Auteur tragique grec de l'Antiquité, Euripide a vécu à Athènes au Ve siècle avant J.-C., comme Sophocle. Ses tragédies donnent une grande place aux sentiments et à la souffrance des personnages, en particulier des femmes, comme Médée (431 av. J.-C.). Sa pièce Andromaque, étudiée sur le site, a inspiré Racine pour sa propre tragédie.
Poète et auteur dramatique anglais, Shakespeare a vécu à l'époque de la reine Élisabeth Ire. Il est considéré comme le plus grand écrivain de langue anglaise. Ses pièces mêlent souvent le tragique et le comique, comme Roméo et Juliette et Hamlet, étudiées sur le site, ou Macbeth. Il était aussi acteur dans une troupe de Londres qui jouait au théâtre du Globe.
Auteur dramatique français du XVIIe siècle, Corneille est l'un des grands noms du théâtre classique, avec Racine et Molière. Sa pièce la plus célèbre, Le Cid (1637), étudiée sur le site, montre un héros déchiré entre son amour et son honneur. Il a aussi écrit des poèmes, comme les « Stances à Marquise », adressées à une comédienne.
Auteur dramatique français du XVIIe siècle, Racine est le grand maître de la tragédie classique en alexandrins. Ses héros sont emportés par des passions amoureuses violentes qui les conduisent au malheur. Ses pièces les plus célèbres sont Andromaque (1667) et Phèdre (1677), toutes deux étudiées sur le site. Il est ensuite devenu historiographe du roi Louis XIV.
Poète et critique français du XVIIe siècle, Boileau a défendu les règles du classicisme. Dans L'Art poétique (1674), étudié sur le site, il explique en vers comment bien écrire et fixe les règles du théâtre, comme la règle des trois unités. Il a aussi écrit des Satires, où il se moque des mauvais auteurs et des défauts de son temps.
Auteur dramatique français du XVIIIe siècle, Crébillon, dit « Crébillon père », a écrit des tragédies très sombres, pleines de crimes et de vengeances, inspirées de la mythologie grecque. Ses pièces les plus connues sont Atrée et Thyeste (1707) et Électre (1708), étudiée sur le site. Il a été élu à l'Académie française.
Écrivain et philosophe français du XVIIIe siècle, Voltaire est l'une des grandes figures des Lumières. Il a combattu toute sa vie l'intolérance, le fanatisme religieux et l'injustice, notamment dans son Traité sur la tolérance (1763). Il est célèbre pour ses contes philosophiques pleins d'ironie, comme Candide (1759), étudié sur le site.
Cette séquence de Première part d'une question : qu'est-ce que le tragique ? Avant même d'ouvrir la pièce, la classe confronte des textes de genres et d'époques très différents, une tragédie de Corneille, une remarque de La Bruyère, un poème de Voltaire, un témoignage de Primo Levi, pour distinguer le tragique, qui peut surgir partout, de la tragédie, genre théâtral codifié. Elle étudie ensuite les règles de la tragédie classique, d'Aristote à Boileau, puis lit Andromaque (1667) en suivant la chaîne des passions : de l'exposition au dilemme d'Andromaque, des fureurs d'Hermione à la folie d'Oreste. Un groupement « Tragique et tragédie » élargit enfin le regard : Euripide, Corneille, Shakespeare et Crébillon.
Fiche enseignant
Intitulé
Andromaque de Racine : la tragédie et le tragique
Objet d'étude
Le texte théâtral et sa représentation, du XVIIe siècle à nos jours (programme de 2011) ; aujourd'hui : le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle
Œuvre intégrale
Jean Racine, Andromaque, tragédie en cinq actes, créée le 17 novembre 1667
La séquence s'ouvre sur un tri de textes : quatre documents de genres différents (une tragédie, une réflexion morale, un poème philosophique, un témoignage), tous associés au mot « tragique ». Le travail, d'abord fait en classe, est repris en devoir à la maison pour le jeudi 22 novembre (2012), sous la forme d'une question de corpus.
Texte A · Une tragédie : la mort de Séleucus
✱Cléopâtre, reine de Syrie, a fait assassiner l'un de ses fils, Séleucus, et veut empoisonner l'autre, Antiochus, le jour même de ses noces avec Rodogune. Timagène vient raconter qu'il a trouvé Séleucus mourant dans une allée du jardin. La reine feint la douleur.
[Timagène rapporte les derniers mots du prince, qui accusent « une main qui nous fut bien chère ».]
Antiochus
Pierre Corneille, Rodogune, princesse des Parthes, acte V, scène 4 (1645), extrait
Jean-Joseph Taillasson, « Seigneur ! voyez ces yeux » (Rodogune découvre que Cléopâtre a empoisonné la coupe nuptiale), huile sur toile, 1791 ✱Le peintre montre la scène du texte : Cléopâtre a bu la coupe empoisonnée destinée aux époux.Domaine public · Wikimedia Commons
Texte B · Une réflexion morale : pleurer au théâtre
D'où vient que l'on rit si librement au théâtre, et que l'on a honte d'y pleurer ? Est-il moins dans la nature de s'attendrir sur le pitoyable que d'éclater sur le ridicule ? […] L'extrême violence que chacun se fait à contraindre ses larmes, et le mauvais ris dont on veut les couvrir prouvent clairement que l'effet naturel du grand tragique serait de pleurer tous franchement et de concert à la vue l'un de l'autre, et sans autre embarras que d'essuyer ses larmes.
Jean de La Bruyère, Les Caractères, « Des ouvrages de l'esprit », 50 (1688)
Texte C · Un poème philosophique : la catastrophe
Poème sur le désastre de Lisbonne (début)Voltaire1694 – 1778
Ô malheureux mortels ! ô terre déplorable !Ô de tous les mortels assemblage effroyable !D'inutiles douleurs éternel entretien !Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien » ;5Accourez, contemplez ces ruines affreuses,Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,Ces femmes, ces enfants l'un sur l'autre entassés,Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;Cent mille infortunés que la terre dévore,10Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,Enterrés sous leurs toits, terminent sans secoursDans l'horreur des tourments leurs lamentables jours !
Voltaire, Poème sur le désastre de Lisbonne (1756), v. 1-12 · Lire l'œuvre
Jacques-Philippe Le Bas, Ruines de la cathédrale de Lisbonne après le tremblement de terre de 1755, gravure, 1757 ✱Le désastre réel dont parle Voltaire : Lisbonne détruite par le séisme du 1er novembre 1755.Domaine public · Wikimedia Commons
Texte D · Un témoignage : le camp
Primo Levi, Si c'est un homme (1947), chapitre « Une bonne journée » : texte distribué en classe. Déporté à Auschwitz, le chimiste italien décrit la tour de l'usine de la Buna, bâtie par des prisonniers venus de toute l'Europe, qu'ils appellent la « tour de Babel ». Il montre que les souffrances se cachent les unes derrière les autres : le froid à peine passé, les déportés découvrent la faim. Le malheur n'y vient pas des dieux, mais de l'histoire et des hommes.
Devoir de recherche pour le lundi 12 novembre 2012
Page de titre de la première édition d'Andromaque, Paris, Théodore Girard, 1668 ✱La pièce est imprimée en 1668, quelques mois après sa création devant la cour.Domaine public · Wikimedia CommonsJean-François Janinet, Costume de Pyrrhus dans « Andromaque », tragédie de Racine, gravure en couleurs, 1787 ✱Pyrrhus, fils d'Achille et roi d'Épire : un héros de la guerre de Troie sur la scène de Racine.Domaine public · Wikimedia Commons
Avant l'étude des extraits, la classe prépare à la maison la lecture de l'œuvre intégrale. Le devoir comprend deux parties : une enquête sur Racine et son époque, puis une recherche sur la fable mythologique de la pièce. Trois documents d'époque disent l'accueil fait à la tragédie.
La réception de la pièce : trois documents
Leurs Majestés eurent le divertissement d'une fort belle tragédie [Andromaque], par la Troupe Royale, en l'appartement de la Reine, où étaient quantité de seigneurs et de dames de la Cour.
Gazette de France, 19 novembre 1667
On savait que Votre Altesse Royale avait daigné prendre soin de la conduite de ma tragédie ; on savait que vous m'aviez prêté quelques-unes de vos lumières pour y ajouter de nouveaux ornements ; on savait enfin que vous l'aviez honorée de quelques larmes dès la première lecture que je vous en fis. […] Et nous qui travaillons pour plaire au public, nous n'avons plus que faire de demander aux savants si nous travaillons selon les règles. La règle souveraine est de plaire à Votre Altesse Royale.
Jean Racine, dédicace d'Andromaque à Madame, Henriette d'Angleterre, belle-sœur de Louis XIV (1668)
Je fus charmé à la première représentation de l'Andromaque ; ses beautés firent sur mon esprit ce qu'elles firent sur les yeux de tous les autres, et si je l'ose dire, j'adorai le beau génie de son auteur sans connaître son visage… […] Comme l'auteur d'Andromaque est jeune aussi bien que moi, j'espère qu'un jour je n'admirerai pas moins la conduite de ses ouvrages que j'admire aujourd'hui la noble impétuosité de son génie.
Subligny, préface de La Folle Querelle, comédie qui parodie Andromaque, jouée par la troupe de Molière (1668)
Une chaîne des passions
✱Un an après la chute de Troie, Pyrrhus, fils d'Achille et roi d'Épire, garde captive Andromaque, veuve d'Hector, et son fils Astyanax. Les Grecs envoient Oreste réclamer l'enfant, dernier héritier de Troie. Tous les personnages sont pris dans une chaîne d'amours non partagés, que chaque décision peut briser.
D'Aristote à Boileau, Art poétique, chant III (1674)
Charles Le Brun (dessin) et Sébastien Leclerc (gravure), frontispice de Phèdre et Hippolyte, 1677 ✱La mort d'Hippolyte est racontée sur scène, jamais montrée : la bienséance le veut. Le graveur, lui, la montre.Domaine public · Wikimedia Commons
Aux sources : la Poétique d'Aristote
Au IVe siècle avant J.-C., le philosophe grec Aristote observe les tragédies de son temps et en tire une définition qui servira de modèle aux classiques. La tragédie, dit-il en substance, est l'imitation d'une action noble, complète et d'une certaine étendue, dans un langage relevé par le rythme et le chant ; elle est jouée par des personnages en action, et non racontée ; en suscitant la pitié et la crainte, elle opère la purgation de ces émotions : c'est la catharsis. (Le passage d'Aristote, dans la traduction de J. Hardy, est distribué en classe.)
Le chant III s'ouvre sur une adresse aux jeunes auteurs : « Vous donc, qui d'un beau feu pour le théâtre épris / Venez en vers pompeux y disputer le prix ». S'ils veulent que leurs pièces soient « au bout de vingt ans encor redemandées », il leur faut d'abord émouvoir :
1. Terreur et pitié (v. 9-11)Nicolas Boileau1636 – 1711
Si d'un beau mouvement l'agréable fureurSouvent ne nous remplit d'une douce terreur,Ou n'excite en notre âme une pitié charmante,En vain vous étalez une scène savante.
Nicolas Boileau, Art poétique, chant III (1674) · Lire l'œuvre
2. L'exposition (v. 17-28)
Le secret est d'abord de plaire et de toucher :Inventez des ressorts qui puissent m'attacher.Que dès les premiers vers l'action préparéeSans peine du sujet aplanisse l'entrée.5Je me ris d'un acteur qui, lent à s'exprimer,De ce qu'il veut d'abord ne sait pas m'informer,Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue,D'un divertissement me fait une fatigue.J'aimerais mieux encor qu'il déclinât son nom,10Et dît : « Je suis Oreste, ou bien Agamemnon »,Que d'aller, par un tas de confuses merveilles,Sans rien dire à l'esprit, étourdir les oreilles.
Nicolas Boileau, Art poétique, chant III (1674) · Lire l'œuvre
3. Unités, vraisemblance, bienséance (v. 35-46)
Mais nous, que la raison à ses règles engage,Nous voulons qu'avec art l'action se ménage ;Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompliTienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.5Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable :Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.Une merveille absurde est pour moi sans appas :L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas.Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose :10Les yeux en le voyant saisiraient mieux la chose ;Mais il est des objets que l'art judicieuxDoit offrir à l'oreille et reculer des yeux.
Nicolas Boileau, Art poétique, chant III (1674) · Lire l'œuvre
Entre ces deux passages (v. 29-34), Boileau raille le théâtre espagnol : « Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées, / Sur la scène en un jour renferme des années », si bien que le héros, « enfant au premier acte », est « barbon au dernier ».
[Pylade dit sa joie, ses craintes passées pour la « mélancolie » de son ami, et son espoir : « Un destin plus heureux vous conduit en Épire ».]
Oreste
[Pylade s'étonne : Oreste ne disait-il pas haïr Hermione, « à Sparte inexorable » ?]
Pylade
Oreste
Jean Racine, Andromaque, acte I, scène 1 (1667), v. 1-4, 25-28, 37-38
Pierre-Narcisse Guérin, Andromaque et Pyrrhus, huile sur toile, 1810 [date à vérifier : 1813 sur la fiche Commons] ✱Les quatre personnages de l'exposition : Pyrrhus, Andromaque avec son fils, Hermione et Oreste.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapeexpositionVoir dans le Lexique →
6Texte 3 · Séance 5
« Dois-je oublier Hector ? »
Racine, Andromaque, acte III, scène 8 : le dilemme
✱Pyrrhus vient de quitter Andromaque en lui laissant le choix : l'épouser ou voir mourir Astyanax. Céphise, sa confidente, la presse d'accepter : Hector lui-même, dit-elle, ne rougirait pas d'un roi qui « foule aux pieds » pour elle les Grecs vainqueurs. Andromaque répond par une tirade où le souvenir de la nuit de Troie s'impose avec une violence hallucinée.
[Elle rappelle le meurtre de Priam, « à [ses] pieds renversé », sur l'autel.]
[…]
Jean Racine, Andromaque, acte III, scène 8 (1667), début de la tirade
Jacques-Louis David, La Douleur et les Regrets d'Andromaque sur le corps d'Hector son mari, huile sur toile, 1783 ✱Andromaque reste fidèle au souvenir d'Hector, tué par Achille, le père de Pyrrhus.Domaine public · Wikimedia CommonsActe III, scène 8 · « Va le trouver pour moi »
L'hypotypose tragique : Racine, Athalie, acte II, scène 5 (1691)
✱Texte à l'appui du Texte 3 : la tirade d'Andromaque fait voir la nuit de Troie comme si elle se déroulait sous nos yeux. Racine reprend ce procédé vingt-quatre ans plus tard dans sa dernière tragédie. La reine Athalie, qui a fait massacrer sa descendance pour régner sur Juda, raconte à ses conseillers le songe qui la hante : sa mère Jézabel, morte dévorée par les chiens, lui est apparue.
Acte II, scène 5 · Le songe d'AthalieJean Racine1639 – 1699
[Jézabel a gardé sa fierté et son « éclat emprunté », le fard dont elle peignait son visage « Pour réparer des ans l'irréparable outrage ». Elle prédit à sa fille la victoire du « cruel Dieu des Juifs ».]
Jean Racine, Athalie, acte II, scène 5 (1691), extrait
François-Joseph Navez, Le Songe d'Athalie, tableau, photographie sur plaque de verre (Université de Louvain) [date à vérifier] ✱La reine Athalie face à l'enfant Joas, celui-là même qu'elle a vu dans son songe.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapehypotyposeVoir dans le Lexique →
8Texte 4 · Séance 7
« Si j'aime ou si je hais » : la fureur d'Hermione
Racine, Andromaque, acte IV, scène 5 et acte V, scène 1
1. L'aveu furieux (IV, 5)
✱Pyrrhus vient annoncer à Hermione, avec une franchise qu'elle juge insultante, qu'il épousera Andromaque. Il croit qu'elle ne l'a jamais aimé. Hermione répond par une tirade où l'aveu de l'amour se change en malédiction.
Acte IV, scène 5 · « Va, cours »Jean Racine1639 – 1699
[Elle accuse la froideur de Pyrrhus, puis s'étonne de le plaindre encore. Elle se reprend : « Qu'il périsse ! aussi bien il ne vit plus pour nous. » « Non, non, encore un coup, laissons agir Oreste. »]
[…]
Jean Racine, Andromaque, acte V, scène 1 (1667), début et fin du monologue
Attribué à Adèle Romany, Portrait de Mme Thénard, sociétaire de la Comédie-Française, dans le rôle d'Hermione, huile sur toile, 1800 ✱Une actrice en Hermione : le regard tourmenté de la princesse qui ne sait plus si elle aime ou hait.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapepassionVoir dans le Lexique →
9Texte 5 · Séance 8
« Qui te l'a dit ? » : le dénouement
Racine, Andromaque, acte V, scènes 3 à 5, et sa source grecque
✱Oreste revient du temple. Il croit apporter à Hermione la vengeance qu'elle exigeait. Son récit rapporte la mort de Pyrrhus, frappé à l'autel par les Grecs au moment où il couronnait Andromaque et reconnaissait Astyanax « pour le roi des Troyens ».
Acte V, scène 3 · « Qui te l'a dit ? »Jean Racine1639 – 1699
[Oreste fait le récit du meurtre, puis assure Hermione qu'elle peut se flatter d'une mort que les Grecs n'ont fait qu'exécuter.]
Oreste
Hermione
[…]
Hermione
Oreste
Jean Racine, Andromaque, acte V, scène 3 (1667), extraits
Édouard de Max (Oreste), Sarah Bernhardt (Hermione) et Mlle Méa (Cléone) dans Andromaque, photographie, 1903 (crédit imprimé : P. Boyer) ✱Oreste face à Hermione sur une scène de 1903 : le couple du dénouement.Domaine public · Wikimedia Commons
✱Hermione désavoue Oreste (« Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée ? »), l'accuse d'avoir causé tout le malheur et sort pour rejoindre le corps de Pyrrhus. Resté seul, Oreste prend conscience de son crime (V, 4) ; Pylade vient l'arracher au palais et lui apprend qu'Hermione s'est tuée sur le corps de Pyrrhus. Oreste sombre alors dans la folie (V, 5).
[Oreste croit voir Pyrrhus, puis Hermione, entourés des Furies.]
Jean Racine, Andromaque, acte V, scène 5 (1667), extraits (texte cité de mémoire, à relire sur une édition)
Aux sources : Euripide
Le récit du messager
Le messager Et Néoptolémos, se tenant debout en présence de tous, priait le Dieu ; mais ceux-ci, armés d'épées aiguës, frappent brusquement le fils d'Akhilleus désarmé. […] Alors, le fils d'Akhilleus tomba, percé au flanc par l'épée aiguë d'un homme delphien, qui le tua avec un grand nombre d'autres. Tout son beau corps est déchiré de blessures horribles.
Euripide, Andromaque, v. 1115-1157 (vers 426 av. J.-C.), trad. Leconte de Lisle [à vérifier], extrait
Des Atrides à Hamlet : monologues lyriques et délibératifs
Le groupement élargit la lecture d'Andromaque à d'autres héros pris entre deux exigences. Il repose sur un dossier plus ancien de la même classe de Première, « Tragique et tragédie » (2004) : le masque tragique, le corpus grec des Atrides et des Labdacides, les monologues d'Hamlet, l'Électre de Crébillon. Il se complète des textes du bac blanc de novembre 2012 : Euripide, Médée ; Corneille, Le Cid.
1. Le monologue dilemme : Médée et Rodrigue
Dans Médée d'Euripide (431 avant J.-C.), la magicienne, abandonnée par Jason qui épouse la fille du roi de Corinthe, a résolu de tuer ses propres enfants pour anéantir leur père. Restée seule avec eux, elle hésite : leur regard et leur dernier sourire la font renoncer, puis la colère et la honte de laisser ses ennemis impunis la ressaisissent. Le monologue s'achève sur un aveu lucide : « Je sais les crimes que je vais oser, mais ma colère est plus puissante que ma volonté. » (Texte distribué en classe, traduction en prose dont l'auteur n'est pas indiqué.)
✱Dans Le Cid de Corneille (1637), Rodrigue apprend que le père de Chimène, qu'il aime, a souffleté son propre père. Il doit choisir entre l'honneur et l'amour. Ses stances, monologue lyrique en strophes de vers de longueurs variées, déploient ce dilemme.
Stances de Rodrigue (première strophe)Pierre Corneille1606 – 1684
Percé jusques au fond du cœurD'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,Misérable vengeur d'une juste querelle,Et malheureux objet d'une injuste rigueur,5Je demeure immobile, et mon âme abattue Cède au coup qui me tue.Si près de voir mon feu récompensé, Ô Dieu, l'étrange peine !En cet affront mon père est l'offensé,10Et l'offenseur le père de Chimène !
Pierre Corneille, Le Cid, acte I, scène 6 (1637) · Lire l'œuvre
2. Les monologues d'Hamlet
Acte II, scène 2 · « Suis-je donc un lâche ? »William Shakespeare1564 – 1616
[Un comédien vient de pleurer en récitant la mort d'Hécube. Hamlet, resté seul, se compare à lui.]
Hamlet Maintenant je suis seul. Ô misérable rustre, maroufle que je suis ! N'est-ce pas monstrueux que ce comédien, ici, dans une pure fiction, dans le rêve d'une passion, puisse si bien soumettre son âme à sa propre pensée, que tout son visage s'enflamme sous cette influence, qu'il a les larmes aux yeux, l'effarement dans les traits, la voix brisée […] ? Et tout cela, pour rien ! pour Hécube ! Que lui est Hécube, et qu'est-il à Hécube, pour qu'il pleure ainsi sur elle ? […] Et moi pourtant, niais pétri de boue, blême coquin, Jeannot rêveur, impuissant pour ma propre cause, je ne trouve rien à dire, non, rien ! […] Suis-je donc un lâche ?
William Shakespeare, Hamlet, acte II, scène 2 (vers 1601), traduction de François-Victor Hugo, extrait
Hamlet Être, ou ne pas être, c'est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter par une révolte ? Mourir… dormir, rien de plus ;… et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c'est là un dénouement qu'on doit souhaiter avec ferveur. Mourir… dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l'embarras.
William Shakespeare, Hamlet, acte III, scène 1 (vers 1601), traduction de François-Victor Hugo, début du monologue
Eugène Delacroix, Hamlet et Ophélie (« Va-t'en dans un couvent ! »), lithographie, entre 1834 et 1843 ✱Juste après le monologue « Être ou ne pas être », Hamlet repousse Ophélie.Domaine public · Wikimedia Commons
Le dossier fait lire un troisième monologue, celui de l'assassin : à l'acte III, scène 3, le roi Claudius tente de prier. « Ô ma faute fermente ; elle infecte le ciel même » : comme « un homme obligé à deux devoirs », il ne sait par lequel commencer, car on ne peut être pardonné en gardant le fruit de son crime, « ma couronne, ma puissance, ma femme ».
3. Une Électre classique : Crébillon
Acte I, scène 1 · « D'où vient donc que je ne le fais pas ? »Prosper Jolyot de Crébillon1674 – 1762
ÉLECTRE, seule.
Électre
[Elle invoque l'ombre d'Agamemnon, rappelle les crimes de sa mère et d'Égisthe, et l'hymen qu'on veut lui imposer avec Itys. Elle décide d'aller l'immoler à l'autel.]
Crébillon, Électre, acte I, scène 1 (1708), début et fin du monologue (orthographe modernisée)
2. Évaluation de fin de séquence et DST · La scène d'aveu (11 février 2014)
Texte
Corpus
Texte 1
Racine, Phèdre, acte II, scène 5 (1677) : Phèdre avoue à Hippolyte, fils de son époux, la passion qui la dévore
Texte 2
Racine, Andromaque, acte IV, scène 5 (1667) : « Je ne t'ai point aimé, cruel ? »
Texte 3
Molière, Dom Juan, acte II, scène 1 (1665) : Pierrot reproche à Charlotte de ne pas l'aimer
Texte 4
Rostand, Cyrano de Bergerac, acte III (1897) : la scène du balcon, où Cyrano parle à Roxane à la place de Christian
J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime, / Innocente à mes yeux je m'approuve moi-même, / Ni que du fol amour qui trouble ma raison / Ma lâche complaisance ait nourri le poison.
Jean Racine, Phèdre, acte II, scène 5 (1677), texte 1 du corpus
Je te dis toujou la mesme chose, parce que c'est toujou la mesme chose ; et si ce n'était pas toujou la mesme chose, je ne te dirais pas toujou la mesme chose.
Molière, Dom Juan, acte II, scène 1 (1665), Pierrot à Charlotte, texte 3 du corpus
✱Sources : dossier Drive « 1re / théâtre / Andromaque » (ML93 et 1re ES1, 2011-2014) : tri de textes sur le tragique (devoir du 22 nov. 2012) ; devoir de recherche (12 nov. 2012) ; trois fiches sur Boileau ; « acte 1, scène 1 » (plan, janv. 2014) ; « texte 3, III, 8 » et son plan détaillé ; « Androamque V, 8 – plan détaillé » ; « Le songe d'Athalie », « hypotypose » ; « Séquence 2, texte 2 » ; « commentaire acte 5, scène 1 » ; « Reecritures-Andromaque-V, 3 » ; « Andromaque-Euripide » ; « textes oral bac » ; évaluation de début de séquence (3 oct. 2011) ; bac blanc (17 nov. 2012) ; évaluation de fin de séquence et DST sur la scène d'aveu (11 févr. 2014). Dossier « tragique et tragédie » (2004) : monologues d'Hamlet et texte intégral (trad. F.-V. Hugo), Électre de Crébillon (OCR, orthographe modernisée) ; les fiches Publisher (évaluation Électre, corpus grec, représentation d'Hamlet) n'ont pu être lues. Complétés pour ce manuel (signalés par la pastille) : résumés de situation. Andromaque, V, 5 est cité de mémoire : à relire. Primo Levi et Médée (traduction non identifiée) sont résumés.
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
tenir un monologue : parler seul sans laisser répondre
un monologue intérieur : les pensées d'un personnage, rapportées dans un roman
Références culturelles
Anonyme, La Farce du cuvier (monologue de Jaquinot), XVe siècleSeul en scène, Jaquinot se plaint de sa condition de mari soumis.
Pierre Corneille, Le Cid (stances de Rodrigue), 1637Seul en scène, Rodrigue exprime son dilemme entre amour et honneur.
Molière, L'Avare (monologue d'Harpagon), 1668Harpagon, volé, s'affole seul en scène : « Au voleur ! au voleur ! »
Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, 1784Le long monologue de Figaro (acte V) critique les privilèges de la noblesse.
12IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Le dilemme d'Andromaque en débat
En classe30 min
Objectif. Comprendre le dilemme d'Andromaque (III, 8) en faisant défendre une solution par l'IA et en la réfutant avec le texte.
Le professeur demande à l'IA de jouer Céphise, qui pousse Andromaque à épouser Pyrrhus.
Par groupes, préparez la réponse d'Andromaque avec des vers précis de la tirade (Hector, Astyanax, la nuit de Troie).
Comparez vos répliques avec la tirade : quels arguments Racine donne-t-il, que vous n'aviez pas trouvés ?
À écrire à l'IA
Tu joues Céphise, la confidente d'Andromaque dans la tragédie de Racine (1667, acte III, scène 8). En huit lignes de prose, essaie de convaincre Andromaque d'épouser Pyrrhus pour sauver son fils Astyanax. Ensuite, je te répondrai à la place d'Andromaque, avec des vers de Racine : dis-moi si mes arguments te font changer d'avis.
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA ne mélange pas la pièce de Racine avec la légende grecque ou la pièce d'Euripide : Racine a modifié la fable (lis ses préfaces). Repère tout détail absent du texte.
2
Racine et la fable troyenne : vrai ou inventé ?
À la maison25 min
Objectif. Vérifier une fiche générée par l'IA pour le devoir de recherche de la séance 2.
Relis les questions du devoir de recherche (Racine et son temps, Port-Royal, Hector, Astyanax, Pyrrhus).
Demande une fiche à l'IA avec le prompt.
Vérifie chaque date et chaque fait avec le manuel ou une encyclopédie reconnue.
Écris ta propre fiche, avec seulement ce que tu as pu vérifier.
À écrire à l'IA
Fais une fiche de dix lignes sur Racine et Andromaque (1667) : le règne sous lequel il écrit, Port-Royal et le jansénisme, et qui sont Hector, Astyanax et Pyrrhus dans la mythologie grecque. Indique ce que Racine change à la légende. Mets « à vérifier » si tu n'es pas certain.
Garde ton esprit critique. Les IA mélangent les généalogies mythologiques et les dates. Contrôle chaque fait : le manuel donne 1639-1699 pour Racine.
3
Hermione hors d'elle : mon commentaire face au sien
À la maison35 min
Objectif. S'entraîner au commentaire du monologue d'Hermione (V, 1) en comparant son analyse avec celle de l'IA.
Relis le monologue « Où suis-je ? » (V, 1).
Rédige seul une problématique et deux axes, avec deux citations par axe.
Demande ensuite à l'IA son plan.
Compare avec le plan du bac blanc (égarement, clivage tragique, combat intérieur) et note une idée que tu n'avais pas vue.
À écrire à l'IA
Propose un plan de commentaire en deux parties pour le monologue d'Hermione dans Andromaque de Racine (acte V, scène 1, « Où suis-je ? »), avec une problématique et une citation exacte par sous-partie. Ne rédige pas le commentaire.
Garde ton esprit critique. Vérifie chaque citation dans le texte : l'IA cite parfois des vers d'autres scènes ou d'autres pièces de Racine. Une citation fausse ruine un commentaire.
4
Le tragique en quiz
En classe ou à la maison20 min
Objectif. Réviser les notions de la séquence : règles de Boileau, hypotypose, monologue délibératif, tragique.
Relis les règles de Boileau (Art poétique, chant III), la définition de l'hypotypose et le groupement « Tragique et tragédie ».
Demande un quiz à l'IA.
Réponds sans regarder le manuel, puis corrige-toi avec le manuel.
Note les questions mal posées ou fausses de l'IA.
À écrire à l'IA
Je révise une séquence de Première sur Andromaque de Racine et le tragique : les règles classiques chez Boileau, l'hypotypose (le songe d'Athalie), les monologues de Rodrigue, d'Hamlet et d'Électre. Pose-moi dix questions courtes, une à la fois, et corrige chaque réponse en expliquant.
Garde ton esprit critique. Vérifie les corrections de l'IA : elle peut confondre unité de lieu et unité d'action, ou attribuer un monologue au mauvais personnage.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
4 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
08
Tragique ou tragédie ?Distinguer le tragique, qui peut surgir dans tout texte, de la tragédie, genre théâtral codifié : comparer quatre textes de genres et d'époques différents…
09
Je suis OrestePréparer l'explication linéaire de la scène d'ouverture : connaître la fable mythologique, dégager les exigences de Boileau sur l'exposition, analyser le…
10
Si j'aime ou si je haisPréparer le commentaire du monologue d'Hermione (sujet du bac blanc) : analyser l'alternance du tutoiement et du vouvoiement dans l'aveu de IV, 5, puis…
11
Seul face au dilemmeRepérer les procédés du monologue lyrique et délibératif dans trois textes du groupement, puis les réinvestir dans l'écriture d'invention du bac blanc : le…