Créé en 2009Programme officielRegarder le monde, inventer des mondes · « Visions poétiques du monde »
Programme du cycle 4 de 2015, modifié en 2020 (BO n° 31 du 30 juillet 2020), toujours en vigueur en 3e en 2026-2027 ; le nouveau programme (BO n° 10 du 5 mars 2026) s'appliquera en 3e à la rentrée 2028.
Écrivain français du XIXe siècle, Victor Hugo est le chef de file du romantisme. Il a écrit des poèmes, comme Les Contemplations (1856), du théâtre et des romans, comme Les Misérables (1862). Opposé à Napoléon III, il a vécu en exil pendant près de vingt ans. Sur le site, on étudie notamment « Les Djinns » et « Demain, dès l'aube… ».
Poète français du XIXe siècle, Baudelaire est considéré comme l'un des fondateurs de la poésie moderne. Son grand recueil, Les Fleurs du mal (1857), d'où viennent « L'Invitation au voyage » et « À une passante », étudiés sur le site, mêle la beauté et la tristesse, le rêve et la vie dans la grande ville. Il a aussi écrit des poèmes en prose, réunis dans Le Spleen de Paris.
Poète français du XIXe siècle, Verlaine est célèbre pour la musique de ses vers. Il a publié notamment Poèmes saturniens (1866) et Romances sans paroles (1874), d'où vient « Il pleure dans mon cœur… », étudié sur le site. Il a eu une relation orageuse avec Arthur Rimbaud. Dans son « Art poétique », il écrit : « De la musique avant toute chose ».
Poète français du XIXe siècle, Rimbaud a écrit presque toute son œuvre avant l'âge de vingt ans, puis il a abandonné la poésie pour voyager et faire du commerce en Afrique. On lui doit Une saison en enfer (1873) et les Illuminations. Les poèmes étudiés sur le site, comme « Le Dormeur du val » ou « Ma Bohème », datent de 1870 : il était alors adolescent.
Poète et inventeur français du XIXe siècle, Charles Cros fréquentait les milieux artistiques de Paris, où il a connu Verlaine et Rimbaud. Son recueil Le Coffret de santal (1873) contient « Le Tsigane », étudié sur le site. Il a aussi imaginé un appareil pour enregistrer et reproduire les sons, à la même époque que le phonographe de l'Américain Edison.
Poète français du XXe siècle, Éluard a participé au mouvement surréaliste avec André Breton. Il a chanté l'amour, notamment dans Capitale de la douleur (1926) et L'Amour la poésie (1929). Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est entré dans la Résistance : son poème « Liberté » (1942), étudié sur le site, a été lancé par des avions alliés au-dessus de la France.
Poète français du XXe siècle, Robert Desnos a fait partie du groupe surréaliste dans les années 1920 ; il était célèbre pour ses « sommeils », pendant lesquels il improvisait des poèmes. Il a publié Corps et biens (1930) et des poèmes pour enfants, les Chantefables. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il a été arrêté et déporté, et il est mort en déportation.
Comparer le poème de Rimbaud au tableau de Cabanel
« Vénus Anadyomène »
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7
Une nouvelle langue : les couleurs des voyelles
« Voyelles » ; « L'étoile a pleuré rose… » ; Baudelaire, « Les Phares »
Synesthésie, correspondances, fonction poétique du langage
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« Le Bateau ivre » (extraits) et fiches de vocabulaire
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Traitements poétiques de l'aube
« Aube » (Illuminations) ; corpus sur l'aube
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Bilan du journal de lecture
Bilan de lecture, apprentissages, réflexion finale
Mémorisation d'un poème d'au moins 14 vers
Les textes du groupement
Poème
Recueil, date
TEXTE 1
« Les Poètes de sept ans »
À Paul Demeny, 26 mai 1871
TEXTE 2
« Sensation » et « Ma Bohème (Fantaisie) »
Cahier de Douai, 1870
TEXTE 3
« Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir »
Cahier de Douai
TEXTE 4
« Vénus Anadyomène »
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TEXTE 5
« Voyelles »
1871 (copie de Verlaine)
TEXTE 6
« Le Bateau ivre » (extraits)
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TEXTE 7
« Aube »
Illuminations
2Séance 1 · Ouverture
Arthur Rimbaud, une vie en fuite
Charleville 1854 · Marseille 1891
Une vie en cinq étapes
Dates
Étape
Ce qu'il faut retenir
1854-1869
Une enfance à Charleville
Né le 20 octobre 1854. Le père, capitaine d'infanterie, ne revient plus à Charleville après 1860. La mère, Vitalie Cuif, figure rigide et soucieuse de respectabilité, rend le climat familial étouffant. Excellent élève, Arthur collectionne les prix et rédige en latin avec aisance.
1870
Les premiers vers et les fugues
Il se lie d'amitié avec son professeur de rhétorique, Georges Izambard. En mai, il écrit à Théodore de Banville pour se faire publier (« Ophélie », « Sensation », « Credo in unam »). Le 29 août, il se sauve vers Paris ; contrôlé à son arrivée gare du Nord, il est détenu à la prison Mazas. En octobre, nouvelle fugue : Charleroi, Bruxelles, puis Douai, où il dépose chez Paul Demeny les poèmes composés pendant ce périple : le Recueil de Douai.
1871
La Commune et la lettre du Voyant
Rimbaud rejette la « poésie subjective ». Dans la lettre dite « du Voyant », adressée le 15 mai à Paul Demeny, il veut se faire « voyant », par un « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ». Verlaine l'appelle à Paris, où il arrive vers le 15 septembre.
1872-1875
Verlaine, l'enfer et les Illuminations
Vie agitée avec Verlaine à Londres, puis à Bruxelles. En juillet 1873, Verlaine, ivre, tire sur lui et le blesse légèrement au poignet. Rimbaud s'isole à Roche pour écrire Une saison en enfer ; Germain Nouveau participe à la mise au net des manuscrits des Illuminations. Puis c'est l'abandon de la poésie.
1876-1891
L'aventurier
Il s'engage dans l'armée coloniale néerlandaise, part pour Java et déserte, puis devient agent commercial à Aden et au Harar (Éthiopie) : peaux, café, et même trafic d'armes. À Paris, Verlaine publie une étude sur lui, reprise dans Les Poètes maudits. Malade du genou, il est débarqué à Marseille le 20 mai 1891, y est amputé et y meurt le 10 novembre 1891, à trente-sept ans.
La lettre du Voyant
Le 15 mai 1871, Rimbaud, seize ans, expose son projet poétique dans une lettre à Paul Demeny. Deux formules sont restées célèbres :
« Car Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute. […] Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. »
Arthur Rimbaud, lettre à Paul Demeny, 15 mai 1871, extrait
Et la Mère, fermant le livre du devoir,S'en allait satisfaite et très fière, sans voir,Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences,L'âme de son enfant livrée aux répugnances.5Tout le jour il suait d'obéissance ; trèsIntelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits,Semblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies.Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies,En passant il tirait la langue, les deux poings10À l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.Une porte s'ouvrait sur le soir : à la lampeOn le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,Sous un golfe de jour pendant du toit. L'étéSurtout, vaincu, stupide, il était entêté15À se renfermer dans la fraîcheur des latrines :Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinetDerrière la maison, en hiver, s'illunait,Gisant au pied d'un mur, enterré dans la marne20Et pour des visions écrasant son œil darne,Il écoutait grouiller les galeux espaliers.Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiersQui, chétifs, fronts nus, œil déteignant sur la joue,Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue25Sous des habits puant la foire et tout vieillots,Conversaient avec la douceur des idiots !Et si, l'ayant surpris à des pitiés immondes,Sa mère s'effrayait ; les tendresses, profondes,De l'enfant se jetaient sur cet étonnement.30C'était bon. Elle avait le bleu regard, — qui ment !À sept ans, il faisait des romans, sur la vieDu grand désert, où luit la Liberté ravie,Forêts, soleils, rives, savanes ! — Il s'aidaitDe journaux illustrés où, rouge, il regardait35Des Espagnoles rire et des Italiennes.Quand venait, l'œil brun, folle, en robes d'indiennes,— Huit ans, — la fille des ouvriers d'à côté,La petite brutale, et qu'elle avait sauté,Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,40Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses,Car elle ne portait jamais de pantalons ;— Et, par elle meurtri des poings et des talons,Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.Il craignait les blafards dimanches de décembre,45Où, pommadé, sur un guéridon d'acajou,Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;Des rêves l'oppressaient chaque nuit dans l'alcôve.Il n'aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu'au soir fauve,Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg50Où les crieurs, en trois roulements de tambour,Font autour des édits rire et gronder les foules.— Il rêvait la prairie amoureuse, où des houlesLumineuses, parfums sains, pubescences d'or,Font leur remuement calme et prennent leur essor !55Et comme il savourait surtout les sombres choses,Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,Haute et bleue, âcrement prise d'humidité,Il lisait son roman sans cesse médité,Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,60De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,Vertige, écroulements, déroutes et pitié !— Tandis que se faisait la rumeur du quartier,En bas, — seul, et couché sur des pièces de toileÉcrue, et pressentant violemment la voile !
26 mai 1871 · Arthur Rimbaud, « Les Poètes de sept ans », à M. P. Demeny · Lire l'œuvre
Les textes à l'appui de « Ma Bohème » (Hugo, Baudelaire, Cros, Apollinaire, Aznavour) opposent deux figures : le poète mage, guide, figure phare de la société (Hugo, « Fonction du poète ») et le poète en marge, que la société ne reconnaît pas (Baudelaire, « L'Albatros »).
Dieu le veut, dans les temps contraires,Chacun travaille et chacun sert.Malheur à qui dit à ses frères :Je retourne dans le désert !5Malheur à qui prend ses sandalesQuand les haines et les scandalesTourmentent le peuple agité !Honte au penseur qui se mutileEt s'en va, chanteur inutile,10Par la porte de la cité !Le poète en des jours impiesVient préparer des jours meilleurs.Il est l'homme des utopies,Les pieds ici, les yeux ailleurs.15C'est lui qui sur toutes les têtes,En tout temps, pareil aux prophètes,Dans sa main, où tout peut tenir,Doit, qu'on l'insulte ou qu'on le loue,Comme une torche qu'il secoue,20Faire flamboyer l'avenir !Peuples ! écoutez le poète !Écoutez le rêveur sacré !Dans votre nuit, sans lui complète,Lui seul a le front éclairé.25Des temps futurs perçant les ombres,Lui seul distingue en leurs flancs sombresLe germe qui n'est pas éclos.Homme, il est doux comme une femme.Dieu parle à voix basse à son âme30Comme aux forêts et comme aux flots.
Victor Hugo, « Fonction du poète », Les Rayons et les Ombres, I, 1840, strophes 1, 2 et 4 · Lire l'œuvre
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipagePrennent des albatros, vastes oiseaux des mers,Qui suivent, indolents compagnons de voyage,Le navire glissant sur les gouffres amers.5À peine les ont-ils déposés sur les planches,Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,Laissent piteusement leurs grandes ailes blanchesComme des avirons traîner à côté d'eux.Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !10Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !L'un agace son bec avec un brûle-gueule,L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !Le Poète est semblable au prince des nuéesQui hante la tempête et se rit de l'archer ;15Exilé sur le sol au milieu des huées,Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », II, 1857 (édition de 1861) · Lire l'œuvre
Gustave Doré, l'albatros sur le navire, gravure pour La Complainte du vieux marin de Coleridge, 1876 ✱Le grand oiseau des mers sur le pont d'un navire, comme l'albatros capturé par les marins de Baudelaire.Domaine public · Wikimedia CommonsLe TsiganeCharles Cros1842 – 1888
Dans la course effarée et sans but de ma vie,Dédaigneux des chemins déjà frayés, trop longs,J'ai franchi d'âpres monts, d'insidieux vallons.Ma trace avant longtemps n'y sera pas suivie.5Sur le haut des sommets que nul prudent n'envie,Les fins clochers, les lacs, frais miroirs, les champs blondsMe parlent des pays trop tôt quittés. Allons,Vite ! vite ! en avant. L'inconnu m'y convie.Devant moi, le brouillard recouvre les bois noirs.10La musique entendue en de limpides soirsRésonne dans ma tête au rythme de l'allure.Le matin, je m'éveille aux grelots du départ,En route ! Un vent nouveau baigne ma chevelure,Et je vais, fier de n'être attendu nulle part.
Charles Cros, Le Coffret de santal, 1873 · Lire l'œuvre
Deux prolongements
À la fin tu es las de ce monde ancien Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin […] Te voici à Marseille au milieu des pastèques Te voici à Coblence à l'hôtel du Géant Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon […] Tu as fait de douloureux et de joyeux voyages
Guillaume Apollinaire, « Zone », Alcools, 1913, extraits
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.Je laisserai le vent baigner ma tête nue.5Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :Mais l'amour infini me montera dans l'âme,Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,Par la Nature, — heureux comme avec une femme.
Mars 1870 · Arthur Rimbaud, Cahier de Douai · Lire l'œuvre
Vincent van Gogh, Champ de blé avec cyprès, huile sur toile, 1889 (Metropolitan Museum of Art) ✱Un champ de blé en plein été : « Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers, picoté par les blés ».Domaine public · Wikimedia CommonsMa Bohème (Fantaisie)
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;Mon paletot aussi devenait idéal ;J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !5Mon unique culotte avait un large trou.— Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma courseDes rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frouEt je les écoutais, assis au bord des routes,10Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttesDe rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,Comme des lyres, je tirais les élastiquesDe mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
Octobre 1870 · Arthur Rimbaud, Cahier de Douai · Lire l'œuvre
Sidney Hall, « Ursa Major » (la Grande Ourse), carte céleste d'Urania's Mirror, eau-forte coloriée, 1825 ✱« Mon auberge était à la Grande-Ourse » : le poète dort à la belle étoile, sous cette constellation.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapebohèmeVoir dans le Lexique →
6Texte 3 · Séance 5
Voyages en bohème
« Au Cabaret-Vert », Verlaine, Baudelaire : un groupement de textes
Au Cabaret-Vert, cinq heures du soirArthur Rimbaud1854 – 1891
Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottinesAux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.— Au Cabaret-Vert : je demandai des tartinesDe beurre et du jambon qui fût à moitié froid.5Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la tableVerte : je contemplai les sujets très naïfsDe la tapisserie. — Et ce fut adorable,Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,— Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure ! —10Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,Du jambon tiède, dans un plat colorié,Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousseD'ail, — et m'emplit la chope immense, avec sa mousseQue dorait un rayon de soleil arriéré.
Octobre 1870 · Arthur Rimbaud, Cahier de Douai · Lire l'œuvre
Murs blancs, toit rouge, c'est l'Auberge fraîche au bordDu grand chemin poudreux où le pied brûle et saigne,L'Auberge gaie avec le Bonheur pour enseigne.Vin bleu, pain tendre, et pas besoin de passe-port.5Ici l'on fume, ici l'on chante, ici l'on dort.L'hôte est un vieux soldat, et l'hôtesse, qui peigneEt lave dix marmots roses et pleins de teigne,Parle d'amour, de joie et d'aise, et n'a pas tort !La salle au noir plafond de poutres, aux images10Violentes, Maleck Adel et les Rois Mages,Vous accueille d'un bon parfum de soupe aux choux.Entendez-vous ? C'est la marmite qu'accompagneL'horloge du tic-tac allègre de son pouls.Et la fenêtre s'ouvre au loin sur la campagne.
Paul Verlaine, Jadis et naguère, 1884 · Lire l'œuvre
La tribu prophétique aux prunelles ardentesHier s'est mise en route, emportant ses petitsSur son dos, ou livrant à leurs fiers appétitsLe trésor toujours prêt des mamelles pendantes.5Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantesLe long des chariots où les leurs sont blottis,Promenant sur le ciel des yeux appesantisPar le morne regret des chimères absentes.Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,10Les regardant passer, redouble sa chanson ;Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,Fait couler le rocher et fleurir le désertDevant ces voyageurs, pour lesquels est ouvertL'empire familier des ténèbres futures.
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », XIII, 1857 · Lire l'œuvre
Jacques Callot, Les Bohémiens en marche : l'avant-garde, eau-forte de la suite Les Bohémiens, 1621-1631 (Metropolitan Museum of Art) ✱Baudelaire s'inspire de ces gravures de Callot : « La tribu prophétique […] hier s'est mise en route ».Domaine public · Wikimedia CommonsGrotesques (extrait)
Leurs jambes pour toutes montures,Pour tout bien l'or de leurs regards,Par le chemin des aventuresIls vont haillonneux et hagards.5Le sage, indigné, les harangue ;Le sot plaint ces fous hasardeux ;Les enfants leur tirent la langueEt les filles se moquent d'eux.C'est qu'odieux et ridicules,10Et maléfiques en effet,Ils ont l'air, sur les crépuscules,D'un mauvais rêve que l'on fait ;C'est que, sur leurs aigres guitaresCrispant la main des libertés,15Ils nasillent des chants bizarres,Nostalgiques et révoltés ;C'est enfin que dans leurs prunellesRit et pleure — fastidieux —L'amour des choses éternelles,20Des vieux morts et des anciens dieux !— Donc, allez, vagabonds sans trêves,Errez, funestes et maudits,Le long des gouffres et des grèves,Sous l'œil fermé des paradis !
Paul Verlaine, Poèmes saturniens, 1866, strophes 1 à 6 [vers 2 à vérifier dans l'édition : « Pour tout bien » ou « Pour tous biens »] · Lire l'œuvre
Comme d'un cercueil vert en fer blanc, une têteDe femme à cheveux bruns fortement pommadésD'une vieille baignoire émerge, lente et bête,Avec des déficits assez mal ravaudés ;5Puis le col gras et gris, les larges omoplatesQui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;Puis les rondeurs des reins semblent prendre l'essor ;La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;L'échine est un peu rouge, et le tout sent un goût10Horrible étrangement ; on remarque surtoutDes singularités qu'il faut voir à la loupe…Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;— Et tout ce corps remue et tend sa large croupeBelle hideusement d'un ulcère à l'anus.
27 juillet 1870 · Arthur Rimbaud, Cahier de Douai · Lire l'œuvre
Alexandre Cabanel, La Naissance de Vénus, 1863, huile sur toile, Paris, musée d'Orsay
Image : Alexandre Cabanel, musée d'Orsay (Google Art Project), via Wikimedia Commons · Domaine public voir le fichier
Le tableau de Cabanel que le poème de Rimbaud semble tourner en dérision [à vérifier].
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,Je dirai quelque jour vos naissances latentes :A, noir corset velu des mouches éclatantesQui bombinent autour des puanteurs cruelles,5Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;I, pourpres, sang craché, rire des lèvres bellesDans la colère ou les ivresses pénitentes ;U, cycles, vibrements divins des mers virides,10Paix des pâtis semés d'animaux, paix des ridesQue l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,Silences traversés des Mondes et des Anges :— O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
Arthur Rimbaud, 1871 (copie de Verlaine) · Lire l'œuvre
L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins ;La mer a perlé rousse à tes mammes vermeillesEt l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.
Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse,Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer,Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse,Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer ;5Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,Où des anges charmants, avec un doux sourisTout chargé de mystère, apparaissent à l'ombreDes glaciers et des pins qui ferment leur pays ;Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,10Et d'un grand crucifix décoré seulement,Où la prière en pleurs s'exhale des ordures,Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement ;Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des HerculesSe mêler à des Christs, et se lever tout droits15Des fantômes puissants qui dans les crépusculesDéchirent leur suaire en étirant leurs doigts ;Colères de boxeur, impudences de faune,Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,Grand cœur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune,20Puget, mélancolique empereur des forçats ;Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres,Comme des papillons, errent en flamboyant,Décors frais et légers éclairés par des lustresQui versent la folie à ce bal tournoyant ;25Goya, cauchemar plein de choses inconnues,De fœtus qu'on fait cuire au milieu des sabbats,De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues,Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,30Ombragé par un bois de sapins toujours vert,Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étrangesPassent, comme un soupir étouffé de Weber ;Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,35Sont un écho redit par mille labyrinthes ;C'est pour les cœurs mortels un divin opium !C'est un cri répété par mille sentinelles,Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;C'est un phare allumé sur mille citadelles,40Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignageQue nous puissions donner de notre dignitéQue cet ardent sanglot qui roule d'âge en âgeEt vient mourir au bord de votre éternité !
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », VI, 1857 · Lire l'œuvre
Antoine Watteau, Pèlerinage à l'île de Cythère, huile sur toile, 1717 (Paris, musée du Louvre) ✱« Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres… » : un des peintres que Baudelaire célèbre dans « Les Phares ».Domaine public · Wikimedia Commons
La poésie, ça ne veut rien dire ?
✱Face à « Voyelles », beaucoup de lecteurs se demandent ce que « ça veut dire ». Un détour par la linguistique aide à comprendre ce que fait la poésie.
« La terre est bleue comme une orange… »Paul Éluard1895 – 1952
La terre est bleue comme une orangeJamais une erreur les mots ne mentent pasIls ne vous donnent plus à chanterAu tour des baisers de s'entendre5Les fous et les amoursElle sa bouche d'allianceTous les secrets tous les souriresEt quels vêtements d'indulgenceÀ la croire toute nue.10Les guêpes fleurissent vertL'aube se passe autour du couUn collier de fenêtresDes ailes couvrent les feuillesTu as toutes les joies solaires15Tout le soleil sur la terreSur les chemins de ta beauté.
Paul Éluard, L'Amour la Poésie, 1929 · Lire l'œuvre
Un jour qu'il faisait nuitRobert Desnos1900 – 1945
Un jour qu'il faisait nuitIl s'envola au fond de la rivière.Les pierres en bois d'ébène les fils de fer en or et la croix sans branche.Tout rien.5Je la hais d'amour comme tout chacun.Le mort respirait des grandes bouffées de vide.Le compas traçait des carrés et des triangles à cinq côtés.Après cela il descendit au grenier.Les étoiles de midi resplendissaient.10Le chasseur revenait carnassière pleine de poissons sur la rive au milieu de la Seine.Un ver de terre marque le centre du cercle sur la circonférence.En silence mes yeux prononcèrent un bruyant discours.Alors nous avancions dans une allée déserte où se pressait la foule.Quand la marche nous eut bien reposé nous eûmes le courage de nous asseoir puis au réveil nos yeux se fermèrent et l'aube versa sur nous les réservoirs de la nuit.15La pluie nous sécha.
Robert Desnos, Corps et Biens (1930), texte de 1923 · Lire l'œuvre
Comme je descendais des Fleuves impassibles,Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.5J'étais insoucieux de tous les équipages,Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.Dans les clapotements furieux des marées,10Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,Je courus ! Et les Péninsules démarréesN'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.La tempête a béni mes éveils maritimes.Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots15Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots !Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,L'eau verte pénétra ma coque de sapinEt des taches de vins bleus et des vomissures20Me lava, dispersant gouvernail et grappin.Et dès lors, je me suis baigné dans le PoèmeDe la Mer, infusé d'astres, et lactescent,Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blêmeEt ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Arthur Rimbaud, « Le Bateau ivre », v. 1-24 · Lire l'œuvre
Ivan Aïvazovski, La Neuvième Vague, huile sur toile, 1850 ✱Un navire emporté par la tempête, comme le « bateau ivre » livré aux flots.Domaine public · Wikimedia CommonsLe Bateau ivre (strophes 22 à 25)
J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îlesDont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :— Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.Toute lune est atroce et tout soleil amer :L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !Si je désire une eau d'Europe, c'est la flacheNoire et froide où vers le crépuscule embauméUn enfant accroupi plein de tristesses, lâcheUn bateau frêle comme un papillon de mai.Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
Arthur Rimbaud, « Le Bateau ivre », v. 85-100 · Lire l'œuvre
J'ai embrassé l'aube d'été.Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes ; et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. À la grand'ville, elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.Au réveil il était midi.
Claude Monet, Impression, soleil levant, huile sur toile, 1872 (Paris, musée Marmottan Monet) ✱Le jour se lève sur le port : comme le poète, le peintre saisit la lumière fragile de l'aube.Domaine public · Wikimedia Commons
Corpus : l'aube en poésie
Le corpus d'étude rassemble des traitements poétiques du thème de l'aube au XIXe et au XXe siècle.
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.5Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,10Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombeUn bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor Hugo, Les Contemplations, 1856 · Lire l'œuvre
Une aube affaiblieVerse par les champsLa mélancolieDes soleils couchants.5La mélancolieBerce de doux chantsMon cœur qui s'oublieAux soleils couchants.Et d'étranges rêves,10Comme des soleilsCouchants sur les grèves,Fantômes vermeils,Défilent sans trêves,Défilent, pareils15À des grands soleilsCouchants sur les grèves.
Paul Verlaine, Poèmes saturniens, 1866 · Lire l'œuvre
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
une parodie de justice : un procès qui n'en a que l'apparence
parodier un style : l'imiter pour s'en moquer
Références culturelles
Miguel de Cervantès, Don Quichotte, 1605Cervantès parodie les romans de chevalerie à travers un héros qui se croit chevalier errant.
Paul Scarron, Le Virgile travesti, 1648Scarron transpose l'Énéide de Virgile en style burlesque.
Alexandre Cabanel, La Naissance de Vénus (tableau visé), 1863Ce nu académique idéalisé est le type de Vénus que « Vénus Anadyomène » semble tourner en dérision. [à vérifier]
Arthur Rimbaud, « Vénus Anadyomène », écrit en 1870Rimbaud parodie la naissance de Vénus : la déesse devient une femme laide sortant d'une baignoire.
s'évaderv.évadén. m.évasifadj.évasivementadv.invasionn. f.
Champ lexical
ailleursvoyagerêvehorizonnavireexotisme
Étymologie
ex latin : hors de
evadere latin : sortir de, s'échapper (de vadere, aller)
s'évader verbe de la même famille
Expressions
un livre d'évasion : qui fait rêver d'ailleurs
un besoin d'évasion : envie de partir, de changer d'air
« Anywhere out of the world » : titre d'un poème en prose de Baudelaire : n'importe où hors du monde
Références culturelles
Charles Baudelaire, « L'Invitation au voyage », Les Fleurs du mal, 1857Le poète rêve d'un pays idéal où « tout n'est qu'ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté ».
Stéphane Mallarmé, « Brise marine », 1866« Fuir ! là-bas fuir ! » : Mallarmé rêve de partir loin de l'ennui et des livres.
Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, 1869Des poèmes comme « Anywhere out of the world » disent le désir de fuir ailleurs.
Arthur Rimbaud, « Le Bateau ivre », écrit en 1871, publié en 1883Le bateau libéré de ses haleurs dérive à travers des mers fabuleuses et imaginaires.
Carte mentale ✱poème en prosenom masculin (groupe nominal)
Synonymes
prose poétiquepoème sans verspetit poème en prose
Antonymes
poème en verspoème versifié
Dérivés
poèten. m.poétiqueadj.poésien. f.prosateurn. m.prosaïqueadj.prosaïsmen. m.
Champ lexical
paragrapheimagerythmebrièvetéprosemodernité
Étymologie
poiêma grec : création, œuvre ; d'où « poème »
prosa latin : discours qui va droit, sans retour à la ligne
Expressions
Petits poèmes en prose : sous-titre du Spleen de Paris de Baudelaire
un poème sans vers : la poésie tient alors à l'image et au rythme
Références culturelles
Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit, 1842Bertrand passe pour l'inventeur du poème en prose ; Baudelaire dit l'avoir pris pour modèle.
Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, 1869Baudelaire y cherche « une prose poétique » pour dire la vie moderne des grandes villes.
Arthur Rimbaud, Illuminations, 1886Poèmes en prose visionnaires, aux images éclatées et au rythme libre.
Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942Ponge décrit des objets ordinaires (le cageot, l'huître) dans de courts poèmes en prose.
AaLes mots de la séquence
Termes à connaître en fin de 3e
AAlexandrin
Vers de douze syllabes, souvent coupé en deux hémistiches de six syllabes.
SSonnet
Poème à forme fixe de quatorze vers : deux quatrains suivis de deux tercets.
RRimes plates / croisées / embrassées
AABB / ABAB / ABBA.
RRime féminine / masculine
Rime terminée par un « e » muet (voyelles, cruelles) / sans « e » muet (studieux, yeux).
EEnjambement / rejet
La phrase déborde sur le vers suivant / un mot bref est rejeté au début du vers suivant et mis en valeur.
PPoème en prose
Poème sans vers ni rimes, qui reste poétique par sa brièveté, ses images et son rythme.
LLyrisme
Expression des sentiments personnels du poète.
TTopos
Thème traditionnel repris d'œuvre en œuvre (le poète vagabond).
BBohème
Vie vagabonde et libre d'artiste, sans règles ni souci du lendemain.
PPoète maudit
Poète en marge de la société, incompris de son temps (Verlaine, Les Poètes maudits, 1884).
VVoyant
Pour Rimbaud, le poète qui, par le « dérèglement de tous les sens », voit au-delà des apparences.
CComparaison / métaphore
Rapprochement de deux éléments avec un outil de comparaison (« comme des lyres ») / sans outil.
IImage filée
Métaphore développée sur tout un passage ou tout un poème (le bateau-poète).
PPersonnification / allégorie
Donner des traits humains à une chose / représenter une idée par un personnage (l'aube-déesse).
OOxymore
Alliance de deux mots contraires (« Belle hideusement »).
SSynesthésie
Association de sensations différentes (un son a une couleur).
PParodie
Imitation d'une œuvre sérieuse pour s'en moquer.
BBlason / contre-blason
Éloge / critique du corps de la femme, partie par partie.
NNéologisme
Mot inventé (« nacreux », « s'illunait »).
FFonction poétique
Fonction du langage centrée sur la forme même du message.
✱Sources : documents de la séquence Rimbaud d'Etienne Buraud. Version récente (classes de 3e2 et 3e3, 2025-2026) : « Journal de lecture des poèmes d'Arthur Rimbaud » (à rendre le 5 mai 2026), « Les Poètes de 7 ans » (mai 2025), « L'étoile a pleuré rose… » (mai 2025), « Voyelles » (notes et textes, mise à jour 2026), « Voyelles, plan » et « Biographie-Rimbaud » (2012), « Poésie, Jakobson, textes à l'appui » (mars 2012). Version ancienne (« Séquence 3 : Écriture poétique et quête du sens », 2012-2017) : « Ma Bohème » (texte 1), « Ma Bohème, explication de détails », « Ma Bohème, textes à l'appui » (corpus « Du poète phare au poète bohème »), « Voyelles » (questionnaire), « Voyelles, plan détaillé », « Aube », « Traitement poétique de l'aube » et « Poésie, corpus aube » (mai-juin 2012). Compléments : « Corpus 2 / Voyages en bohème », « Comparez le poème de Rimbaud au tableau de Cabanel » (2009), fiches de vocabulaire du « Bateau ivre » (2017). Aznavour, Jaccottet et Jakobson résumés.
11IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Interviewer le jeune Rimbaud en fugue
En classe25 min
Objectif. Relier la biographie (les départs de Charleville) aux poèmes « Sensation » et « Ma Bohème », et distinguer le fait de l'invention.
Relève dans la biographie de la séance 1 tous les départs de Rimbaud.
En classe, préparez cinq questions pour le Rimbaud de 1870.
Le professeur fait jouer Rimbaud à l'IA devant la classe et pose vos questions.
Pour chaque réponse, cherchez un vers de « Sensation » ou de « Ma Bohème » qui la confirme, ou notez « inventé ».
À écrire à l'IA
Joue le rôle d'Arthur Rimbaud à 16 ans, en octobre 1870, après ses fugues. Une classe de 3e va t'interviewer. Réponds en 3 ou 4 phrases simples. Si une question porte sur un fait que tu ne connais pas avec certitude, dis-le.
Garde ton esprit critique. L'IA donne une voix vivante mais invente des pensées et des détails. Ne garde comme fait que ce qui est dans la biographie du manuel ou dans les poèmes.
2
Ma Bohème réécrit aujourd'hui, puis comparé
À la maison35 min
Objectif. Comprendre le topos du poète vagabond en transposant « Ma Bohème » dans un autre registre, puis en comparant sa réécriture à celle de l'IA.
Relis « Ma Bohème (Fantaisie) » et l'encadré « le topos du poète vagabond ».
Écris seul une réécriture en prose du premier quatrain : un adolescent d'aujourd'hui part sur les routes (6 à 8 lignes).
Demande ensuite à l'IA sa propre réécriture.
Compare : laquelle garde le mieux la fierté du « je », l'humour et les images du ciel ? Justifie en deux phrases.
À écrire à l'IA
Réécris en prose, en 6 lignes, le premier quatrain de « Ma Bohème » d'Arthur Rimbaud, comme si un adolescent d'aujourd'hui partait à pied sur les routes. Garde le « je », la pauvreté joyeuse et l'image du ciel comme compagnon.
Garde ton esprit critique. Regarde si la réécriture de l'IA garde l'ironie et le mot « idéal », ou si elle devient une simple carte postale. Ta version n'a pas à lui ressembler.
3
Débat : le poète doit-il guider le peuple ?
En classe ou à la maison30 min
Objectif. Opposer la vision de Hugo (« Fonction du poète », poète phare) à celle du poète bohème et maudit (Baudelaire, Cros, Rimbaud).
Relis l'extrait de « Fonction du poète », « L'Albatros » et « Ma Bohème ».
Demande à l'IA de défendre la thèse de Hugo.
Réponds avec au moins deux citations de Baudelaire ou de Rimbaud.
Écris pour finir ta position en trois lignes.
À écrire à l'IA
Défends en trois arguments courts l'idée de Victor Hugo dans « Fonction du poète » (1840) : le poète doit guider les hommes, comme un phare. Je suis élève de 3e et je vais te répondre avec des poèmes de Baudelaire et de Rimbaud ; ensuite, réponds-moi en une seule phrase par argument.
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA attribue bien chaque idée au bon poète et ne cite pas de vers qui n'existent pas. Tes contre-arguments doivent venir des textes du manuel.
4
Quiz « Le Bateau ivre » et « Aube »
À la maison20 min
Objectif. Réviser le poème-voyage et le poème en prose, et vérifier les réponses générées.
Relis les strophes du « Bateau ivre » et « Aube » dans le manuel, ainsi que le lexique.
Demande un quiz à l'IA.
Réponds sans regarder, puis corrige avec le manuel.
Relève au moins une question mal posée ou fausse et explique pourquoi.
À écrire à l'IA
Crée un quiz de 8 questions pour un élève de 3e sur deux textes d'Arthur Rimbaud : « Le Bateau ivre » (1871) et le poème en prose « Aube » (Illuminations). Questions sur qui parle, la forme, les images, le voyage. Donne les réponses à la fin.
Garde ton esprit critique. L'IA confond parfois les poèmes de Rimbaud ou donne de mauvaises indications de forme. Chaque réponse doit être vérifiable dans les extraits du manuel.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
6 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
15
Les Poètes de sept ans, une enfance révoltéeRelier la biographie de Rimbaud à un poème autobiographique : comprendre pourquoi le poète parle de lui à la troisième personne, analyser le conflit entre…
16
Poète mage, poète maudit, poète vagabondComparer trois poèmes qui définissent le rôle du poète : le guide qui éclaire le peuple (Hugo), l'exilé moqué par la foule (Baudelaire), le voyageur sans…
17
Ma Bohème, expliquer le premier quatrainLire « Sensation », poème du départ rêvé, puis conduire l'explication de détail du premier quatrain de « Ma Bohème » selon la démarche du cours (citer, nommer…
18
Au Cabaret-Vert, le bonheur d'une halteÉtudier un sonnet où Rimbaud fait entrer dans la poésie un repas de voyageur : les sensations, le bonheur, la langue familière, les rejets qui bousculent le…
19
Le Bateau ivre, le poème-voyageComprendre un long poème allégorique : un bateau qui dit « je », libéré de ses guides, s'enivre de la mer jusqu'à l'épuisement. Relier ce voyage au projet du…
20
Aube, la poursuite d'une déesseDécouvrir le poème en prose : comprendre ce qui fait d'un texte sans vers un poème, suivre le récit d'une poursuite, analyser la personnification de l'aube et…
Les fiches d'activité et leurs corrigés sont réservés aux professeurs : comment y accéder.