Français en classe
1re · Poésie

Forme et signification : l'oiseau et le poète

23 textes5 à retenir2 fiches d'activité
Créé en avril 2003
Portrait de Charles BaudelaireCharles Baudelaire
Portrait de Guillaume ApollinaireGuillaume Apollinaire
Portrait de Tristan CorbièreTristan Corbière
★Ouverture de la séquence

La frise des textes

Les 19 textes que tu vas étudier, dans l'ordre chronologique. Touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.

1Présentation

La séquence en un coup d'œil

Forme et signification : l'oiseau et le poète

Fiche enseignant
Intitulé
Forme et signification : l'oiseau et le poète
Fil rouge
« Dans quelle mesure la forme sert-elle la signification ? »

Le parcours

N°DominanteSupportLangue et notions
1Formes et significationsPrévert, « Pour faire le portrait d'un oiseau » ; exemplier des formes poétiques
2Travaux dirigés : formes et significations poétiquesPonge, « Pluie » ; Apollinaire, « Il pleut » ; Du Bellay, Laforgue, CorbièreSonnet
3Activité de versificationBaudelaire, « L'Albatros » ; quelques sonnets des Fleurs du mal
4Un coup de force poétiqueHugo, « Les Djinns », Les OrientalesOctains, vers croissants et décroissants, chiasme
5L'oiseau, le poète et le langageJaccottet, « Étourneaux »Poème en prose, image, reformulation
6L'image et le texte qui la dessineApollinaire, « La colombe poignardée et le jet d'eau »Calligramme, registre élégiaque, sonnet enfoui
7Activités orales : le sonnetNerval, Baudelaire, Mallarmé, Apollinaire, VerlaineSonnet régulier et irrégulier
8Activités orales : le vers libreApollinaire, « Zone » ; Breton, Senghor, PrévertVers libre
9ExercicesÉluard, Heidsieck, un poème en vers libresTradition et modernité
10Baccalauréat blancÉluard, Baudelaire, Saint-Amant : le lyrisme du deuil

Les textes du groupement

TEXTE 1Charles Baudelaire, « L'Albatros »Les Fleurs du mal, 1861
TEXTE 2Victor Hugo, « Les Djinns »Les Orientales, 1829
TEXTE 3Philippe Jaccottet, « Étourneaux »À travers un verger
TEXTE 4Guillaume Apollinaire, « La colombe poignardée et le jet d'eau »Calligrammes, 1918
2Séance 1 · Ouverture

Peindre l'oiseau, écrire le poème

Qu'est-ce qu'une forme poétique ?

Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli

Jacques Prévert, « Pour faire le portrait d'un oiseau », Paroles, début · texte distribué en classe

Exemplier : de la forme fixe à la forme libre

✱Le cours d'ouverture s'appuie sur un exemplier de textes très courts, chacun choisi pour une forme. Pour chacun, on se demande ce que la forme fait au sens.

Rondeau
Charles d'Orléans1394 – 1465
Le temps a laissié son manteauDe vent, de froidure, de pluye,Et s'est vestu de brouderieDe soleil rayant, cler et beau.5Il n'y a beste, ne oyseau,Qu'en son jargon ne chante ou crie :Le temps a laissié son manteau !Rivière, fontaine et ruisseauPortent, en livrée jolie,10Goutte d'argent d'orfavrerie,Chascun s'habille de nouveau :Le temps a laissié son manteau !

Charles d'Orléans (1394-1465), Rondeaux · Lire l'œuvre

Enluminure : des jeunes gens en habits colorés dans un pré fleuri, un château et une rivière au fond
Frères de Limbourg, Avril, enluminure des Très Riches Heures du duc de Berry, entre 1412 et 1416 ✱Le printemps du XVe siècle : le temps « s'est vêtu de broderie, de soleil luisant ».Domaine public · Wikimedia Commons
Le Crapaud
Portrait de Tristan Corbière
Tristan Corbière1845 – 1875

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Un chant dans une nuit sans air...La lune plaque en métal clairLes découpures du vert sombre.... Un chant ; comme un écho, tout vif5Enterré, là, sous le massif...— Ça se tait : Viens, c'est là, dans l'ombre...— Un crapaud ! — Pourquoi cette peur,Près de moi, ton soldat fidèle !Vois-le, poète tondu, sans aile,10Rossignol de la boue... — Horreur ! —... Il chante. — Horreur !! — Horreur pourquoi ?Vois-tu pas son œil de lumière...Non : il s'en va, froid, sous sa pierre........................................15Bonsoir — ce crapaud-là c'est moi.

Tristan Corbière, Les Amours jaunes (1873) · « Ce soir, 20 juillet » · Lire l'œuvre

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3Séance 2 · Travaux dirigés

Formes et significations poétiques

Un corpus en deux temps : l'eau et la pluie, puis le sonnet

Le travail dirigé réunit deux groupes de textes : A, B et C, puis D, E et F, trois sonnets. Toutes les réponses doivent être justifiées et illustrées par le texte.

Textes A, B et C : un thème, plusieurs formes

Texte A · Francis Ponge, « Pluie », Le Parti pris des choses, 1942

La pluie, dans la cour où je la regarde tomber, descend à des allures très diverses. […] Alors si le soleil reparaît tout s'efface bientôt, le brillant appareil s'évapore : il a plu.

Francis Ponge, « Pluie », début et fin · texte distribué en classe

Texte B · Guillaume Apollinaire, « Il pleut », Calligrammes, 1918

✱Dans le calligramme, les lettres tombent en cinq longues lignes obliques, comme des traînées de pluie sur une vitre. Transcrit en lignes, le poème se lit ainsi :

Il pleut
Portrait de Guillaume Apollinaire
Guillaume Apollinaire1880 – 1918

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans le souvenirc'est vous aussi qu'il pleut merveilleuses rencontres de ma vie ô goutteletteset ces nuages cabrés se prennent à hennir tout un univers de villes auriculairesécoute s'il pleut tandis que le regret et le dédain pleurent une ancienne musique5écoute tomber les liens qui te retiennent en haut et en bas

Guillaume Apollinaire, Calligrammes (1918) · transcription linéaire du calligramme · Lire l'œuvre

Page de livre où cinq lignes de lettres descendent en biais, comme des traits de pluie
Guillaume Apollinaire, « Il pleut », page de l'édition originale de Calligrammes, 1918 ✱La disposition originale : les vers tombent en lignes obliques, comme la pluie.Domaine public · Wikimedia Commons

Texte C · Guillaume Apollinaire, « La colombe poignardée et le jet d'eau »

✱Le texte C est le calligramme étudié en lecture analytique à la séance 6 (voir la section « Texte 4 », séance 6).

Textes D, E et F : une forme, plusieurs thèmes

Texte D · « Las, où est maintenant ce mépris de Fortune ? »
Portrait de Joachim Du Bellay
Joachim Du Bellay1522 – 1560

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Las, où est maintenant ce mépris de Fortune ?Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,Cet honnête désir de l'immortalité,Et cette honnête flamme au peuple non commune ?5Où sont ces doux plaisirs qu'au soir sous la nuit bruneLes Muses me donnaient, alors qu'en libertéDessus le vert tapis d'un rivage écartéJe les menais danser aux rayons de la Lune ?Maintenant la Fortune est maîtresse de moi,10Et mon cœur qui soulait être maître de soiEst serf de mille maux et regrets qui m'ennuient.De la postérité je n'ai plus de souci,Cette divine ardeur, je ne l'ai plus aussi,Et les Muses de moi, comme étranges, s'enfuient.

Joachim du Bellay, Les Regrets, VI (1558) · Lire l'œuvre

Texte E · La Cigarette
Portrait de Jules Laforgue
Jules Laforgue1860 – 1887

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Oui, ce monde est bien plat ; quant à l'autre, sornettes.Moi, je vais résigné, sans espoir, à mon sort,Et pour tuer le temps, en attendant la mort,Je fume au nez des dieux de fines cigarettes.5Allez, vivants, luttez, pauvres futurs squelettes,Moi, le méandre bleu qui vers le ciel se tord,Me plonge en une extase infinie et m'endortComme aux parfums mourants de mille cassolettes.Et j'entre au paradis, fleuri de rêves clairs10Où l'on voit se mêler en valses fantastiquesDes éléphants en rut à des chœurs de moustiques.Et puis, quand je m'éveille en songeant à mes vers,Je contemple, le cœur plein d'une douce joie,Mon cher pouce rôti comme une cuisse d'oie.

Jules Laforgue, Le Sanglot de la terre (posthume) · cassolette : brûle-parfum · Lire l'œuvre

Texte F · Un sonnet avec la manière de s'en servir
Portrait de Tristan Corbière
Tristan Corbière1845 – 1875

▶ Écouter tout le recueil Les Amours jaunes (YouTube)

Vers filés à la main et d'un pied uniforme,Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton ;Qu'en marquant la césure, un des quatre s'endorme...Ça peut dormir debout comme soldats de plomb.5Sur le railway du Pinde est la ligne, la forme ;Aux fils du télégraphe : — on en suit quatre, en long ;À chaque pieu, la rime — exemple : chloroforme.— Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.— Télégramme sacré — 20 mots. — Vite à mon aide...10(Sonnet — c'est un sonnet —) ô Muse d'Archimède !— La preuve d'un sonnet est par l'addition :— Je pose 4 et 4 = 8 ! Alors je procède,En posant 3 et 3 ! — Tenons Pégase raide :« Ô lyre ! Ô délire ! Ô... » — Sonnet — Attention !

Tristan Corbière, Les Amours jaunes (1873) · épigraphe : « Réglons notre papier et formons bien nos lettres » · Lire l'œuvre

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4Texte 1 · Séance 3

L'oiseau, figure du poète

Charles Baudelaire, « L'Albatros », Les Fleurs du mal, 1861

L'Albatros
Portrait de Charles Baudelaire
Charles Baudelaire1821 – 1867

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipagePrennent des albatros, vastes oiseaux des mers,Qui suivent, indolents compagnons de voyage,Le navire glissant sur les gouffres amers.5À peine les ont-ils déposés sur les planches,Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,Laissent piteusement leurs grandes ailes blanchesComme des avirons traîner à côté d'eux.Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !10Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !L'un agace son bec avec un brûle-gueule,L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !Le Poète est semblable au prince des nuéesQui hante la tempête et se rit de l'archer ;15Exilé sur le sol au milieu des huées,Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », II (1861) · Lire l'œuvre

Gravure : des marins emmitouflés sur le pont d'un navire pris dans les glaces regardent un grand oiseau posé près d'eux
Gustave Doré, l'albatros sur le navire, gravure pour La Complainte du vieux marin de Coleridge, 1876 ✱Le grand oiseau des mers posé parmi les marins : l'image du poète chez Baudelaire.Domaine public · Wikimedia Commons

Atelier de versification : quelques sonnets des Fleurs du mal

✱Par groupes, les élèves préparent un sonnet de Baudelaire, puis en présentent l'étude à la classe.

Parfum exotique

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,Je vois se dérouler des rivages heureuxQu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;5Une île paresseuse où la nature donneDes arbres singuliers et des fruits savoureux ;Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,Et des femmes dont l'œil par sa franchise étonne.Guidé par ton odeur vers de charmants climats,10Je vois un port rempli de voiles et de mâtsEncor tout fatigués par la vague marine,Pendant que le parfum des verts tamariniers,Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal » · Lire l'œuvre

Remords posthume

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,Au fond d'un monument construit en marbre noir,Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoirQu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse ;5Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuseEt tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir,Empêchera ton cœur de battre et de vouloir,Et tes pieds de courir leur course aventureuse,Le tombeau, confident de mon rêve infini10(Car le tombeau toujours comprendra le poète),Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,Te dira : « Que vous sert, courtisane imparfaite,De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts ? »— Et le ver rongera ta peau comme un remords.

Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal » · Lire l'œuvre

« Je te donne ces vers… »

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Je te donne ces vers afin que si mon nomAborde heureusement aux époques lointaines,Et fait rêver un soir les cervelles humaines,Vaisseau favorisé par un grand aquilon,5Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,Fatigue le lecteur ainsi qu'un tympanon,Et par un fraternel et mystique chaînonReste comme pendue à mes rimes hautaines ;Être maudit à qui, de l'abîme profond10Jusqu'au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne répond !— Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,Foules d'un pied léger et d'un regard sereinLes stupides mortels qui t'ont jugée amère,Statue aux yeux de jais, grand ange au front d'airain !

Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal » · Lire l'œuvre

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5Texte 2 · Séance 4

Une forme qui mime le sens

Victor Hugo, « Les Djinns », Les Orientales, 1829

Gravure : des créatures ailées volent en groupe dans les nuages au-dessus d'une ville orientale
D'après Louis Boulanger, « Les Djinns », vignette gravée sur bois pour Les Orientales de Victor Hugo, 1829 (maison de Victor Hugo) ✱La ronde des Djinns : la longueur des vers grandit puis décroît comme leur vol.Domaine public · Wikimedia Commons

djinn n. m. (mot arabe). Esprit de l'air, bon génie ou démon, dans les croyances arabes.

Dictionnaire

Les Djinns

✱Le poème, trop long pour une seule page, est donné strophe par strophe, en deux colonnes : lisez-le de gauche à droite, puis de haut en bas. Le nombre de syllabes du vers est indiqué pour chaque strophe.

STROPHE 1 · 2 SYLLABES
Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.
STROPHE 2 · 3 SYLLABES
Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit !
STROPHE 3 · 4 SYLLABES
La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.
STROPHE 4 · 5 SYLLABES
La rumeur approche.
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s'écroule,
Et tantôt grandit,
STROPHE 5 · 6 SYLLABES
Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !... Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond.
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.
STROPHE 6 · 7 SYLLABES
C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.
STROPHE 7 · 8 SYLLABES
Ils sont tout près ! — Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !
STROPHE 8 · 10 SYLLABES
Cris de l'enfer ! voix qui hurle et qui pleure !
L'horrible essaim, poussé par l'aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !
STROPHE 9 · 8 SYLLABES
Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !
STROPHE 10 · 7 SYLLABES
Ils sont passés ! — Leur cohorte
S'envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !
STROPHE 11 · 6 SYLLABES
De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d'une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.
STROPHE 12 · 5 SYLLABES
D'étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des Arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.
STROPHE 13 · 4 SYLLABES
Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.
STROPHE 14 · 3 SYLLABES
Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord ;
C'est la plainte,
Presque éteinte,
D'une sainte
Pour un mort.
STROPHE 15 · 2 SYLLABES
On doute
La nuit...
J'écoute : —
Tout fuit,
Tout passe ;
L'espace
Efface
Le bruit.

Victor Hugo, Les Orientales, XXVIII (1829)

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6Texte 3 · Séance 5

L'oiseau insaisissable

Philippe Jaccottet, « Étourneaux », À travers un verger

Lithographie en couleurs : un étourneau moucheté chante, perché sur une branche blanche, devant un ciel orangé
Theo van Hoytema, Étourneau, illustration du mois de février d'un calendrier, 1901 ✱L'étourneau, l'oiseau que le poète entend passer très haut sans pouvoir le saisir.Domaine public · Wikimedia Commons

✱Le texte, en prose, compte cinq paragraphes. Des promeneurs marchent « en amicale compagnie » dans une combe déserte ; une rumeur leur fait lever la tête ; dans le ciel passe une chose qu'ils peinent à nommer : un nuage, des fumées, des filets jetés sur les chênes, des bannières sombres. Ce n'est qu'à la fin que l'on comprend, grâce au titre, qu'il s'agit d'un vol d'étourneaux.

cette légère rumeur de flèches très haut dans l'air vous fait dresser la tête, interdits. D'où venue ? […] comme un très rapide nuage, non, une chose trop prompte pour être un nuage […]. L'étrange fête dure longtemps ; puis se produit une espèce d'accalmie ; (…)

Philippe Jaccottet, « Étourneaux », extraits · texte distribué en classe

Plan de la lecture analytique

I. Réécriture d'un topos poétique romantique : le poète et la nature

  • Le cadre narratif : une promenade paisible, interrompue par le « Soudain » initial.
  • Le passage des étourneaux : une scansion chronologique, de l'apparition à l'accalmie.
  • Un anti-« Djinns » : « l'étrange fête » de la nature et la réjouissance des hommes ; la fusion physique des hommes et de la nature (le bruit « vous traverse, vous communique sa fièvre »).

II. L'oiseau, le poète et le langage

  • Le travail d'identification : une identification progressive par les images, pour appréhender ce qui est protéiforme.
  • Les outils de reformulation : le tâtonnement de la langue ; le titre comme clef.
  • Les méandres d'une syntaxe poétique à la recherche de son sujet.
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7Texte 4 · Séance 6

Le poème devient dessin

Guillaume Apollinaire, « La colombe poignardée et le jet d'eau », Calligrammes, 1918

✱Le calligramme dessine, en haut, une colombe dont le cou est traversé par les mots « et toi » ; en dessous, un jet d'eau formé de lignes de lettres qui retombent de part et d'autre ; en bas, la vasque de la fontaine. On le transcrit ici en trois parties, de haut en bas.

I. La colombe
Portrait de Guillaume Apollinaire
Guillaume Apollinaire1880 – 1918
Douces figures poignardées Chères lèvres fleuriesMIA MAREYEYETTE LORIEANNIE et toi MARIE5où êtes-vous ôjeunes fillesMAISprès d'un jet d'eau quipleure et qui prie10cette colombe s'extasie

Page de livre où les lignes du poème forment un oiseau en haut et une fontaine en dessous
Guillaume Apollinaire, « La colombe poignardée et le jet d'eau », page de l'édition originale de Calligrammes, 1918 ✱La page originale du calligramme : les mots dessinent la colombe et le jet d'eau.Domaine public · Wikimedia Commons
II. Le jet d'eau
Tous les souvenirs de naguèreÔ mes amis partis en guerreJaillissent vers le firmamentEt vos regards en l'eau dormant5Meurent mélancoliquementOù sont-ils Braque et Max JacobDerain aux yeux gris comme l'aubeOù sont Raynal Billy DalizeDont les noms se mélancolisent10Comme des pas dans une égliseOù est Cremnitz qui s'engageaPeut-être sont-ils morts déjàDe souvenirs mon âme est pleineLe jet d'eau pleure sur ma peine

III. La vasque
CEUX QUI SONT PARTIS À LA GUERRE AU NORD SE BATTENT MAINTENANTLe soir tombe Ô sanglante merJardins où saigne abondamment le laurier rose fleur guerrière

Guillaume Apollinaire, Calligrammes, « Ondes » (1918) · transcription linéaire du calligramme · Lire l'œuvre

Explication rédigée

Introduction

Apollinaire publie à l'été 1914 ses premiers « idéogrammes lyriques ». La pratique des poèmes figurés remonte à l'Antiquité grecque et a été reprise à la Renaissance (on se souvient de la « Dive Bouteille » de Rabelais). L'ambition du poète est de revenir à l'idéogramme, ce signe graphique qui, dans certaines écritures, constitue à lui seul un mot ou une notion : l'œil du lecteur devrait saisir le calligramme d'un seul regard, comme un dessin ou un tableau. Mais l'exigence de la lecture s'oppose en fait à cette volonté de saisie synthétique. En ce début de siècle, peintres et écrivains se connaissent, se fréquentent, s'influencent ; ce bouillonnement est interrompu par la guerre.

I. La lecture du calligramme

  • L'importance du titre, qui permet de reconnaître les motifs dessinés.
  • L'appréhension picturale : deux dessins juxtaposés, sans liens apparents, aux fonctions symboliques encore diffuses, qui obligent à lire le texte.
  • La colombe poignardée : le poignard est figuré par « et toi ».
  • Le jet d'eau, ou « jet d'Ô ».
  • Une appréhension verticale en trois temps : la colombe, le jet d'eau, la vasque.

La connaissance du contexte de rédaction permet de pressentir la fonction symbolique de la colombe poignardée : dans l'univers de la guerre, c'est le symbole de la paix meurtrie.

II. La colombe

  • Les mots du titre y sont disséminés, mais le sens est déplacé. C'est l'univers intime du poète qui se déploie, par la litanie des prénoms féminins : c'est leur disparition qui les « poignarde ». Le ton élégiaque d'un temps passé, qui appelle les amours disparues, régit toute cette ouverture : « où êtes-vous ô jeunes filles ».
  • La figure de la compagne perdue, Marie Laurencin, domine toutes les autres, comme une plaie plus profonde, rendue par la place centrale du coup de poignard qui la désigne : « et toi ». Elle fait le lien entre la colombe et le jet d'eau, puisqu'elle évoque à la fois l'univers intime du poète et l'univers artistique, plus présent dans le second motif.
  • L'extase de la colombe est ambiguë. Définie comme l'état d'une personne transportée hors de soi et du monde sensible, elle peut décrire l'état amoureux comme l'approche de la mort ; le titre fait pencher pour la seconde lecture. La fin du texte, « près d'un jet d'eau qui pleure et qui prie cette colombe s'extasie », désigne ainsi tout le calligramme : une colombe blessée vient mourir près d'un jet d'eau.

III. Le jet d'eau

Le lecteur distingue deux parties : le jet d'eau lui-même et sa source, sorte de fontaine qui peut rappeler la forme d'un œil.

  • Le lecteur hésite d'abord sur le sens de la lecture, mais la disposition verticale, le sens et les rimes invitent à lire séparément chaque côté du jet. Le nombre de vers, quatorze, permet de reconstituer un sonnet d'octosyllabes aux rimes complexes. On sait combien Apollinaire aimait s'appuyer sur les formes classiques pour les pervertir.
  • Les thèmes élégiaques du temps passé et des amis disparus tissent un lien très fort avec la colombe : au « où êtes-vous ô jeunes filles » répondent « Où sont-ils Braque et Max Jacob », « Où sont Raynal Billy Dalize ». « Souvenirs de naguère » et le néologisme « se mélancolisent » appartiennent au registre élégiaque. L'image de la mort, « Peut-être sont-ils morts déjà », semble affecter toutes les figures du poème.
  • Le registre élégiaque s'appuie surtout sur l'image des larmes, motif qui structure les deux dessins, comme le montre la reprise « un jet d'eau qui pleure », « Le jet d'eau pleure sur ma peine », et motif suggéré par le dessin même, pleurs qui coulent de cette fontaine-œil.

Le monde pleuré par le poète est double, comme le montre la litanie des noms propres : les prénoms féminins pour l'amour (la colombe), les noms masculins pour les amis du monde artistique brusquement interrompu par la guerre (le jet d'eau).

IV. La vasque

  • La partie supérieure se distingue par ses majuscules, qui rappellent les titres des journaux. Le caractère prosaïque de la phrase évoque une nouvelle lue, source de tristesse et d'angoisse ; « Ceux qui sont partis » fait écho aux noms masculins cités plus haut.
  • Elle s'oppose à la phrase inférieure, frappante par sa poéticité : phrase nominale, métaphore du laurier qui saigne. Les deux parties de la vasque se répondent et traduisent une même réalité guerrière dans deux langages différents.
  • Au centre, un octosyllabe exclamatif inscrit, de manière très visible, une déploration tragique : « Le soir tombe Ô sanglante mer ». Le « Ô », centre du jet d'eau, centre des larmes, sommet de la déploration lyrique, apparaît comme le cœur même du poème.
Carte mentale de l'étapecalligrammeVoir dans le Lexique →
8Séance 7 · Activité orale

Le devenir du sonnet

La poésie du XIXe siècle et d'Apollinaire face à la forme fixe

El Desdichado
Portrait de Gérard de Nerval
Gérard de Nerval1808 – 1855

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l'Inconsolé,Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :Ma seule Étoile est morte, — et mon luth constelléPorte le Soleil noir de la Mélancolie.5Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?10Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :Modulant tour à tour sur la lyre d'OrphéeLes soupirs de la sainte et les cris de la Fée.

Gérard de Nerval, Les Chimères (1854) · Lire l'œuvre

Correspondances
Portrait de Charles Baudelaire
Charles Baudelaire1821 – 1867

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La Nature est un temple où de vivants piliersLaissent parfois sortir de confuses paroles ;L'homme y passe à travers des forêts de symbolesQui l'observent avec des regards familiers.5Comme de longs échos qui de loin se confondentDans une ténébreuse et profonde unité,Vaste comme la nuit et comme la clarté,Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,10Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,— Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,Ayant l'expansion des choses infinies,Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », IV (1857) · Lire l'œuvre

Tableau : de grands chênes aux troncs puissants dans une clairière ensoleillée
Ivan Chichkine, La Chênaie, huile sur toile, 1887 ✱« La Nature est un temple où de vivants piliers » : les troncs des chênes comme des colonnes.Domaine public · Wikimedia Commons
« Ses purs ongles très haut… »
Portrait de Stéphane Mallarmé
Stéphane Mallarmé1842 – 1898

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Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,Maint rêve vespéral brûlé par le PhénixQue ne recueille pas de cinéraire amphore5Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,Aboli bibelot d'inanité sonore,(Car le Maître est allé puiser des pleurs au StyxAvec ce seul objet dont le Néant s'honore.)Mais proche la croisée au nord vacante, un or10Agonise selon peut-être le décorDes licornes ruant du feu contre une nixe,Elle, défunte nue en le miroir, encorQue, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixeDe scintillations sitôt le septuor.

Stéphane Mallarmé, Poésies (1887) · Lire l'œuvre

Les Colchiques
Portrait de Guillaume Apollinaire
Guillaume Apollinaire1880 – 1918

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Le pré est vénéneux mais joli en automneLes vaches y paissantLentement s'empoisonnentLe colchique couleur de cerne et de lilas5Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-làViolâtres comme leur cerne et comme cet automneEt ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonneLes enfants de l'école viennent avec fracasVêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica10Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mèresFilles de leurs filles et sont couleur de tes paupièresQui battent comme les fleurs battent au vent démentLe gardien du troupeau chante tout doucementTandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent15Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne

Guillaume Apollinaire, Alcools (1913) · Lire l'œuvre

Planche botanique : des fleurs mauves de colchique sur de longues tiges, avec le bulbe et les graines
Colchique d'automne (Colchicum autumnale), planche de Köhler's Medizinal-Pflanzen, 1897 ✱La fleur « couleur de cerne et de lilas », jolie mais vénéneuse comme les yeux de la bien-aimée.Domaine public · Wikimedia Commons
Résignation
Portrait de Paul Verlaine
Paul Verlaine1844 – 1896

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Tout enfant, j'allais rêvant Ko-Hinnor,Somptuosité persane et papale,Héliogabale et Sardanapale !Mon désir créait sous des toits en or,5Parmi les parfums, au son des musiques,Des harems sans fin, paradis physiques !Aujourd'hui, plus calme et non moins ardent,Mais sachant la vie et qu'il faut qu'on plie,J'ai dû refréner ma belle folie,10Sans me résigner par trop cependant.Soit ! le grandiose échappe à ma dent,Mais, fi de l'aimable et fi de la lie !Et je hais toujours la femme jolie,La rime assonante et l'ami prudent.

Paul Verlaine, Poèmes saturniens, « Prologue » (1866) · Lire l'œuvre

Carte mentale de l'étapesonnetVoir dans le Lexique →
9Séance 8 · Activité orale

Qu'est-ce que le vers libre ?

Apollinaire, Breton, Senghor, Prévert

Zone (ouverture)
Portrait de Guillaume Apollinaire
Guillaume Apollinaire1880 – 1918

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À la fin tu es las de ce monde ancienBergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matinTu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaineIci même les automobiles ont l'air d'être anciennes5La religion seule est restée toute neuve la religionEst restée simple comme les hangars de Port-AviationSeul en Europe tu n'es pas antique ô ChristianismeL'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie XEt toi que les fenêtres observent la honte te retient10D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matinTu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout hautVoilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journauxIl y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventures policièresPortraits des grands hommes et mille titres divers

Guillaume Apollinaire, « Zone », Alcools (1913), v. 1 à 14 · Lire l'œuvre

Tableau : la tour Eiffel rouge, découpée en fragments géométriques, entourée d'immeubles et de nuages
Robert Delaunay, Champ-de-Mars. La Tour rouge, huile sur toile, 1911 (Art Institute of Chicago) ✱« Bergère ô tour Eiffel » : la tour, emblème du Paris moderne que chante « Zone ».Domaine public · Wikimedia Commons

Le grand frigorifique blanc dans la nuit des temps
Qui distribue les frissons à la ville
Chante pour lui seul
Et le fond de sa chanson ressemble à la nuit

André Breton, « Le soleil en laisse », Clair de terre (1923), v. 1 à 4 · texte distribué en classe

Elle dort et repose sur la candeur du sable.
Koumba Tam dort. Une palme verte voile la fièvre des cheveux, cuivre le front courbe
Les paupières closes, coupe double et sources scellées.

Léopold Sédar Senghor, « Masque nègre », à Pablo Picasso, Chants d'ombre (1945), v. 1 à 3 · texte distribué en classe

L'effort humain
n'est pas ce beau jeune homme souriant
debout sur sa jambe de plâtre
ou de pierre

Jacques Prévert, « L'effort humain », Paroles (1945), v. 1 à 4 · texte distribué en classe
Carte mentale de l'étapevers libreVoir dans le Lexique →
10Séance 9 · Entraînement

Exercices d'application

Tradition et modernité : questions d'écrit et d'oral

✱Ces exercices, tirés de l'exemplier du cours, entraînent aux deux épreuves de l'examen : une question d'écrit, à rédiger, et une question d'oral, à préparer en dix minutes puis à présenter.

Exercice 1 · Paul Éluard, « Au mal / Au bien »

✱Le texte est reproduit en entier dans le corpus du baccalauréat blanc (texte A, p. suivantes).

Exercice 2 · Bernard Heidsieck, « Passe-partout n° 15 »

✱Poème sonore écrit pour être dit à voix haute. Le boulevard Haussmann devient un « fleuve » de voitures et de passants, que décrit une seule et immense énumération, entrecoupée de voix captées dans la rue (« Tu viens chéri… »).

Boulevard Haussmann, artère – quel mot sublime – artère-fleuve !
Le flot ici sort du Carrefour, respire l'espace d'une seconde,

Bernard Heidsieck, « Passe-partout n° 15 », Le Carrefour de la Chaussée d'Antin, Al Dante, 2001 · texte distribué en classe

Exercice 3 · « Je m'imagine », poème en vers libres

✱Le poème, dont l'auteur n'est pas précisé dans le document, évoque la rêverie d'une jeune fille au soleil d'un après-midi d'été, au milieu des « petites bêtes de la terre ».

Je m'imagine que tu es là.
Il y a le soleil
Et cet oiseau perdu au chant si étrange.
On dirait une après-midi d'été ;

« Je m'imagine », début · texte distribué en classe
11Évaluation · Avril 2003

Baccalauréat blanc : le lyrisme du deuil

Éluard, Baudelaire, Saint-Amant

✱Le sujet suit le format de l'épreuve anticipée de français : une question sur le corpus (4 points), puis un travail d'écriture au choix (16 points).

Texte A · Au mal
Portrait de Paul Éluard
Paul Éluard1895 – 1952
Nusch tu me manques c'est soudainComme si la forêt pouvait manquer à l'arbreJe n'ai jamais écrit de poème sans toiJe suis dans un bain froid5De solitude de misèreEt les mots ont le poids des loques sur les plaiesEt les images sont avares et butéesEt tout ce que je dis réfléchit une absenceJe reçois le présent comme un trésor la pioche10Mon plaisir maintenant c'est de tuer le tempsSe masquant de fumée le bois vert a brûléLes feuilles et les flammes n'étaient pas visiblesÔ toi ma grande étoile noire tu t'éloignesTon cercle n'est qu'un point celui de mon domaine15Toi ma vision changée en aveugle insensibleSupprime les reflets les échos du mensongeSupprime mon remords de vivreAnnule les baisers que je reçois en vain.

Au bien
Mon amour nous dormions ensembleEt nous avons ri au matinEnsemble tout le temps qu'il nous fallait pour vivreToute une éternité5Et plus je te voyais vivre à côté de moiPlus je te confondais avec l'aube et l'étéDormir profond rêver plus hautEt s'éveiller l'un bien à l'autreTelle est la loi de l'innocence10Et vivre plus haut que nos rêvesÊtre pareils par la confianceTel a été notre plaisirDans un monde toujours trop jeune d'un instantPouvions-nous donc prévoir l'hiver ou notre mort15Croire au fossile avant la fin du grand printempsRaison nous étions deux à t'incarner légèreComme une joue sous la rougeur du feu premierRaison nous étions libres nous avons vaincu.

Paul Éluard, Une leçon de morale (1949) · Lire l'œuvre

Texte B · De profundis clamavi
Portrait de Charles Baudelaire
Charles Baudelaire1821 – 1867

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

J'implore ta pitié, Toi, l'unique que j'aime,Du fond du gouffre obscur où mon cœur est tombé.C'est un univers morne à l'horizon plombé,Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème ;5Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois,Et les six autres mois la nuit couvre la terre ;C'est un pays plus nu que la terre polaire ;— Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois !Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse10La froide cruauté de ce soleil de glaceEt cette immense nuit semblable au vieux Chaos ;Je jalouse le sort des plus vils animauxQui peuvent se plonger dans un sommeil stupide,Tant l'écheveau du temps lentement se dévide !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », XXX (1857) · Lire l'œuvre

Tableau : d'énormes plaques de glace brisées et dressées vers le ciel, l'épave d'un navire presque cachée
Caspar David Friedrich, La Mer de glace, huile sur toile, 1823-1824 (Hambourg, Kunsthalle) ✱« Un pays plus nu que la terre polaire » : le gouffre glacé où le cœur est tombé.Domaine public · Wikimedia Commons
Texte C · Plainte sur la mort de Sylvie
Saint-Amant1594 – 1661

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Ruisseau qui cours après toy-mesme,Et qui te fuis toy-mesme aussi,Arreste un peu ton onde iciPour escouter mon deuil extresme ;5Puis, quand tu l'auras sceu, va-t'en dire à la merQu'elle n'a rien de plus amer.Raconte luy comme Sylvie,Qui seule gouvernait mon sort,A receu le coup de la mort10Au plus bel âge de la vie,Et que cet accident triomphe en mesme jourDe toutes les forces d'Amour.Las ! je n'en puis dire autre chose,Mes soupirs trenchent mon discours.15Adieu, ruisseau, repren ton cours,Qui non plus que moi ne repose ;Que si par mes regrets j'ay bien pu t'arrester,Voilà des pleurs pour te haster.

Saint-Amant, 1629 · Lire l'œuvre

Tableau : un ruisseau coule entre des rochers dans un sous-bois sombre
Gustave Courbet, Le Ruisseau du Puits-Noir, vallée de la Loue, huile sur toile, 1855 (Washington, National Gallery of Art) ✱« Ruisseau qui cours après toi-même » : le poète confie sa plainte au ruisseau.Domaine public · Wikimedia Commons
12Bilan

Bilan de la séquence

La forme au service du sens

✱Le bilan revient à la question qui a guidé toute la séquence : en poésie, la forme fait sens. Il s'appuie sur les textes étudiés et sur les notions de versification acquises en travaux dirigés et en activités orales.

AaMémento

Lexique

Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.

Les cartes mentales ✱

Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.

Carte mentale ✱poésienom féminin
Synonymes

verspoèmechantlyrisme

Antonymes

prose

Dérivés

poèten. m.poétessen. f.poèmen. m.poétiqueadj.poétiquementadv.poétiserv.

Champ lexical

versstropherimerythmeimagesonorité

Étymologie
  • poiein grec : faire, fabriquer, créer
  • poiêsis grec : création ; puis art de faire des vers
  • poesis latin : poésie, poème
  • poète, poème, poétique mots de la même famille
Expressions
  • manquer de poésie : être terre à terre, sans charme
  • un recueil de poésie : un livre de poèmes
  • la poésie engagée : qui défend une cause
Références culturelles
  • Ovide, Les Métamorphoses (mythe d'Orphée), vers 8 apr. J.-C.Orphée, dont le chant charme les bêtes et les dieux, incarne le pouvoir de la poésie.
  • Victor Hugo, Les Contemplations, 1856Hugo y fait de la poésie le journal d'une âme, entre souvenirs heureux et deuil de sa fille Léopoldine.
  • Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913Apollinaire renouvelle la poésie : vers libres, absence de ponctuation, images de la vie moderne.
  • Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942Ponge fait de la description d'objets ordinaires (l'huître, le cageot) une poésie en prose.
Carte mentale ✱forme fixenom féminin (groupe nominal)
Synonymes

poème à forme fixeforme codifiéepoème régulier

Antonymes

vers libreforme librepoème en prose

Dérivés

formerv.formeladj.formalismen. m.fixerv.fixitén. f.fixementadv.

Champ lexical

sonnetrondeauballadehaïkurèglecontrainte

Étymologie
  • forma latin : forme, moule
  • fixus latin : fixé, planté (de figere, enfoncer)
Expressions
  • le sonnet, roi des formes fixes : deux quatrains et deux tercets
  • jouer avec la contrainte : créer à l'intérieur d'une règle
Références culturelles
  • Pierre de Ronsard, Les Amours, 1552Ronsard y impose le sonnet, forme fixe de quatorze vers, dans la poésie amoureuse française.
  • Théodore de Banville, Petit traité de poésie française, 1872Banville y codifie les formes fixes (ballade, rondeau, triolet, sonnet…) et leurs règles.
  • Raymond Queneau, Cent mille milliards de poèmes, 1961Dix sonnets aux vers interchangeables : la forme fixe devient une machine à combiner.
Carte mentale ✱allégorienom féminin
Synonymes

symbolepersonnificationemblèmeimage

Antonymes

sens littéral

Dérivés

allégoriqueadj.allégoriquementadv.allégoriserv.allégoristen. m.

Champ lexical

symboleoiseaupoèteabstractionmajusculepersonnification

Étymologie
  • allos grec : autre
  • agoreuein grec : parler en public
  • allêgoria grec : façon de dire autre chose
Expressions
  • « Le Poète est semblable au prince des nuées » : Baudelaire, « L'Albatros »
  • une allégorie de la Liberté : une idée représentée par un personnage
Références culturelles
  • Platon, La République (l'allégorie de la caverne), IVe siècle av. J.-C.Des prisonniers enchaînés dans une caverne figurent les hommes prisonniers des apparences.
  • Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830La Liberté y prend la forme d'une femme du peuple brandissant le drapeau tricolore.
  • Charles Baudelaire, « L'Albatros », Les Fleurs du mal (2e éd.), 1861L'oiseau maladroit sur le pont du navire figure le poète incompris parmi les hommes.
Carte mentale ✱mètrenom masculin
Synonymes

mesurenombre de syllabescadence

Dérivés

métriquen. f.métricienn. m.hexamètren. m.pentamètren. m.trimètren. m.métronomen. m.

Champ lexical

syllabealexandrinoctosyllabedécasyllabee muetdiérèse

Étymologie
  • metron grec : mesure
  • metrum latin : mesure ; vers
  • métrique mot de la même famille
Expressions
  • compter les syllabes : pour trouver le mètre d'un vers
  • un poème hétérométrique : qui mêle des vers de longueurs différentes
  • le mètre fait sens : la longueur du vers imite ce qui est dit
Références culturelles
  • Jean de La Fontaine, Fables (vers mêlés), 1668La Fontaine mêle librement des mètres différents pour épouser le rythme du récit.
  • Victor Hugo, « Les Djinns », Les Orientales, 1829Les strophes grandissent puis décroissent de deux à dix syllabes, mimant l'approche puis l'éloignement des djinns.
  • Paul Verlaine, « Art poétique » (« préfère l'Impair »), 1882Verlaine conseille les mètres impairs (5, 7, 9 syllabes), plus légers et plus musicaux.
Carte mentale ✱éphémèreadjectif et nom masculin
Synonymes

passagerfugacebreffugitifmomentané

Antonymes

éterneldurablepermanentimmortel

Dérivés

éphémériden. f.

Champ lexical

instantvolenvolfugacitésaisonmouvement

Étymologie
  • epi grec : pendant, sur
  • hêmera grec : jour
  • ephêmeros grec : qui ne dure qu'un jour
Expressions
  • un éphémère : insecte qui ne vit que quelques heures
  • un succès éphémère : de courte durée
  • une beauté éphémère : qui passe vite
Références culturelles
  • Pierre de Ronsard, « Mignonne, allons voir si la rose », 1553La rose qui fane en une journée symbolise la beauté éphémère.
  • Charles Baudelaire, « À une passante » (« Fugitive beauté »), Les Fleurs du mal (2e éd.), 1861Une rencontre d'un instant, « Fugitive beauté », aussitôt perdue dans la foule.
  • Philippe Jaccottet, À travers un verger, 1975Jaccottet y cherche à saisir la beauté fragile et passagère d'un verger en fleurs.
Carte mentale ✱calligrammenom masculin
Synonymes

poème-dessinidéogramme lyriquepoème figurépoème visuel

Dérivés

calligraphien. f.calligraphen. m.calligraphierv.calligraphiqueadj.idéogrammen. m.épigrammen. f.anagrammen. f.

Champ lexical

dessinformepagetypographieimagelettres

Étymologie
  • kallos grec : beauté
  • gramma grec : lettre, écriture
  • calligraphie + idéogramme mot-valise inventé par Apollinaire
Expressions
  • un poème-dessin : le texte dessine ce dont il parle
  • « Et moi aussi je suis peintre » : titre d'abord prévu par Apollinaire pour ses idéogrammes
Références culturelles
  • François Rabelais, Cinquième Livre (la « Dive Bouteille »), 1564La « Dive Bouteille » est un poème dont les vers dessinent la forme d'une bouteille.
  • Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles (la queue de la souris), 1865Le conte de la souris est imprimé en forme de longue queue sinueuse.
  • Guillaume Apollinaire, Calligrammes, 1918Apollinaire invente le mot et fait du poème un dessin (la pluie, la cravate et la montre).
Carte mentale ✱sonnetnom masculin
Synonymes

poème de quatorze versforme fixequatorzain

Dérivés

sonnettisten. m.sonn. m.sonoreadj.sonoritén. f.

Champ lexical

quatraintercetalexandrinchuterimes embrasséesvolta

Étymologie
  • sonus latin : son
  • sonet ancien français et occitan : petite chanson
  • sonetto italien : petit poème chanté, d'où « sonnet »
Expressions
  • deux quatrains et deux tercets : la structure du sonnet
  • la chute du sonnet : le dernier vers, qui frappe le lecteur
  • sonnet régulier, irrégulier : selon la disposition des rimes
Références culturelles
  • Pétrarque, Canzoniere, XIVe siècleLe Canzoniere popularise le sonnet amoureux, modèle de toute la poésie européenne.
  • Pierre de Ronsard, Les Amours, 1552Ronsard y acclimate le sonnet pétrarquiste en chantant son amour pour Cassandre.
  • Joachim Du Bellay, Les Regrets, 1558Recueil de sonnets où Du Bellay dit son exil à Rome et sa nostalgie de l'Anjou.
  • Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857Baudelaire renouvelle le sonnet, souvent irrégulier, pour dire le spleen et l'idéal.
  • Raymond Queneau, Cent mille milliards de poèmes, 1961Dix sonnets combinables vers à vers produisent cent mille milliards de poèmes.
Carte mentale ✱vers librenom masculin (groupe nominal)
Synonymes

vers irréguliervers non mesurévers non métrique

Antonymes

vers réguliervers mesuréforme fixe

Dérivés

verslibristen. m.verslibrismen. m.versifierv.versificationn. f.librementadv.libertén. f.

Champ lexical

rythmeretour à la lignestrophe irrégulièretypographiemodernitééchos sonores

Étymologie
  • versus latin : ligne, sillon ; de vertere, tourner (on « tourne » au bout de la ligne)
  • liber latin : libre
Expressions
  • un poème en vers libres : aux vers de longueur irrégulière
  • le retour à la ligne : ce qui distingue encore le vers libre de la prose
Références culturelles
  • Gustave Kahn, Les Palais nomades, 1887Kahn est l'un des premiers à pratiquer et à défendre le vers libre, affranchi du mètre régulier.
  • Jules Laforgue, Derniers vers, 1890Laforgue y abandonne le mètre régulier au profit de vers de longueurs variables.
  • Guillaume Apollinaire, Alcools (« Zone »), 1913« Zone » enchaîne des vers très inégaux, sans ponctuation, pour dire la ville moderne.
  • Jacques Prévert, Paroles, 1946Prévert écrit en vers libres proches de la langue parlée, avec listes et répétitions.

AaLes mots de la séquence

Termes techniques à connaître pour l'EAF

✱
Forme fixe
Poème dont le nombre de vers, de strophes et la disposition des rimes sont fixés par la tradition (sonnet, rondeau).
Sonnet
Forme fixe de quatorze vers : deux quatrains et deux tercets ; le dernier vers forme la chute.
Rondeau
Forme fixe médiévale, sur deux rimes, avec un refrain repris du premier vers.
Octosyllabe / décasyllabe / alexandrin
Vers de huit, dix ou douze syllabes.
Vers pair / impair
Vers au nombre de syllabes pair (8, 10, 12) ou impair (5, 7, 9).
Césure / coupe
Pause principale au milieu du vers / pause secondaire à l'intérieur d'un hémistiche.
Diérèse
Prononciation en deux syllabes de deux voyelles voisines (an-ci-en).
Rejet / contre-rejet
Élément bref d'une phrase placé au début du vers suivant / à la fin du vers précédent.
Rime pauvre / suffisante / riche
Rime fondée sur un, deux, trois sons communs ou plus.
Vers libre
Vers sans mètre ni rime réguliers, dont l'unité repose sur la syntaxe, le rythme, le thème, les échos sonores.
Verset
Vers très long, souvent de la longueur d'une phrase, proche de la prose rythmée.
Poème en prose
Texte bref, sans vers, dont la poéticité tient aux images, au rythme et à l'unité.
Calligramme
Poème dont la disposition typographique dessine une figure liée à son sens (Apollinaire parle d'« idéogrammes lyriques »).
Blason / contre-blason
Éloge poétique d'une partie du corps / sa parodie.
Allégorie
Représentation concrète et développée d'une idée abstraite (l'albatros, le poète).
Anaphore
Reprise d'un même mot en tête de vers ou de phrases successifs.
Épanorthose
Correction de ce qu'on vient de dire (« non, une chose trop prompte pour être un nuage »).
Chiasme
Construction en miroir (ABBA) ; « Les Djinns » est construit en chiasme autour de sa strophe centrale.
Registre élégiaque
Expression plaintive de la douleur, du deuil, du regret du temps passé.
Topos
Thème ou motif traditionnel, repris d'œuvre en œuvre (le poète et la nature, l'oiseau-poète).

✱Sources : dossier « forme et signification, l'oiseau et le poète » (Première S, janvier-avril 2003) : TD de poésie, cours sur « Les Djinns » et « Étourneaux », explication de « La colombe poignardée… », activités orales, bac blanc ; exemplier (2007).

13IAPour aller plus loin

Activités avec l'IA ✱

Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).

Trois règles avant de commencer
  • L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
  • Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
  • L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1

Les Djinns : la forme qui mime le sens

En classe25 min

Objectif. Vérifier le schéma des mètres des « Djinns » de Hugo et en comprendre l'effet.

  1. Comptez les syllabes d'un vers par strophe et remplissez le tableau.
  2. Le professeur demande à l'IA le même tableau et le projette.
  3. Comparez avec votre relevé et avec l'encadré « un coup de force poétique ».
  4. Expliquez ensemble ce que ce chiasme métrique fait sentir au lecteur.
À écrire à l'IA

Dans « Les Djinns » de Victor Hugo (Les Orientales, 1829), donne pour chacune des quinze strophes le nombre de syllabes des vers, sous forme de tableau. Explique ensuite en trois phrases le lien entre cette forme et ce qui est raconté.

Garde ton esprit critique. Comparez chaque case avec votre propre décompte : l'IA peut se tromper sur la strophe centrale. Le manuel donne la progression : de deux à huit, puis dix, puis de huit à deux.

2

Un sonnet irrégulier

À la maison30 min

Objectif. Repérer les irrégularités d'un sonnet (Nerval, Baudelaire, Mallarmé ou Verlaine) et en dire l'effet.

  1. Choisis un sonnet de la séance 7 (« El Desdichado », « Correspondances », « Ses purs ongles… », « Résignation »).
  2. Note toi-même ses irrégularités : disposition, rimes, mètre.
  3. Colle le sonnet dans l'IA avec le prompt.
  4. Compare avec tes notes et avec la correction du manuel. Note ce que l'IA a vu de juste et ce qu'elle a inventé.
À écrire à l'IA

Voici un sonnet du XIXe siècle : [colle le sonnet]. Quelles irrégularités présente-t-il par rapport au sonnet régulier (disposition des strophes, rimes, mètre) ? Quel effet produisent-elles ? Réponds en citant les vers concernés.

Garde ton esprit critique. L'IA se trompe parfois sur ce qu'est un sonnet régulier. Vérifie le schéma des rimes toi-même avant de croire sa réponse.

3

Le vers libre n'est pas l'absence de règles

En classe ou à la maison20 min

Objectif. Réfuter une idée reçue sur le vers libre avec les exemples de la séquence.

  1. Relis l'« À retenir : le vers libre » et le début de « Zone ».
  2. Demande à l'IA de défendre l'idée reçue avec le prompt.
  3. Réponds-lui en trois arguments, chacun avec un exemple (Apollinaire, Breton, Senghor ou Prévert).
  4. Note si l'IA reconnaît ou non la valeur de tes exemples.
À écrire à l'IA

Défends en six lignes cette idée : « Le vers libre, c'est de la prose découpée au hasard, sans aucune règle. » Puis attends ma réponse et discute mes arguments un par un.

Garde ton esprit critique. Vérifie que tes exemples sont exacts (citations, auteurs) et que l'IA ne cite pas de vers inventés pour Breton, Senghor ou Prévert, dont les textes sont protégés.

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Corpus du bac blanc : ta réponse d'abord

À la maison35 min

Objectif. S'entraîner à la question de corpus sur Éluard, Baudelaire et Saint-Amant : comment la forme sert-elle la signification ?

  1. Écris ta réponse à la question de corpus sans aide (une quinzaine de lignes).
  2. Demande à l'IA de l'évaluer avec le prompt.
  3. Compare ses remarques avec le corrigé du manuel (sizains d'octosyllabes de Saint-Amant, sonnet de Baudelaire, deux parties d'Éluard).
  4. Réécris un seul paragraphe en tenant compte des remarques justes.
À écrire à l'IA

Voici ma réponse à une question de corpus du bac : « Montrez précisément, pour chacun des textes, comment la forme est au service de la signification du poème » (Éluard, « Au mal / Au bien » ; Baudelaire, « De profundis clamavi » ; Saint-Amant, « Plainte sur la mort de Sylvie »). [colle ta réponse]. Indique ce qui est précis, ce qui est vague et ce qui manque. Ne rédige pas de corrigé.

Garde ton esprit critique. L'IA peut donner une description fausse de la forme d'un poème (nombre de strophes, mètre). Vérifie avec le corrigé du manuel avant de modifier ta copie.

✎Pour l'enseignant

Fiches d'activité d'une heure

2 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier

  • 18
    La colombe poignardée et le jet d'eau, lire un calligrammeLire un calligramme en trois temps (la colombe, le jet d'eau, la vasque), étudier les liens entre l'image et le texte, et montrer que la forme sert la…
  • 19
    Le devenir du sonnet, une forme fixe renouveléeRappeler les règles du sonnet régulier, repérer les irrégularités de quatre sonnets du XIXe siècle et en interpréter les effets : la forme fixe se renouvelle…

Les fiches et leurs corrigés s'ouvrent en mode enseignant.