Français en classe
4e · Textes narratifs

Maupassant, nouvelles réalistes

Le récit réaliste, miroir de la réalité

11 textes4 à retenir7 fiches d'activité
Créé en 2016
Programme officielRegarder le monde, inventer des mondes · « La fiction pour interroger le réel »

Programme du cycle 4 de 2015, modifié en 2020 (BO n° 31 du 30 juillet 2020), toujours en vigueur en 4e en 2026-2027 ; le nouveau programme (BO n° 10 du 5 mars 2026) s'appliquera en 4e à la rentrée 2027.

Entrée de l'ancien programme, toujours en vigueur
  • Regarder le monde, inventer des mondes · « La fiction pour interroger le réel »

rattachement indiqué dans le cours d'origine

Portrait de Guy de MaupassantGuy de Maupassant
Portrait de Émile ZolaÉmile Zola
Portrait de Victor HugoVictor Hugo
★Ouverture de la séquence

La frise des textes

Les 6 textes que tu vas étudier, dans l'ordre chronologique. Touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.

1Présentation

La séquence en un coup d'œil

Le récit réaliste, miroir de la réalité : les nouvelles de Maupassant

Cette séquence ouvre l'année de 4e. Elle part d'un mot, réalisme, que l'on décortique avec un arbre lexical, puis d'une comparaison entre deux tableaux de la mer en tempête, l'un romantique, l'autre réaliste. Elle fait ensuite lire quatre nouvelles de Guy de Maupassant : La Rempailleuse, Deux amis, Boule de suif et La Parure. À chaque fois, deux questions guident la lecture : qu'est-ce qui rend ce récit réaliste ? et que veut dénoncer Maupassant ? Un prolongement fait découvrir le naturalisme d'Émile Zola (L'Assommoir, La Bête humaine) ; des ateliers d'écriture et une évaluation de fin de séquence concluent le parcours.

Fiche enseignant
Intitulé
Le récit réaliste, miroir de la réalité : nouvelles réalistes au XIXe siècle
Entrée du programme
Cycle 4, « La fiction pour interroger le réel »
Œuvres
Guy de Maupassant, La Rempailleuse (1882), Deux amis (1883), Boule de suif (1880), La Parure (1884) ; prolongement : Émile Zola, L'Assommoir (1877) et La Bête humaine (1890)
Période
Septembre à novembre (versions de 2016 à 2024 ; contrôle final le 7 novembre 2024)
Durée
Onze séances environ, plus les contrôles et les exposés
Fil rouge
Comment un récit de fiction peut-il montrer le monde tel qu'il est, et le critiquer ?

Le parcours

N°SéanceSupportNotions et langue
1Définir le réalismeArbre lexical ; Maupassant, Une vie ; Courbet et TurnerÉtymologie, famille de mots, mouvement littéraire
2-3La Rempailleuse : une histoire d'amour et d'argentMaupassant, La RempailleuseRécit, narrateur, récit enchâssé, chronologie
4-5Deux amis : la guerre de 1870Maupassant, Deux amis ; une carte des lieux ; le filmCadre spatio-temporel, visée critique, ponctuation
6LanguePhrases tirées des nouvellesLes expansions du nom
7-8Boule de suif : un huis clos dans une diligenceMaupassant, Boule de suif, lecture intégralePersonnages-types, discours rapporté
9La Parure : une chute cruelleMaupassant, La ParureChute, ellipse
10Prolongement : le naturalismeZola, L'Assommoir, La Bête humaine ; DegasChamp lexical d'un métier, formation des mots
11Écrire un récit réalisteTextes supports de Zola et de HugoDescription, continuation de récit, relecture
12Évaluation de fin de séquenceLes nouvelles lues ; un tableau réalisteFrise, réécriture, vocabulaire, dictée

Les textes étudiés

TexteExtraitCe qui s'y joue
Texte 1La Rempailleuse : le dîner, l'enfance, l'héritageUn médecin raconte l'amour d'une pauvre rempailleuse pour un pharmacien.
Texte 2Deux amis : l'ouverture et le Mont-ValérienDeux pêcheurs parisiens sortent de Paris assiégé ; les Prussiens les fusillent.
Texte 3Boule de suif : le portrait de l'héroïneDix voyageurs fuient Rouen occupée ; une prostituée est sacrifiée par les « honnêtes gens ».
Texte 4La Parure : l'ouverture et la chutePour un bijou perdu, les Loisel paient dix ans de misère.
ProlongementZola, L'Assommoir et La Bête humaineLe travail des repasseuses ; un mécanicien dans la tempête de neige.
2Séance 1 · Ouverture

Qu'est-ce que le réalisme ?

Faire le tour d'un mot, situer un mouvement, comparer deux tableaux

L'arbre lexical du mot « réalisme »

Pour faire le tour d'un mot, on construit un arbre lexical : on cherche son sens, sa construction, son étymologie, sa famille, son champ lexical, ses synonymes et antonymes, et les expressions où il apparaît.

BrancheCe que l'on trouve
ÉtymologieDu latin realis, « les choses réelles », formé sur res, « la chose ».
Sens propreCe qui est lié au réel.
Sens figuréUn mouvement en littérature et en peinture (Courbet, Zola…).
FamilleLe nom : le réel, la réalité ; le verbe : réaliser ; l'adjectif : réaliste, réel ; l'adverbe : réellement.
Champ lexicalLa vie, la vérité, la cohérence, le vraisemblable.
SynonymesLe vrai, la vérité.
AntonymesL'idéal, le rêve, la fiction.
ExpressionFaire preuve de réalisme.

Lire une description réaliste

La classe lit dans le manuel une description extraite d'Une vie (1883), le premier roman de Maupassant, puis la compare à une description romantique. Un exercice d'écriture prolonge la lecture : continuer chacun des deux textes en respectant son style.

Deux tableaux, une même mer agitée

On compare deux tableaux qui traitent du même sujet, la mer houleuse : Pêcheurs en mer de William Turner (1796) et La Vague de Gustave Courbet (1870).

William Turner, Pêcheurs en mer

William Turner, Pêcheurs en mer, 1796, huile sur toile, Londres, Tate Britain

Image : William Turner, Londres, Tate Britain, via Wikimedia Commons · Domaine public voir le fichier
Gustave Courbet, La Mer orageuse, dite aussi La Vague

Gustave Courbet, La Mer orageuse, dite aussi La Vague, 1870, huile sur toile, Paris, musée d’Orsay

Image : Gustave Courbet, Paris, musée d’Orsay, via Wikimedia Commons · Domaine public voir le fichier

Courbet a peint plusieurs « Vague » vers 1869-1870 : celle-ci est la version du musée d’Orsay.

Turner, Pêcheurs en mer (1796)Courbet, La Vague (1870)
Le point de vueIl ne semble pas possible : le peintre ne peut pas avoir été là pour voir la scène ainsi et la peindre.Il est pris de la plage : le peintre représente les choses exactement comme il les voit.
La scènePar ce temps, les pêcheurs ne prennent normalement pas la mer.La tempête force les bateaux de pêcheurs à rester à terre ; seul un voilier est en pleine mer.
La lumièreC'est une scène de nuit, mais la lune semble éclairer toute la mer.Les couleurs sont proches de la réalité.
ConclusionUn tableau romantique.Un tableau réaliste.
Carte mentale de l'étaperéalismeVoir dans le Lexique →
3Texte 1 · Séances 2 et 3

Un amour pitoyable

Guy de Maupassant, La Rempailleuse, 1882

Un soir d'ouverture de la chasse, chez le marquis de Bertrans, les convives se demandent si l'on peut aimer plusieurs fois. Le vieux médecin du pays prend la parole.

Extrait 1 · « Pouah ! »
Portrait de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant1850 – 1893

C'était à la fin du dîner d'ouverture de chasse chez le marquis de Bertrans. Onze chasseurs, huit jeunes femmes et le médecin du pays étaient assis autour de la grande table illuminée, couverte de fruits et de fleurs.

On vint à parler d'amour, et une grande discussion s'éleva, l'éternelle discussion, pour savoir si on pouvait aimer vraiment une fois ou plusieurs fois. […] Les hommes, en général, prétendaient que la passion, comme les maladies, peut frapper plusieurs fois le même être […]. Bien que cette manière de voir ne fût pas contestable, les femmes, dont l'opinion s'appuyait sur la poésie bien plus que sur l'observation, affirmaient que l'amour, l'amour vrai, le grand amour, ne pouvait tomber qu'une fois sur un mortel […].

[Le marquis défend l'avis des hommes. On prend pour arbitre le docteur, qui dit avoir connu « une passion qui dura cinquante-cinq ans sans un jour de répit ». La marquise s'extasie.]

Le médecin sourit :

— En effet, madame, vous ne vous trompez pas sur ce point, que l'être aimé fut un homme. Vous le connaissez, c'est M. Chouquet, le pharmacien du bourg. Quant à elle, la femme, vous l'avez connue aussi, c'est la vieille rempailleuse de chaises qui venait tous les ans au château. Mais je vais me faire mieux comprendre.

L'enthousiasme des femmes était tombé ; et leur visage dégoûté disait : « Pouah ! », comme si l'amour n'eût dû frapper que des êtres fins et distingués, seuls dignes de l'intérêt des gens comme il faut.

Guy de Maupassant, La Rempailleuse (1882), début · Lire l'œuvre

Extrait 2 · Sept sous et un baiser

Toute petite, elle errait, haillonneuse, vermineuse, sordide. On s'arrêtait à l'entrée des villages, le long des fossés ; on dételait la voiture ; le cheval broutait ; le chien dormait, le museau sur ses pattes ; et la petite se roulait dans l'herbe pendant que le père et la mère rafistolaient, à l'ombre des ormes du chemin, tous les vieux sièges de la commune. […]

[Les enfants du village lui jettent des pierres ; des dames lui donnent quelques sous, qu'elle garde soigneusement.]

Un jour — elle avait alors onze ans — comme elle passait par ce pays, elle rencontra derrière le cimetière le petit Chouquet qui pleurait parce qu'un camarade lui avait volé deux liards. Ces larmes d'un petit bourgeois, d'un de ces petits qu'elle s'imaginait dans sa frêle caboche de déshéritée, être toujours contents et joyeux, la bouleversèrent. Elle s'approcha, et, quand elle connut la raison de sa peine, elle versa entre ses mains toutes ses économies, sept sous, qu'il prit naturellement, en essuyant ses larmes. Alors, folle de joie, elle eut l'audace de l'embrasser. Comme il considérait attentivement sa monnaie, il se laissa faire.

Guy de Maupassant, La Rempailleuse (1882), le récit du médecin · Lire l'œuvre

Extrait 3 · L'héritage

Le lendemain, je me rendis chez les Chouquet. Ils achevaient de déjeuner, en face l'un de l'autre, gros et rouges, fleurant les produits pharmaceutiques, importants et satisfaits.

[…]

Dès qu'il eut compris qu'il avait été aimé de cette vagabonde, de cette rempailleuse, de cette rouleuse, Chouquet bondit d'indignation, comme si elle lui avait volé sa réputation, l'estime des honnêtes gens, son honneur intime, quelque chose de délicat qui lui était plus cher que la vie.

[Les Chouquet acceptent pourtant les 2 300 francs et réclament la voiture de la morte.]

J'ai gardé les chiens chez moi. Le curé, qui a une grande cour, a pris le cheval. La voiture sert de cabane à Chouquet ; et il a acheté cinq obligations de chemin de fer avec l'argent.

Voilà le seul amour profond que j'aie rencontré, dans ma vie.

Le médecin se tut.

Alors la marquise, qui avait des larmes dans les yeux, soupira : « Décidément, il n'y a que les femmes pour savoir aimer ! »

Guy de Maupassant, La Rempailleuse (1882), fin · Lire l'œuvre

Ce que la classe a retenu

Des éléments réalistes : cadre et personnages

Les lieux de l'action sont précis et ordinaires : le château du marquis de Bertrans, un « bourg », le « village », la pharmacie, la mare de la place de la Mairie. L'époque se lit dans les titres (un marquis) et dans le métier de rempailleur, qui désigne une classe laborieuse misérable et sans domicile fixe. Le choix des personnages dépend de leur appartenance sociale : la rempailleuse est « haillonneuse, vermineuse, sordide », une « va-nu-pieds » ; Chouquet est « un petit bourgeois » à la « tunique à boutons d'or ». Pour les personnages secondaires aussi, Maupassant s'appuie sur des statuts sociaux : les chasseurs, le marquis, le médecin. Enfin, le dialogue au discours direct est un procédé réaliste : on croit entendre parler les personnages.

Des thèmes réalistes : l'amour et l'argent

Maupassant raconte une histoire d'amour entre deux personnages de classes sociales différentes, fondée sur des rapports d'argent. L'argent est par définition un thème réaliste, puisque c'est lui qui détermine les classes sociales en conflit dans le récit : la bourgeoisie et les pauvres. Au dîner, les femmes ont une vision idéale de l'amour (on n'aime qu'une fois) ; les hommes, une vision plus réaliste (on peut aimer plusieurs fois). L'histoire de la rempailleuse confirme la vision réaliste : le rapport d'argent y est malsain et inversé, puisque c'est elle qui paie alors que c'est lui qui est riche. Elle essaie d'acheter son amour ; Chouquet est vénal. À la fin, les Chouquet acceptent l'héritage pour leurs convenances personnelles et, comme des charognards, vont jusqu'à prendre les derniers biens de la morte. Le « seul amour profond » qu'ait connu le médecin est donc un amour vraiment pitoyable.

Carte mentale de l'étapedénonciationVoir dans le Lexique →
4Texte 2 · Séances 4 et 5

Pêcher sous les canons

Guy de Maupassant, Deux amis, 1883

Le contexte : la guerre de 1870

Cette guerre oppose la France et la Prusse du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871. La Prusse envahit la France, et Paris est assiégé par les troupes prussiennes pendant l'hiver 1870. La guerre met fin au Second Empire (1852-1870), dont l'empereur était Napoléon III : c'est le début de la IIIe République. L'armistice aboutit à l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine. La nouvelle s'ouvre sur un contexte de famine : les Parisiens ont dû manger les animaux du Jardin des Plantes. On reconnaît aussi les barricades et le siège autour de la ville. Un tableau de Félix Philippoteaux, Scène de bombardement à Paris par les armées prussiennes en janvier 1871 (musée Carnavalet), montre cette réalité.

Extrait 1 · « Paris était bloqué, affamé et râlant »
Portrait de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant1850 – 1893

Paris était bloqué, affamé et râlant. Les moineaux se faisaient bien rares sur les toits, et les égouts se dépeuplaient. On mangeait n'importe quoi.

Comme il se promenait tristement par un clair matin de janvier le long du boulevard extérieur, les mains dans les poches de sa culotte d'uniforme et le ventre vide, M. Morissot, horloger de son état et pantouflard par occasion, s'arrêta net devant un confrère qu'il reconnut pour un ami. C'était M. Sauvage, une connaissance du bord de l'eau.

[Avant la guerre, chaque dimanche, Morissot prenait le train d'Argenteuil, descendait à Colombes et gagnait l'île Marante, où il retrouvait M. Sauvage, mercier rue Notre-Dame-de-Lorette, « autre pêcheur fanatique ».]

À l'automne, vers la fin du jour, quand le ciel ensanglanté par le soleil couchant, jetait dans l'eau des figures de nuages écarlates, empourprait le fleuve entier, enflammait l'horizon, faisait rouges comme du feu les deux amis, et dorait les arbres roussis déjà, frémissants d'un frisson d'hiver, M. Sauvage regardait en souriant Morissot et prononçait : « Quel spectacle ! » Et Morissot émerveillé répondait, sans quitter des yeux son flotteur : « Cela vaut mieux que le boulevard, hein ? »

Guy de Maupassant, Deux amis (1883), début · Lire l'œuvre

Gravure : l'intérieur d'un bastion des remparts de Paris, avec une colline au loin
Maxime Lalanne, Bastion 66, vue sur Saint-Cloud, Montretout et le Mont-Valérien, eau-forte des Souvenirs artistiques du siège de Paris, 1870-1871 ✱Paris assiégé par les Prussiens : au loin, le Mont-Valérien, dont les canons tonnent dans la nouvelle.Domaine public · Wikimedia Commons
Extrait 2 · Le Mont-Valérien tonnait

[Un peu grisés par l'absinthe, les deux amis obtiennent un laissez-passer, franchissent les avant-postes et se remettent à pêcher. Le canon du Mont-Valérien se met à tonner.]

Et tranquillement ils se mirent à discuter, débrouillant les grands problèmes politiques avec une raison saine d'hommes doux et bornés, tombant d'accord sur ce point, qu'on ne serait jamais libres. Et le Mont-Valérien tonnait sans repos, démolissant à coups de boulet des maisons françaises, broyant des vies, écrasant des êtres, mettant fin à bien des rêves, à bien des joies attendues, à bien des bonheurs espérés, ouvrant en des cœurs de femmes, en des cœurs de filles, en des cœurs de mères, là-bas, en d'autres pays, des souffrances qui ne finiraient plus.

« C'est la vie », déclara M. Sauvage.

« Dites plutôt que c'est la mort », reprit en riant Morissot.

[Surpris par des soldats prussiens, ils refusent de livrer le mot d'ordre et sont fusillés ; leurs corps sont jetés dans la Seine.]

L'officier, toujours serein, dit à mi-voix : « C'est le tour des poissons maintenant. »

Puis il revint vers la maison.

Et soudain il aperçut le filet aux goujons dans l'herbe. Il le ramassa, l'examina, sourit, cria : « Wilhem ! »

Un soldat accourut, en tablier blanc. Et le Prussien, lui jetant la pêche des deux fusillés, commanda : « Fais-moi frire tout de suite ces petits animaux-là pendant qu'ils sont encore vivants. Ce sera délicieux. »

Puis il se remit à fumer sa pipe.

Guy de Maupassant, Deux amis (1883), milieu et fin · Lire l'œuvre

Page illustrée : deux hommes en civil entourés de soldats casqués au bord de l'eau
Louis Vallet (gravé par Georges Lemoine), illustration de Deux amis, dans Mademoiselle Fifi, Paris, Ollendorff, 1902, p. 247 ✱Les deux pêcheurs, capturés par des soldats prussiens, sont conduits devant l'officier.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapedénonciationVoir dans le Lexique →
5Séance 6 · Langue

Les expansions du nom

Enrichir une description réaliste

Pour décrire avec précision, les écrivains réalistes enrichissent les noms. Un groupe nominal (GN) se compose d'un déterminant, d'un nom et de ses expansions. Les expansions du nom sont étudiées dans le manuel de la classe (p. 312-313), puis réinvesties dans les contrôles.

✱
ExpansionExemple
Adjectif qualificatif épithèteun petit homme replet et jovial
Complément du nom (introduit par une préposition)une pipe de porcelaine
Proposition subordonnée relativeun géant velu, qui fumait
Nom ou GN en appositionM. Sauvage, mercier
Carte mentale de l'étapedescriptionVoir dans le Lexique →
6Texte 3 · Séances 7 et 8

Un peuple en déroute

Guy de Maupassant, Boule de suif, 1880 · lecture intégrale

Dessin : des voyageurs emmitouflés attendent dans la neige près d'une grande voiture à cheval
Pierre-Georges Jeanniot, le départ de la diligence, illustration pour Boule de suif, Paris, Ollendorff, 1902 ✱À l'aube, dans la neige, les voyageurs se rassemblent pour quitter Rouen occupée par les Prussiens.Domaine public · Wikimedia Commons

Boule de suif est la première nouvelle publiée par Guy de Maupassant, en 1880. Elle connaît tout de suite un vif succès. Comme nombre de ses nouvelles, elle s'inspire de la guerre franco-prussienne de 1870. À l'époque du récit, la France est occupée par les Allemands sur une grande partie du Nord, après la débâcle, la terrible défaite militaire de Sedan.

✱Résumé. Dix voyageurs fuient Rouen occupée en diligence. À l'auberge de Tôtes, un officier prussien les retient tant que Boule de suif, une prostituée, ne lui a pas cédé. Ses compagnons la poussent à accepter, puis la méprisent.

L'ouverture : un peuple en déroute

Maupassant commence son récit par une description de la débâcle, puis par celle des habitants de Rouen et de leur comportement face à l'ennemi. Les soldats français sont défaits : l'armée est désorganisée, épuisée, démoralisée, et les troupes menacent leurs chefs. Maupassant critique l'armée française. Les Rouennais, eux, sont effrayés par l'arrivée des Prussiens, comparée à un cataclysme naturel (tremblement de terre, crue d'un fleuve) : la ville passe du silence au vacarme, puis de nouveau au silence. Maupassant critique leur attitude lâche : ils n'ont pour l'occupant qu'une hostilité de surface et, dans les faits, sympathisent avec l'ennemi.

Dix voyageurs dans une diligence

Groupe socialPersonnages
La noblesseLe comte et la comtesse de Bréville.
La bourgeoisieM. et Mme Carré-Lamadon, négociants en textile ; M. et Mme Loiseau, marchands de vin, petits commerçants.
Un démocrateCornudet, « le démoc ».
L'ÉgliseDeux religieuses.
Le peupleBoule de suif, une prostituée.
Le portrait de Boule de suif
Portrait de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant1850 – 1893

▶ Écouter toute l'œuvre Boule de suif (YouTube)

La femme, une de celles appelées galantes, était célèbre par son embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de suif. Petite, ronde de partout, grasse à lard, avec des doigts bouffis, étranglés aux phalanges, pareils à des chapelets de courtes saucisses, avec une peau luisante et tendue, une gorge énorme qui saillait sous sa robe, elle restait cependant appétissante et courue, tant sa fraîcheur faisait plaisir à voir.

Guy de Maupassant, Boule de suif (1880), première partie [texte à vérifier sur l'édition de la classe] · Lire l'œuvre

Dessin : des voyageurs serrés dans une diligence ; une femme ronde tient un panier sur ses genoux
Pierre-Georges Jeanniot, dans la diligence, illustration pour Boule de suif, Paris, Ollendorff, 1902 ✱Dans la diligence, Boule de suif ouvre son panier de provisions devant les autres voyageurs affamés.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapenouvelleVoir dans le Lexique →
7Texte 4 · Séance 9

Une chute cruelle

Guy de Maupassant, La Parure, 1884

Cette nouvelle, datée du 17 février 1884, est lue en classe dans la version 2019 de la séquence. Mathilde, femme d'un petit commis du ministère de l'Instruction publique, rêve de luxe. Invitée à un bal, elle emprunte une rivière de diamants à son amie Mme Forestier… et la perd.

Extrait 1 · « Comme par une erreur du destin »
Portrait de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant1850 – 1893

C'était une de ces jolies et charmantes filles, nées, comme par une erreur du destin, dans une famille d'employés. Elle n'avait pas de dot, pas d'espérances, aucun moyen d'être connue, comprise, aimée, épousée par un homme riche et distingué ; et elle se laissa marier avec un petit commis du ministère de l'Instruction publique.

[…]

Elle souffrait sans cesse, se sentant née pour toutes les délicatesses et tous les luxes. Elle souffrait de la pauvreté de son logement, de la misère des murs, de l'usure des sièges, de la laideur des étoffes. Toutes ces choses, dont une autre femme de sa caste ne se serait même pas aperçue, la torturaient et l'indignaient. […]

Quand elle s'asseyait, pour dîner, devant la table ronde couverte d'une nappe de trois jours, en face de son mari qui découvrait la soupière en déclarant d'un air enchanté : « Ah ! le bon pot-au-feu ! je ne sais rien de meilleur que cela... » elle songeait aux dîners fins, aux argenteries reluisantes […].

Guy de Maupassant, La Parure (1884), début · Lire l'œuvre

La première page d'un journal imprimé serré, titré Le Gaulois, avec le titre La Parure
La une du Gaulois du 17 février 1884, où paraît pour la première fois La Parure ✱La nouvelle paraît d'abord dans un journal, Le Gaulois, à la une du 17 février 1884.Domaine public · Wikimedia Commons
Extrait 2 · « Elle valait au plus cinq cents francs ! »

[Les Loisel achètent à crédit une rivière semblable pour trente-six mille francs. Il leur faut dix ans de misère pour rembourser. Un dimanche, aux Champs-Élysées, Mathilde, vieillie, retrouve Mme Forestier et lui avoue tout.]

— Tu dis que tu as acheté une rivière de diamants pour remplacer la mienne ?

— Oui. Tu ne t'en étais pas aperçue, hein ? Elles étaient bien pareilles.

Et elle souriait d'une joie orgueilleuse et naïve.

Mme Forestier, fort émue, lui prit les deux mains.

— Oh ! ma pauvre Mathilde ! Mais la mienne était fausse. Elle valait au plus cinq cents francs !...

Guy de Maupassant, La Parure (1884), fin · Lire l'œuvre

Couverture illustrée : une femme en robe de bal devant un miroir ; un homme cherche à terre
Théophile-Alexandre Steinlen, La Parure, couverture du Gil Blas illustré, 8 octobre 1893 ✱Au retour du bal, Mathilde découvre devant son miroir que la rivière a disparu.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapechuteVoir dans le Lexique →
8Séance 10 · Prolongement

Zola, le roman du monde du travail

Émile Zola, L'Assommoir (1877) et La Bête humaine (1890)

Gervaise et les repasseuses

Gervaise a ouvert sa boutique de blanchisseuse, rue de la Goutte-d'Or. Un samedi de juin, l'ouvrage presse.

Texte A · « Une température à crever »
Portrait de Émile Zola
Émile Zola1840 – 1902

▶ Écouter toute l'œuvre L'Assommoir (YouTube)

À cette heure, le soleil tombait d'aplomb sur la devanture, le trottoir renvoyait une réverbération ardente, dont les grandes moires dansaient au plafond de la boutique ; et ce coup de lumière, bleui par le reflet du papier des étagères et de la vitrine, mettait au-dessus de l'établi un jour aveuglant, comme une poussière de soleil tamisée dans les linges fins. Il faisait là une température à crever. On avait laissé ouverte la porte de la rue, mais pas un souffle de vent ne venait ; les pièces qui séchaient en l'air, pendues aux fils de laiton, fumaient, étaient raides comme des copeaux en moins de trois quarts d'heure.

[…]

Elle était accroupie par terre, devant une terrine, occupée à passer du linge à l'amidon. […] Soigneusement, elle trempait dans l'eau laiteuse des bonnets, des devants de chemises d'homme, des jupons entiers, des garnitures de pantalons de femme.

[…]

Madame Putois, une femme de quarante-cinq ans, maigre, petite, repassait sans une goutte de sueur, boutonnée dans un vieux caraco marron. […] Et elle restait raide devant l'établi, trop haut pour elle, les coudes en l'air, poussant son fer avec des gestes cassés de marionnette.

Émile Zola, L'Assommoir (1877), chapitre V [chapitre à vérifier] · Lire l'œuvre

Gravure : trois femmes trient du linge dans une boutique, sous des draps suspendus
André Gill, « Gervaise comptant le linge », gravure pour L'Assommoir, édition illustrée Marpon et Flammarion, 1878 ✱Dans sa boutique de blanchisseuse, sous le linge qui sèche, Gervaise compte le linge sale des clientes.Domaine public · Wikimedia Commons

Jacques Lantier et la Lison

Dans La Bête humaine, Jacques Lantier est mécanicien sur la ligne Le Havre-Paris. Il aime sa locomotive, la Lison, comme une femme. Un jour de tempête de neige, il conduit le train où voyage Séverine, la femme qu'il aime, aux côtés de Pecqueux, le chauffeur.

Texte B · Dans la tempête de neige

Jusqu'à la station d'Harfleur, la Lison fila d'une bonne marche continue. La couche de neige tombée ne préoccupait pas encore Jacques, car il y en avait au plus soixante centimètres, et le chasse-neige en déblayait aisément un mètre. Il était tout au souci de garder sa vitesse, sachant bien que la vraie qualité d'un mécanicien, après la tempérance et l'amour de sa machine, consistait à marcher d'une façon régulière, sans secousse, à la plus haute pression possible. […]

Et, debout sur la plaque de tôle, qui reliait la machine au tender, dans les continuels cahots de la trépidation, Jacques, malgré la neige, se penchait à droite, pour mieux voir. Par la vitre de l'abri, brouillée d'eau, il ne distinguait rien ; et il restait la face sous les rafales, la peau flagellée de milliers d'aiguilles, pincée d'un tel froid, qu'il y sentait comme des coupures de rasoir. De temps à autre, il se retirait, pour reprendre haleine ; il ôtait ses lunettes, les essuyait ; puis, il revenait à son poste d'observation, en plein ouragan, les yeux fixes, dans l'attente des feux rouges, si absorbé en son vouloir, qu'à deux reprises il eut l'hallucination de brusques étincelles sanglantes, tachant le rideau pâle qui tremblait devant lui.

Émile Zola, La Bête humaine (1890), chapitre VII [chapitre à vérifier] · Lire l'œuvre

Gravure sur bois : une locomotive file dans la nuit, près de poteaux télégraphiques
Géo Dupuis, illustration pour La Bête humaine, gravure sur bois, Paris, Mornay, 1924, p. 450 ✱La locomotive, presque un personnage du roman, lancée dans la nuit.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapenaturalismeVoir dans le Lexique →
9Séance 11 · Ateliers

Écrire et lire à la manière des réalistes

Décrire, continuer un récit, se relire, lire une nouvelle inconnue

Texte support · Cosette dans la forêt
Portrait de Victor Hugo
Victor Hugo1802 – 1885

▶ Écouter toute l'œuvre Les Misérables (YouTube)

[Envoyée la nuit chercher de l'eau à la source du bois par les Thénardier, Cosette, huit ans, est saisie de terreur.]

Elle fit ainsi une douzaine de pas, mais le seau était plein, il était lourd, elle fut forcée de le reposer à terre. Elle respira un instant, puis elle enleva l'anse de nouveau, et se remit à marcher, cette fois un peu plus longtemps. […] Cela se passait au fond d'un bois, la nuit, en hiver, loin de tout regard humain ; c'était un enfant de huit ans. Il n'y avait que Dieu en ce moment qui voyait cette chose triste.

[…]

En ce moment, elle sentit tout à coup que le seau ne pesait plus rien. Une main, qui lui parut énorme, venait de saisir l'anse et la soulevait vigoureusement. Elle leva la tête. Une grande forme noire, droite et debout, marchait auprès d'elle dans l'obscurité. C'était un homme qui était arrivé derrière elle et qu'elle n'avait pas entendu venir. Cet homme, sans dire un mot, avait empoigné l'anse du seau qu'elle portait.

Victor Hugo, Les Misérables (1862), deuxième partie, livre III · Lire l'œuvre

Gravure : une petite fille en haillons balaie avec un balai plus grand qu'elle
Émile Bayard, Cosette, gravure pour Les Misérables de Victor Hugo ✱Cosette, petite servante maltraitée par les Thénardier : la nuit, on l'envoie seule chercher de l'eau.Domaine public · Wikimedia Commons

Lire seul une autre nouvelle de Maupassant

En 2019, le contrôle de la classe de 4e4 (1 h 30) portait sur une nouvelle inconnue des élèves, L'Aveugle (1882). Un paysan normand aveugle, recueilli par sa sœur après la mort de ses parents, devient le souffre-douleur de la ferme ; abandonné un jour de neige sur la route, il meurt de froid, et son corps est découvert par des corbeaux. Le narrateur conclut :

« Et je ne puis jamais ressentir la vive gaieté des jours de soleil, sans un souvenir triste et une pensée mélancolique vers le gueux, si déshérité dans la vie que son horrible mort fut un soulagement pour tous ceux qui l'avaient connu. »

Guy de Maupassant, L'Aveugle (1882), dernière phrase
Carte mentale de l'étaperéalismeVoir dans le Lexique →
10Séance 12 · Évaluation

Contrôle de fin de séquence

Le récit réaliste · classe de 4e, 7 novembre 2024

« J'écris bien, je me relis, je fais attention à mon style et à mon orthographe ! » Le contrôle reprend l'ensemble de la séquence : histoire littéraire, lecture des nouvelles, langue et peinture.

11Bilan

Ce que disent les nouvelles réalistes

Mobiliser ses connaissances avant l'évaluation · les mots du récit

✱
NouvelleCadre réalistePersonnagesCe que Maupassant dénonce
La RempailleuseUn bourg normand, un château, une pharmacieUne rempailleuse misérable, un pharmacien bourgeoisLe mépris de classe, l'appétit d'argent, l'amour idéal
Deux amisParis assiégé, janvier 1871 ; Colombes, l'île MaranteUn horloger et un mercier, pêcheursLa cruauté de la guerre, l'indifférence
Boule de suifRouen occupée, la diligence, l'aubergeNobles, bourgeois, religieuses, une prostituéeLa lâcheté et l'hypocrisie des « honnêtes gens »
La ParureUn ministère, la rue des Martyrs, une mansardeUn petit commis et sa femmeLe rêve de luxe, le poids de l'argent et des apparences

Mémento : les mots du récit

✱
Récit / narrateur
Histoire racontée / celui qui raconte (différent de l'auteur).
Récit enchâssé
Récit placé à l'intérieur d'un autre, raconté par un personnage.
Schéma narratif
Situation initiale, élément perturbateur, péripéties, dénouement, situation finale.
Cadre spatio-temporel
Les lieux et l'époque où se déroule l'action.
Discours direct
Paroles rapportées telles quelles, entre guillemets ou après un tiret.
Ellipse
Période passée sous silence (« Et cette vie dura dix ans »).
Chute
Fin inattendue d'une nouvelle, qui éclaire tout le récit.
Huis clos
Personnages enfermés ensemble dans un lieu dont ils ne peuvent sortir.
Naturalisme
Prolongement du réalisme, autour de Zola, qui étudie l'influence de l'hérédité et du milieu.

Sources : dossiers « Le récit réaliste » de 4e (2016-2024) : cours (2017, 2023, 2024), déroulé (2016), arbre lexical, chronologie de La Rempailleuse, textes des nouvelles, cours et questionnaire sur Boule de suif, contrôles de 2016 à 2023 et corrections, évaluation sur La Bête humaine, cours sur Zola et Bel-Ami, expressions écrites (2020, 2023), exposés, contrôle du 7 novembre 2024. Textes du domaine public. Les compléments rédigés pour ce manuel sont signalés « Ajout pédagogique ».

12Étude d'image

Deux femmes au travail : Les Repasseuses de Degas

Edgar Degas, Repasseuses
Image : Edgar Degas, musée d'Orsay, via Wikimedia Commons · Public domain voir le fichier

Edgar Degas, Repasseuses, 1884-1886, huile sur toile [à vérifier], 76 × 82 cm, Paris, musée d'Orsay

Le tableau est cité dans l'atelier d'écriture de la séquence, à côté de la boutique de Gervaise dans L'Assommoir de Zola. ✱ Le choix de l'œuvre est un ajout ; les questions appliquent la méthode d'analyse de l'image d'Etienne Buraud et la question de son contrôle sur le réalisme.

Observer
  1. Relève l'auteur, le titre, la date et les dimensions du tableau.
  2. Observe les couleurs et les formes : quelles couleurs dominent ? Sont-elles vives ou ternes ?
  3. Observe la composition du tableau : où sont placés les personnages ? Que voit-on autour d'eux ?
Analyser
  1. En appliquant la méthode vue en cours, montre que les deux personnages sont disposés de manière à être mis en valeur sur le tableau.
  2. ✱ Compare les deux femmes : que fait chacune ? Que nous disent leurs gestes et leurs visages sur leur travail ?
  3. ✱ Le peintre embellit-il la scène ? Pourquoi peut-on dire que ce tableau est réaliste ?
Relier au texte ✱
  1. Relis le texte A, « Une température à crever » (Zola, L'Assommoir). Relève trois détails du texte que l'on pourrait retrouver dans le tableau.
  2. Madame Putois repasse « avec des gestes cassés de marionnette ». Laquelle des deux repasseuses de Degas correspond le mieux à cette description ? Justifie.
  3. Qu'est-ce que le texte peut dire que le tableau ne peut pas montrer (la chaleur, les odeurs, le temps qui passe) ?
Éléments de réponse

✱

  • Edgar Degas, Repasseuses, 1884-1886, 76 × 82 cm, musée d'Orsay.
  • Des couleurs plutôt ternes et chaudes (ocres, orangé du fichu, rose du corsage, blancs cassés du linge) ; les formes sont simples, les contours peu marqués : on sent la fatigue et la chaleur de l'atelier.
  • Les deux femmes occupent presque tout le tableau, au premier plan, côte à côte ; devant elles, la table et le linge ; derrière, un mur presque sans détail. Le cadrage est serré, comme une photographie prise sur le vif.
  • Elles sont au centre et au premier plan, de grande taille, sur un fond clair et vide qui les détache ; leurs deux attitudes opposées (l'une penchée sur son fer, l'autre qui s'étire) forment un contraste qui attire le regard.
  • L'une appuie de toutes ses forces sur le fer, tête baissée ; l'autre bâille et s'étire, une bouteille à la main : le travail est épuisant, répétitif, et la fatigue se lit sur les corps.
  • Non : Degas montre des ouvrières ordinaires, sans beauté idéale, dans un moment banal (un bâillement). Il représente la réalité quotidienne du peuple, comme les écrivains réalistes.
  • Par exemple : la chaleur (« température à crever »), le linge qui sèche, l'établi, le fer que l'on pousse.
  • Plutôt la repasseuse penchée qui appuie sur son fer, bras raides : ses gestes sont mécaniques, comme ceux d'une marionnette.
  • Le texte fait sentir la chaleur, la lumière qui change, les gestes successifs et les paroles ; le tableau fixe un seul instant.
Les mots de l'image ✱
composition
organisation des éléments dans le tableau
cadrage serré
les personnages remplissent presque tout le cadre, sans décor autour
premier plan
partie de l'image la plus proche du spectateur
couleurs ternes
couleurs peu lumineuses, sourdes
scène de genre
tableau qui montre une scène de la vie quotidienne

Dans le contrôle de fin de séquence (texte : Zola, La Bête humaine), Etienne Buraud demande aussi de placer Maupassant, Zola, Turner et Courbet sur une frise chronologique.

AaMémento

Lexique

Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.

Les cartes mentales ✱

Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.

Carte mentale ✱réalismenom masculin
Synonymes

véritévraisemblanceobservationreprésentation du réel

Antonymes

idéalismeromantismemerveilleuxfantastique

Dérivés

réalisteadj.réalitén. f.réeladj.réellementadv.réaliserv.irréeladj.

Champ lexical

réelquotidiendescriptionmilieu socialdétailvraisemblance

Étymologie
  • res latin : chose
  • realis bas latin : qui concerne les choses, réel
  • réel, réalité, réaliste mots de la même famille
Expressions
  • faire preuve de réalisme : voir les choses comme elles sont
  • le roman réaliste : peint la société du XIXe siècle
  • « un miroir qu'on promène le long d'un chemin » : définition du roman par Stendhal
Références culturelles
  • Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans, 1850Courbet peint un enterrement de village en très grand format : ce scandale lance le réalisme en peinture.
  • Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835Balzac peint avec précision la société parisienne, de la pension Vauquer aux salons.
  • Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857Flaubert décrit sans idéaliser la vie provinciale et les illusions d'Emma.
  • Guy de Maupassant, Boule de suif, 1880Maupassant peint avec réalisme la lâcheté de bourgeois face à une prostituée pendant la guerre.
Carte mentale ✱dénonciationnom féminin
Synonymes

critiquecondamnationaccusationréquisitoiresatire

Antonymes

élogeapprobationdéfense

Dérivés

dénoncerv.dénonciateurn. m.dénonciatricen. f.

Champ lexical

injusticevisée critiqueironiesociétéguerremisère

Étymologie
  • nuntius latin : messager
  • denuntiare latin : annoncer, déclarer
  • denuntiatio latin : déclaration, d'où « dénonciation »
  • dénoncer, annoncer mots de la même famille
Expressions
  • dénoncer une injustice : la montrer pour la combattre
  • la visée critique : l'intention de dénoncer
  • un réquisitoire contre : un discours d'accusation
Références culturelles
  • Voltaire, Candide, 1759Par l'ironie, Voltaire dénonce la guerre, l'esclavage, l'intolérance et l'optimisme naïf.
  • Victor Hugo, Claude Gueux, 1834Hugo dénonce la misère, la prison et la peine de mort à partir d'un fait divers réel.
  • Guy de Maupassant, Deux amis, 1883Maupassant dénonce l'absurde cruauté de la guerre à travers deux pêcheurs fusillés par les Prussiens.
  • Émile Zola, J'accuse, 1898Zola dénonce publiquement l'injustice faite au capitaine Dreyfus.
Carte mentale ✱descriptionnom féminin
Synonymes

portraittableaupeintureévocation

Antonymes

narration

Dérivés

décrirev.descriptifadj.descriptibleadj.indescriptibleadj.

Champ lexical

détailadjectifcomplément du nomimparfaitcouleurlieu

Étymologie
  • scribere latin : écrire
  • describere latin : copier, représenter par écrit
  • descriptio latin : représentation, d'où « description »
  • décrire, descriptif mots de la même famille
Expressions
  • les expansions du nom : adjectif, complément du nom, relative
  • une description réaliste : précise et fidèle au réel
  • défier toute description : être indescriptible
Références culturelles
  • Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835Le roman s'ouvre sur la longue description de la pension Vauquer, qui annonce ses habitants.
  • Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857Flaubert multiplie les descriptions précises, comme la casquette de Charles ou la noce d'Emma.
  • Guy de Maupassant, Boule de suif, 1880Maupassant décrit avec ironie les voyageurs de la diligence, révélant leur rang social.
  • Émile Zola, Au Bonheur des Dames, 1883Zola décrit le grand magasin comme une machine fascinante, débordante de marchandises.
Carte mentale ✱nouvellenom féminin
Synonymes

récit brefcontehistoire courte

Antonymes

roman

Dérivés

nouvellisten. m.nouveauadj.nouvellementadv.nouveautén. f.renouvelerv.

Champ lexical

récit brefpersonnages peu nombreuxchuterecueilintensitéréalisme

Étymologie
  • novus latin : nouveau
  • novella italien : récit d'un fait nouveau, d'où « nouvelle »
  • nouveau, nouveauté mots de la même famille
Expressions
  • un recueil de nouvelles : un livre qui rassemble des nouvelles
  • une nouvelle réaliste : peint le réel avec précision
  • pas de nouvelles, bonnes nouvelles : sens courant : information
Références culturelles
  • Boccace, Le Décaméron, vers 1350Dix jeunes gens fuyant la peste racontent cent nouvelles en dix jours.
  • Prosper Mérimée, Mateo Falcone, 1829Dans cette nouvelle corse très brève, un père tue son fils qui a trahi l'honneur familial.
  • Guy de Maupassant, Boule de suif, 1880Publiée dans le recueil Les Soirées de Médan, cette nouvelle rend Maupassant célèbre.
  • Guy de Maupassant, La Parure, 1884Récit bref et chute inattendue : cette nouvelle est un modèle du genre.
Carte mentale ✱chutenom féminin
Synonymes

pointefintrait finaldénouement

Antonymes

incipitouverture

Dérivés

chuterv.rechuten. f.parachuten. m.choirv.déchoirv.déchéancen. f.échoirv.échéancen. f.

Champ lexical

sonnetsurprisedernier verseffetpointerévélation

Étymologie
  • cadere latin : tomber
  • cheoir, choir ancien français : tomber ; « chute » vient de son ancien participe (cheüte)
Expressions
  • la chute du sonnet : vers final qui surprend
  • « Il a deux trous rouges au côté droit » : chute du « Dormeur du val »
  • une chute inattendue : un effet de surprise
Références culturelles
  • Charles Baudelaire, « À une passante », Les Fleurs du mal (2e éd.), 1861Le dernier vers, « Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! », forme une chute saisissante.
  • Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val », écrit en 1870Le dernier vers révèle que le soldat endormi est mort : « deux trous rouges au côté droit ».
  • Guy de Maupassant, « La Parure », 1884La nouvelle se clôt sur une révélation : la parure perdue était fausse.
Carte mentale ✱naturalismenom masculin
Synonymes

réalisme scientifiqueécole de Zolaroman expérimental

Antonymes

idéalismeromantismesymbolisme

Dérivés

naturalisteadj.naturen. f.natureladj.naturellementadv.

Champ lexical

héréditémilieumisèretravailscienceobservation

Étymologie
  • natura latin : nature
  • naturalis latin : naturel
  • naturaliste d'abord : savant qui étudie la nature
Expressions
  • le roman expérimental : le roman comme une expérience scientifique
  • l'hérédité et le milieu : ce qui détermine les personnages
  • une tranche de vie : un morceau de réel montré tel quel
Références culturelles
  • Edmond et Jules de Goncourt, Germinie Lacerteux, 1865Ce roman sur la double vie d'une servante annonce le naturalisme par son sujet populaire.
  • Émile Zola, L'Assommoir, 1877Zola peint la déchéance d'une blanchisseuse dans le milieu ouvrier parisien.
  • Émile Zola, Le Roman expérimental, 1880Zola y théorise le naturalisme : le romancier observe ses personnages comme un savant.
  • Émile Zola, La Bête humaine, 1890Zola étudie l'hérédité criminelle de Jacques Lantier dans l'univers du chemin de fer.
13IAPour aller plus loin

Activités avec l'IA ✱

Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).

Trois règles avant de commencer
  • L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
  • Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
  • L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1

La Parure : expliquer la chute

En classe25 min

Objectif. Comprendre la chute cruelle de La Parure et comparer son explication avec celle de l'IA.

  1. Relis l'ouverture et la chute de La Parure (texte 4).
  2. Seul, explique en cinq lignes pourquoi la chute est cruelle et ce qu'elle critique.
  3. Ton professeur colle la fin de la nouvelle dans l'IA devant la classe.
  4. Comparez : quelle explication s'appuie le mieux sur le texte ?
À écrire à l'IA

Voici la fin de la nouvelle La Parure de Guy de Maupassant : [colle l'extrait du manuel]. Explique pourquoi cette chute est cruelle et ce que Maupassant critique. Cite le texte.

Garde ton esprit critique. Vérifie chaque citation dans la nouvelle. Une réponse générale sur « la vanité » ne suffit pas : il faut des mots précis du texte.

2

Deux amis : une simple histoire de pêche ?

En classe25 min

Objectif. Montrer la visée critique de Deux amis, nouvelle de la guerre de 1870, en réfutant une thèse défendue par l'IA.

  1. Relis l'ouverture et la scène du Mont-Valérien (texte 2).
  2. Ton professeur demande à l'IA de défendre la thèse ci-dessous.
  3. Par groupes, répondez-lui avec deux citations de la nouvelle.
  4. Notez l'argument le plus fort de la classe.
À écrire à l'IA

Tu défends une thèse pour un débat de 4e : Deux amis de Maupassant est seulement une histoire d'amitié et de pêche, elle ne critique rien. Donne deux arguments. Puis réponds aux objections des élèves et ne change d'avis que s'ils citent le texte.

Garde ton esprit critique. L'IA peut inventer des détails de l'intrigue. Vérifie dans la nouvelle qui sont les personnages et ce qui leur arrive.

3

Mon récit réaliste relu

À la maison35 min

Objectif. Relire son récit réaliste (description ou suite de récit) en vérifiant les expansions du nom.

  1. Écris d'abord ton texte seul, à partir du sujet donné en classe.
  2. Avec l'accord d'un adulte, copie-le dans l'IA avec la consigne ci-dessous.
  3. Vérifie chaque remarque sur les expansions du nom avec ta leçon.
  4. Corrige seul, puis écris ce que tu as gardé et refusé.
À écrire à l'IA

Voici un récit réaliste que j'ai écrit : [colle ton texte]. Dis-moi si ma description permet de voir le lieu et les personnages, et relève mes expansions du nom. Ne réécris pas mon texte.

Garde ton esprit critique. L'IA peut te pousser vers des descriptions très poétiques : le récit réaliste cherche plutôt des détails vrais et précis. Garde ton style.

4

Quatre nouvelles, une frise

En classe ou à la maison20 min

Objectif. Revoir les quatre nouvelles de Maupassant et le prolongement sur Zola, en vérifiant les informations de l'IA.

  1. Ressors ta frise de la séquence.
  2. En classe avec le professeur, ou chez toi avec l'accord d'un adulte, pose la question à l'IA.
  3. Compare chaque date et chaque résumé avec le manuel.
  4. Corrige les erreurs sur ta copie.
À écrire à l'IA

Range dans l'ordre chronologique ces œuvres : La Rempailleuse, Deux amis, Boule de suif et La Parure de Maupassant, L'Assommoir et La Bête humaine de Zola. Pour chacune, donne l'année et résume l'histoire en une phrase. Si tu n'es pas sûr, écris « [à vérifier] ».

Garde ton esprit critique. L'IA peut se tromper d'année ou mélanger deux nouvelles. Le tableau des textes du manuel fait foi.

✎Pour l'enseignant

Fiches d'activité d'une heure

7 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier

  • 01
    Le réalisme, un mot et deux tableauxComprendre ce que veut dire « réaliste », dans la vie courante et en art : construire la famille du mot, comparer deux tableaux de la mer agitée décrits dans…
  • 02
    La Rempailleuse, un récit dans le récitRepérer les différents narrateurs d'une nouvelle à récit enchâssé, remettre dans l'ordre la vie de la rempailleuse sur une frise, puis observer comment…
  • 03
    La Rempailleuse, l'amour et l'argentComprendre comment Maupassant, à travers une histoire d'amour, critique les bourgeois : leur mépris de classe et leur appétit pour l'argent. On analyse les…
  • 04
    Deux amis, pêcher sous les canonsMontrer que Deux amis est une nouvelle réaliste ancrée dans l'histoire (le siège de Paris), comprendre comment le style de Maupassant dénonce la cruauté de la…
  • 05
    Boule de suif, une société en diligenceAnalyser le portrait de l'héroïne, comprendre que les dix voyageurs représentent toute la société, revoir le passé simple et le passé composé, puis débattre de…
  • 06
    La Parure, du rêve à la chuteOpposer les rêves de Mathilde à sa vie réelle, étudier une phrase d'énumération, puis analyser la chute de la nouvelle et imaginer la suite du dialogue final.
  • 07
    Zola, décrire le travailJustifier qu'un texte est réaliste en citant le texte, observer comment Zola enrichit les noms pour décrire un métier, puis écrire à son tour une description…

Les fiches et leurs corrigés s'ouvrent en mode enseignant.