ruisseau.Domaine public · Wikimedia CommonsLe Loup et l'Agneau (suite et fin, vers 18 à 29)
— Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,Et je sais que de moi tu médis l'an passé.— Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.5— Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.— Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens :Car vous ne m'épargnez guère,Vous, vos bergers, et vos chiens.On me l'a dit : il faut que je me venge. »10Là-dessus, au fond des forêtsLe Loup l'emporte, et puis le mange,Sans autre forme de procès.
Jean de La Fontaine, Fables, livre I, 10 (1668), vers 18 à 29
Claude Olivier Gallimard d'après Jean-Baptiste Oudry, « Le Loup et l'Agneau », gravure pour les Fables de La Fontaine, 1755-1759 ✱Le loup va emporter l'agneau : la raison du plus fort l'emporte, comme à la fin de la fable.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapefableVoir dans le Lexique →
3Texte 2 · Séance 2
L'homme, un animal raisonnable ?
Jean de La Bruyère, Les Caractères, « Des jugements », 1688
Texte 2 · « Quels hurlements, quelle boucherie ! »
J'entends corner sans cesse à mes oreilles : L'homme est un animal raisonnable ; qui vous a passé cette définition ? sont-ce les loups, les singes et les lions, ou si vous vous l'êtes accordée à vous-mêmes ? C'est déjà une chose plaisante que vous donniez aux animaux, vos confrères, ce qu'il y a de pire, pour prendre pour vous ce qu'il y a de meilleur ; laissez-les un peu se définir eux-mêmes, et vous verrez comme ils s'oublieront, et comme vous serez traités. Je ne parle point, ô hommes, de vos légèretés, de vos folies et de vos caprices qui vous mettent au-dessous de la taupe et de la tortue, qui vont sagement leur petit train, et qui suivent, sans varier, l'instinct de la nature ; mais écoutez-moi un moment.
[On loue le faucon, le lévrier et le chasseur qui tue le sanglier ; mais on sépare à coups de bâton deux chiens qui se battent, et l'on trouverait abominable une bataille où dix mille chats, ou dix mille loups, resteraient sur la place.]
Et si les uns ou les autres vous disaient qu'ils aiment la gloire, concluriez-vous de ce discours qu'ils la mettent à se trouver à ce beau rendez-vous à détruire ainsi, et à anéantir leur propre espèce ; ou après l'avoir conclu ne ririez-vous pas de tout votre cœur de l'ingénuité de ces pauvres bêtes ?
[…]
Mais, comme vous devenez d'année à autre plus raisonnables, vous avez bien enchéri sur cette vieille manière de vous exterminer : vous avez de petits globes qui vous tuent tout d'un coup, s'ils peuvent seulement vous atteindre à la tête ou à la poitrine ; vous en avez d'autres plus pesants et plus massifs, qui vous coupent en deux parts ou qui vous éventrent, sans compter ceux qui, tombant sur vos toits, enfoncent les planchers, vont du grenier à la cave, en enlevant les voûtes, et font sauter en l'air, avec vos femmes, l'enfant et la nourrice ; et c'est là encore où gît la gloire ; elle aime le remue-ménage, et elle est personne d'un grand fracas.
Jean de La Bruyère, Les Caractères, chapitre XII, « Des jugements » (1688), extrait · Lire l'œuvre
Jacques Callot, « La Bataille », planche des Misères et malheurs de la guerre, eau-forte, 1633 ✱Au XVIIe siècle, des armées entières se massacrent : c'est la « boucherie » dont parle La Bruyère.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapeironieVoir dans le Lexique →
4Texte 3 · Séance 3
Un apologue satirique
Voltaire, « Guerre », Dictionnaire philosophique, 1764
Horace Vernet, La Bataille de Fontenoy, 11 mai 1745, huile sur toile, 1828 ✱Une bataille du temps de Voltaire peinte comme une gloire : l'article « Guerre » s'en moque.Domaine public · Wikimedia CommonsTexte 3 · « Et marche à la gloire »Voltaire1694 – 1778
Un généalogiste prouve à un prince qu'il descend en droite ligne d'un comte dont les parents avaient fait un pacte de famille, il y a trois ou quatre cents ans, avec une maison dont la mémoire même ne subsiste plus. Cette maison avait des prétentions éloignées sur une province dont le dernier possesseur est mort d'apoplexie : le prince et son conseil concluent sans difficulté que cette province lui appartient de droit divin. Cette province, qui est à quelques centaines de lieues de lui, a beau protester qu'elle ne le connaît pas, qu'elle n'a nulle envie d'être gouvernée par lui ; que, pour donner des lois aux gens, il faut au moins avoir leur consentement : ces discours ne parviennent pas seulement aux oreilles du prince, dont le droit est incontestable. Il trouve incontinent un grand nombre d'hommes qui n'ont rien à perdre ; il les habille d'un gros drap bleu à cent dix sous l'aune, borde leurs chapeaux avec du gros fil blanc, les fait tourner à droite et à gauche et marche à la gloire.
Les autres princes qui entendent parler de cette équipée y prennent part, chacun selon son pouvoir, et couvrent une petite étendue de pays de plus de meurtriers mercenaires que Gengis Khan, Tamerlan, Bajazet n'en traînèrent à leur suite.
[…]
Ces multitudes s'acharnent les unes contre les autres, non seulement sans avoir aucun intérêt au procès, mais sans savoir même de quoi il s'agit.
[…]
Le merveilleux de cette entreprise infernale, c'est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d'aller exterminer son prochain.
Jacques Callot, « L'Enrôlement des troupes », planche des Misères et malheurs de la guerre, eau-forte, 1633 ✱On engage des hommes qui n'ont rien à perdre, comme le prince du texte de Voltaire.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapeguerreVoir dans le Lexique →
5Texte 4 · Séance 4
« Qui est mon prochain ? »
La parabole du bon Samaritain, Évangile selon Luc, chapitre 10
Eugène Delacroix, Le Bon Samaritain, huile sur toile, 1849 ✱Le Samaritain, un étranger, hisse le blessé sur son cheval : c'est lui, le prochain.Domaine public · Wikimedia Commons
Le dossier de la séquence contient une page intitulée « Qui est mon prochain ? » : la parabole du bon Samaritain, dans une traduction moderne, suivie d'une définition de la parabole. La traduction étant protégée, le récit est résumé ici.
✱Le récit en bref. À un docteur de la Loi qui lui demande « Qui est mon prochain ? », Jésus répond par une histoire. Un homme, roué de coups par des bandits, est laissé à moitié mort. Un prêtre, puis un lévite passent sans s'arrêter. Un Samaritain, un étranger, le soigne et paie l'aubergiste pour lui. Le prochain du blessé, conclut le docteur de la Loi, est « celui qui a fait preuve de bonté envers lui ».
« Va et, toi aussi, fais de même. »
Évangile selon Luc, chapitre 10, dernière parole de Jésus (traduction moderne, texte distribué en classe)
Voltaire, « Fanatisme » (1764) ; La Fontaine, « Les Deux Coqs » (1678)
Ces deux textes formaient l'évaluation de fin de séquence de Seconde (version de décembre 2014). Sur les trois sujets au choix, le document conservé ne donne plus que l'invention (entraînement 2) ; la correction de mai 2003 porte sur le commentaire de la fable, que l'on suit ici pas à pas.
Texte 5 · « La peste des âmes »Voltaire1694 – 1778
Il n'y a d'autre remède à cette maladie épidémique [le fanatisme] que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal ; car, dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir, et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés.
[…]
Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage ; c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre.
Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?
Ce sont d'ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains. […] Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède : car l'effet de la philosophie est de rendre l'âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité.
Voltaire, « Fanatisme », Dictionnaire philosophique (1764), extrait (texte A de l'évaluation) · Lire l'œuvre
Page de titre de la première édition du Dictionnaire philosophique portatif de Voltaire, « Londres », 1764 ✱La première édition du livre d'où viennent « Guerre » et « Fanatisme ».Domaine public · Wikimedia CommonsLes Deux CoqsJean de La Fontaine1621 – 1695
Deux Coqs vivaient en paix : une Poule survint,Et voilà la guerre allumée.Amour, tu perdis Troie ; et c'est de toi que vintCette querelle envenimée,5Où du sang des Dieux même on vit le Xanthe teint.Longtemps entre nos Coqs le combat se maintint :Le bruit s'en répandit par tout le voisinage.La gent qui porte crête au spectacle accourut.Plus d'une Hélène au beau plumage10Fut le prix du vainqueur ; le vaincu disparut.
La Fontaine, Fables, VII, 12 (1678), v. 1-10. [V. 11-20 : le vaincu se cache et prépare sa vengeance. « Il n'en eut pas besoin » : le vainqueur va chanter sa victoire sur les toits.] · Lire l'œuvre
Martin Marvie d'après Jean-Baptiste Oudry, « Les Deux Coqs », gravure pour les Fables de La Fontaine, 1755-1759 ✱Le coq vainqueur chante sur le toit, mais un vautour fond sur lui : c'est la chute de la fable.Domaine public · Wikimedia CommonsLes Deux Coqs (suite et fin, vers 21 à 32)
Un Vautour entendit sa voix :Adieu les amours et la gloire.Tout cet orgueil périt sous l'ongle du Vautour.Enfin par un fatal retour5Son rival autour de la PouleS'en revint faire le coquet :Je laisse à penser quel caquet,Car il eut des femmes en foule.La Fortune se plaît à faire de ces coups ;10Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.Défions-nous du sort, et prenons garde à nousAprès le gain d'une bataille.
Jean de La Fontaine, Fables, livre VII, 12 (1678), vers 21 à 32
Plan de la correction (mai 2003) et sujet d'invention de l'évaluation
Séance 6 · Entraînement 2 : écrire une fable contre le fanatisme
C'était le premier des trois sujets de l'évaluation ; il est aussi conservé à part, dans un document de mai 2003. Le texte de Voltaire sur le fanatisme (texte 5) fournit les idées ; les fables de La Fontaine donnent le modèle.
Récit à visée argumentative, qui ne se donne pas pour un reflet fidèle de la réalité, mais pour une construction fabriquée dans le but d'illustrer un point de vue.
MMorale
Leçon de la fable ; chez La Fontaine, elle occupe souvent une place moindre que le récit, à la chute du texte.
PParabole
Manière de parler par images : un récit emprunté à la vie quotidienne fait comprendre une vérité de façon indirecte.
PPersuader par le récit
Convaincre indirectement, par un récit : « Guerre » est un apologue satirique.
BBurlesque, parodie
Traiter un sujet noble de manière familière (ou l'inverse) ; travestir des personnages et des situations héroïques.
ÉÉpique et burlesque
Les deux registres mêlés dans « Les Deux Coqs » : une parodie mythologique de la guerre.
✱
IIronie
Dire le contraire de ce que l'on pense pour se moquer et faire réagir.
IImplicite
Ce que le texte fait comprendre sans le dire.
QQuestion rhétorique
Fausse question, dont la réponse est évidente.
AApostrophe, invective
Interpellation directe (« ô hommes ») ; attaque verbale violente.
Sources : dossier « répondre à la guerre » (Cours Lycée › À vérifier), séquence de Seconde de 2003, reprise en 2014, adaptée ici à la classe de 3e : La Fontaine, « Le Loup et l'Agneau », texte (avril 2003) ; La Bruyère, extrait « Des jugements », texte, notes et plan d'explication (avril 2003) ; Voltaire, « Guerre », Dictionnaire philosophique, texte, notes et notes d'introduction (2003-2006, avec le transparent de mars 2003) ; « Qui est mon prochain ? », parabole du bon Samaritain (avril 2003) ; évaluation de fin de séquence, « Les Deux Coqs », le fanatisme (décembre 2014) ; correction du commentaire des « Deux Coqs » (mai 2003) ; sujet d'invention, une fable qui dénonce le fanatisme (mai 2003). Ordre des séances proposé pour la 3e (le dossier ne contient pas de projet de séquence). Non repris : la fiche d'étude du « Loup et l'Agneau » (page d'un site académique), la fable d'exemple jointe au sujet d'invention (production non signée), le groupement « magister », l'article « Paix » et le cours sur les Lumières (chapitre de Seconde), Le Monde comme il va et Candide (manuel de textes narratifs), Matin brun (œuvre protégée). Ajouts signalés par la pastille : encadrés « L'auteur » (La Fontaine, La Bruyère), rattachement au programme, résumé de la parabole, questions de compréhension et de comparaison, méthode de l'atelier, questions de bilan, définitions complémentaires du mémento.
9Étude d'image
Un peintre face à la persécution : l'Autoportrait au passeport juif
Image : Felix Nussbaum, via Wikimedia Commons (source : demokratischer-salon.de) · Public domain voir le fichier
Felix Nussbaum, Autoportrait au passeport juif (Selbstporträt mit Judenpass), vers 1943, huile sur bois, 56 × 49 cm, Osnabrück (Allemagne), maison Felix-Nussbaum
Etienne Buraud a donné ce tableau au brevet blanc de 2022 : un peintre juif allemand, caché en Belgique, se représente avec la carte d'identité qui le désigne comme Juif, peu avant sa déportation à Auschwitz. L'image montre ce que produit le fanatisme que dénoncent La Fontaine, La Bruyère et Voltaire.
Observer
Décris précisément l'image.
✱ Qu'est-ce que le personnage montre au spectateur ? Que peux-tu lire sur ce document ? Quel autre signe le désigne sur son manteau ?
✱ Où le personnage se trouve-t-il ? Décris le décor derrière lui : le mur, l'arbre, le ciel, la maison.
Analyser✱
Observe le regard du peintre et la position de son corps : quels sentiments exprime-t-il ?
Quels éléments du décor peuvent avoir un sens symbolique (le mur qui enferme, l'arbre coupé, l'arbre en fleurs, les oiseaux) ?
Pourquoi un peintre menacé se représente-t-il lui-même, avec cette carte à la main ? À qui s'adresse ce tableau ?
Relier au texte
Quels liens ce tableau entretient-il avec le texte ?
✱ Relis l'article « Fanatisme » de Voltaire (texte 5, « La peste des âmes »). Quelle phrase du texte pourrait servir de légende au tableau ? Justifie ton choix.
✱ Dans « Le Loup et l'Agneau » (texte 1), l'agneau est condamné sans avoir rien fait. En quoi le peintre se trouve-t-il dans la même situation ?
Éléments de réponse
✱
Un homme coiffé d'un chapeau, le col du manteau relevé, se retourne vers nous ; il tient une carte d'identité ; à l'arrière-plan, un haut mur fissuré, un arbre coupé, un petit arbre en fleurs, des oiseaux, une maison aux fenêtres fermées.
La carte porte le nom de Nussbaum et le tampon « JUIF-JOOD » (juif, en français et en néerlandais) ; une étoile jaune marquée d'un J est cousue sur le manteau : il est désigné par l'administration comme un homme à part.
Il est coincé dans l'angle de deux murs, sans issue : une impasse, comme une prison à ciel ouvert.
Le regard de côté, inquiet et méfiant, le col relevé comme pour se cacher : il exprime la peur d'être découvert, mais aussi la volonté de nous prendre à témoin.
Le mur enferme ; l'arbre coupé évoque la vie brisée ; l'arbre en fleurs et les oiseaux libres disent l'espoir ou la liberté perdue.
Il témoigne de ce qu'il vit et laisse une trace : le tableau s'adresse à nous, spectateurs de l'avenir. Nussbaum a été arrêté en 1944 et il est mort à Auschwitz.
Le peintre est réduit à une étiquette (« juif ») par une idéologie qui le persécute pour ce qu'il est, et non pour ce qu'il a fait.
Par exemple : « Ce sont d'ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains. » Le tableau montre la victime de cette rage que les lois ne savent pas arrêter.
Comme l'agneau, il n'a commis aucune faute : la « raison du plus fort » suffit à le condamner.
Les mots de l'image✱
autoportrait
portrait qu'un artiste fait de lui-même
plan rapproché
cadrage qui montre le personnage à partir de la taille ou de la poitrine
arrière-plan
partie de l'image la plus éloignée du spectateur
symbole
objet ou forme qui représente une idée (le mur pour l'enfermement)
regard adressé
le personnage regarde le spectateur et le prend à témoin
Au brevet blanc de 2025, Etienne Buraud a aussi fait étudier Le Petit Camp à Buchenwald de Boris Taslitzky avec un extrait de Primo Levi : voir l'étude de la séquence « Rédiger un sujet de réflexion au brevet ».
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
eirôneia grec : action d'interroger en feignant l'ignorance
ironia latin : ironie
ironique, ironiser mots de la même famille
Expressions
l'ironie du sort : un hasard cruel, comme une moquerie du destin
l'ironie socratique : Socrate feint l'ignorance pour faire réfléchir
au second degré : il faut comprendre le contraire de ce qui est dit
Références culturelles
Montesquieu, De l'esprit des lois (« De l'esclavage des nègres »), 1748Montesquieu feint de justifier l'esclavage par des arguments absurdes pour mieux le condamner.
Jonathan Swift, Modeste proposition, 1729Swift propose avec un sérieux glacial de manger les enfants des pauvres pour dénoncer leur misère.
Voltaire, Candide, 1759L'ironie de Voltaire ridiculise l'optimisme de Pangloss face aux pires catastrophes.
Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », 1765Voltaire fait interdire l'imprimerie par un mufti pour en défendre la liberté par antiphrase.
fanaticus latin : inspiré, saisi d'un délire sacré
fanatique, fan mots de la même famille
Expressions
un autodafé : une exécution sur le bûcher (Candide, chapitre 6)
« Écrasez l'infâme » : le mot d'ordre de Voltaire contre le fanatisme
un fanatique : quelqu'un qui défend sa croyance jusqu'à la violence
Références culturelles
Voltaire, Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète, 1741Voltaire y peint un imposteur qui pousse un jeune homme au meurtre au nom de la religion.
Voltaire, Candide, 1759Candide subit l'autodafé de Lisbonne et rencontre partout des violences commises au nom de la foi.
Voltaire, Traité sur la tolérance, 1763Né de l'affaire Calas, le traité dénonce les crimes du fanatisme religieux.
Voltaire, Dictionnaire philosophique (« Fanatisme »), 1764Voltaire y décrit le fanatisme comme une maladie contagieuse de l'esprit, presque incurable.
10IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Le Loup plaide sa cause devant la classe
En classe25 min
Objectif. Comprendre « la raison du plus fort » dans « Le Loup et l'Agneau » en analysant les mauvais arguments du Loup joué par l'IA.
Relis la fable et relève les trois accusations du Loup.
Le professeur demande à l'IA de jouer le Loup qui se défend devant un tribunal.
Par groupes, montrez que chaque argument est faux, avec les réponses de l'Agneau.
Concluez : pourquoi La Fontaine place-t-il la morale au début ?
À écrire à l'IA
Joue le Loup de la fable de La Fontaine « Le Loup et l'Agneau » (1668). Tu es jugé pour avoir mangé l'Agneau et tu te défends en trois arguments, avec beaucoup de mauvaise foi. Une classe de 3e va te répondre : réponds-lui ensuite en une phrase par argument.
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA reprend bien les accusations de la fable (l'eau troublée, la médisance de l'an passé, le frère) et qu'elle ne cite pas de vers inventés.
2
Ma fable contre le fanatisme, relue
À la maison45 min
Objectif. Réussir le sujet d'invention : écrire une fable ou un apologue qui dénonce le fanatisme, en suivant la méthode « Pour réussir ».
Choisis ta morale (une idée de Voltaire peut servir) et tes animaux.
Écris seul ta fable : situation, conflit, dénouement, dialogues.
Demande à l'IA si ta morale se devine sans être écrite.
Corrige ta fable, puis note ce que tu as gardé ou refusé de ses remarques.
À écrire à l'IA
J'ai écrit en 3e une fable qui dénonce le fanatisme, à la manière de La Fontaine et de Voltaire (je la colle ci-dessous). Ne la réécris pas. Dis-moi quelle morale tu comprends, quels personnages représentent qui, et un passage où la dénonciation est trop explicite ou trop floue.
Garde ton esprit critique. Si l'IA ne comprend pas ta morale, demande-toi si c'est ton texte ou sa lecture qui est en cause ; fais aussi lire ta fable à quelqu'un. Refuse toute réécriture complète.
3
Voltaire, « Guerre » : comparer deux analyses
À la maison30 min
Objectif. Analyser l'ironie et l'implicite de l'article « Guerre » (Dictionnaire philosophique) et comparer son analyse à celle de l'IA.
Relis le texte 3 et l'encadré « À retenir ».
Réponds seul aux questions guidées sur « dont le droit est incontestable » et « marche à la gloire ».
Colle l'extrait (domaine public) dans l'IA et pose-lui les mêmes questions.
Compare : où son analyse est-elle plus précise ? Où dit-elle « la guerre est absurde » au lieu de montrer comment Voltaire le fait comprendre ?
À écrire à l'IA
Voici un extrait de l'article « Guerre » du Dictionnaire philosophique de Voltaire (1764) (je le colle ci-dessous). Je suis en 3e. Explique en 8 lignes l'ironie des expressions « dont le droit est incontestable » et « marche à la gloire », et pourquoi les personnages ne sont pas nommés.
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA cite exactement le texte et qu'elle nomme les procédés (ironie, antiphrase, implicite) comme dans le mémento.
4
Raconter ou argumenter ? Quiz de bilan
En classe ou à la maison20 min
Objectif. Répondre à la question de bilan (classer les six textes : lesquels racontent, lesquels argumentent directement) et réviser les notions d'apologue, de parabole, d'invective.
Classe seul les six textes de la séquence.
Demande à l'IA un quiz sur les notions de la séquence.
Réponds, puis corrige avec le mémento.
Compare ton classement avec celui de la classe.
À écrire à l'IA
Crée un quiz de 8 questions pour la 3e sur : la fable et l'apologue (La Fontaine, « Le Loup et l'Agneau », « Les Deux Coqs »), l'invective chez La Bruyère (« Des jugements »), l'ironie de Voltaire (« Guerre », « Fanatisme »), la parabole du bon Samaritain. Réponses à la fin.
Garde ton esprit critique. Vérifie les références (livre et numéro des fables, dates) avec le manuel : les quiz générés se trompent souvent sur ces détails.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
7 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
07
Le Loup et l'Agneau, un procès truquéLire une fable à plusieurs voix, analyser le dialogue comme un débat truqué (accusations, réfutations, vrai motif), interpréter la morale, puis rédiger la…
08
La Bruyère, ô hommesPréparer l'explication d'un texte moraliste en suivant le plan d'Etienne Buraud : l'invective (apostrophe, fausse question), le renversement de la formule « l'homme…
09
Voltaire, et marche à la gloireComprendre comment Voltaire persuade par le récit : une histoire sans noms qui vaut pour toutes les guerres, l'ironie et l'implicite, la chute finale…
10
Qui est mon prochain, la paraboleDécouvrir la parabole (récit résumé, notion du cours), la comparer à la fable de La Fontaine et à l'apologue de Voltaire, comprendre le scandale de…
11
Voltaire, la peste des âmesAnalyser la métaphore filée de la maladie, dégager la thèse de Voltaire et ses arguments (l'impuissance des lois et de la religion, le rôle des « fripons »)…
12
Les Deux Coqs, une guerre de basse-courPréparer le commentaire d'une fable en suivant les questions tirées du corrigé d'Etienne Buraud : décrire la fable, analyser la parodie épique et les jeux de mots…
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Écrire une fable contre le fanatismeTraiter le sujet d'invention d'Etienne Buraud : analyser ses contraintes, puiser des idées dans l'article « Fanatisme » de Voltaire, construire le plan d'une fable…
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