Français en classe
2nde · Argumentation

Les Lumières contre l'intolérance

Liberté de penser, torture, esclavage, lecture

8 textes4 à retenir8 fiches d'activité
Créé en 2005
Portrait de VoltaireVoltaire
Portrait de MontesquieuMontesquieu
Portrait de Denis DiderotDenis Diderot
★Ouverture de la séquence

La frise des textes

Les 8 textes de la séquence que l'on peut dater, dans l'ordre chronologique. Clique ou touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.

1Présentation

La séquence en un coup d'œil

Les Lumières contre l'intolérance : liberté de penser, torture, esclavage, lecture

Cette séquence de Seconde fait découvrir les grands combats des philosophes des Lumières à travers les genres et les formes de l'argumentation : l'article de dictionnaire, le dialogue philosophique, l'essai, le mandement parodique, l'article d'encyclopédie. Elle part d'une question : comment dénoncer l'intolérance quand la censure interdit de parler franchement ? Montesquieu, Voltaire et l'Encyclopédie répondent par l'ironie, le détour de la fiction et le dialogue. Chaque texte est lu à travers la même grille : qui parle ? à qui ? quelle thèse est soutenue, et par quelle stratégie ? La séquence se termine par un devoir sur table autour de Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », et par un groupement sur la lecture comme instrument d'émancipation.

Fiche enseignant
Intitulé
Genres et formes de l'argumentation : les Lumières contre l'intolérance
Objet d'étude
« Genres et formes de l'argumentation : XVIIe et XVIIIe siècles » (programme de Seconde, 2014-2015) ; en 2011-2012, « La question de l'homme dans les genres de l'argumentation du XVIe siècle à nos jours »
Classes
Secondes 206 et 207 (2014-2015) ; reprise d'une séquence de 2011-2012 et d'un questionnaire de 2005
Groupement
Montesquieu, Voltaire, Diderot, l'Encyclopédie, Rousseau ; Montaigne et Desproges en comparaison
Durée
Une ouverture, six séances d'étude, un bilan et deux évaluations (reconstitution)
Fil rouge
Qui parle ? Distinguer la thèse de l'énonciateur et la thèse de l'auteur

Le parcours

N°DominanteSupportNotions
1Le siècle des LumièresCours d'introduction ; biographie de Voltaire et friseRaison, tolérance, humanité
2Dénoncer l'esclavage : qui parle ?Montesquieu, « De l'esclavage des nègres » ; Diderot ; CandideÉnonciateur, thèse, ironie
3Un article polémiqueVoltaire, « Torture »Ironie, euphémisme, argument
4Le dialogue philosophiqueVoltaire, « Liberté de penser »Dialogue, métaphore filée
5L'article d'encyclopédieEncyclopédie, article « Paix »Antithèse, raisonnement
6L'ironie au service de la lectureVoltaire, « De l'horrible danger de la lecture »Antiphrase, parodie
7Lecture et émancipation ; bilanRousseau, Émile ; Manguel (référence)Comparer des stratégies
8S'entraîner sur un corpusSujets de 2004 et de 2006Commentaire, dissertation, invention

Les textes étudiés

TexteAuteur et titreŒuvre, date
Texte 1Montesquieu, « De l'esclavage des nègres »De l'esprit des lois, XV, 5, 1748
Texte 2Voltaire, « Torture »Dictionnaire philosophique, 1765 (article ajouté en 1769?)
Texte 3Voltaire, « Liberté de penser »Dictionnaire philosophique, 1765
Texte 4Article « Paix »Encyclopédie, t. XI, 1765?
Texte 5Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture »Nouveaux Mélanges, 1765
Texte 6Rousseau, la lecture selon ÉmileÉmile ou De l'éducation, livre II, 1762
2Séance 1 · Ouverture

Qu'appelle-t-on les Lumières ?

Raison, tolérance, humanité

Gravure allégorique : sous un temple, une figure voilée baignée de lumière entourée de nombreuses figures
Benoît-Louis Prévost d'après Charles-Nicolas Cochin, frontispice de l'Encyclopédie, gravure, dessin de 1764, gravé en 1772 ✱La Raison et la Philosophie dévoilent la Vérité, qui rayonne : l'image même des Lumières.Domaine public · Wikimedia Commons

Le mot « Lumières » désigne, par une métaphore, le mouvement intellectuel qui marque le XVIIIe siècle européen. Les autres langues disent la même chose : Enlightenment en anglais, Aufklärung en allemand, illuminismo en italien. Toutes évoquent le passage de la nuit au jour, de l'obscurantisme à la connaissance rationnelle. En France, les philosophes, réunis autour de l'Encyclopédie, mettent leurs forces en commun ; leur devise tient en trois mots, que l'on prête à Condorcet : raison, tolérance, humanité.

Les étapes du mouvement

PériodeCe qui se passeŒuvres repères
1680-1715« Crise de la conscience européenne » (Paul Hazard) : la raison réexamine toutes les croyances reçues.Bayle, Dictionnaire historique et critique ; Fontenelle, Histoire des oracles (1686)
1730-1750Le temps des grands maîtres : les écrits se font audacieux.Voltaire, Lettres philosophiques (1734) ; Montesquieu, De l'esprit des lois (1748)
1751-1772L'apogée : la grande aventure de l'Encyclopédie, dirigée par Diderot et d'Alembert (17 volumes de textes, 11 de planches).Rousseau, Émile et Du contrat social (1762) ; Voltaire, Dictionnaire philosophique (1765)
1770-1789Les vulgarisateurs (Raynal) et Condorcet ; le ton se durcit contre le despotisme ; naissance du préromantisme.Raynal et Diderot, Histoire des deux Indes (éd. de 1780)

Les traits communs de la pensée des Lumières

Les philosophes ne pensent pas tous de la même façon : Voltaire est déiste, d'Holbach athée ; Montesquieu et Voltaire admirent la monarchie anglaise, Rousseau défend un gouvernement plus démocratique ; Voltaire se méfie de l'instruction du peuple, Diderot la souhaite. Trois traits les rassemblent pourtant.

Comment les idées se diffusent

Les académies de province, les salons, les cafés (le Procope, où l'on croise Voltaire et Fontenelle), les loges maçonniques, et surtout l'imprimé : gazettes, livres, pamphlets, articles de dictionnaire. Les Lumières contribuent à faire naître une opinion publique, mais elles ne touchent qu'une minorité : 65 à 70 % des Français ne savent pas lire. Pour échapper à la censure, les philosophes publient souvent sans nom d'auteur, à l'étranger, et recourent à des formes détournées : le conte, le dialogue, l'article de dictionnaire.

Carte mentale de l'étapeLumièresVoir dans le Lexique →
3Texte 1 · Séance 2

Dénoncer l'esclavage : qui parle ?

Montesquieu, « De l'esclavage des nègres », De l'esprit des lois, 1748

Texte 1 · « De l'esclavage des nègres »
Portrait de Montesquieu
Montesquieu1689 – 1755

Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :

Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres.

Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre.

On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir.

Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie, qui font les eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une façon plus marquée.

On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.

Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez les nations policées, est d'une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?

Montesquieu, De l'esprit des lois, livre XV, chapitre 5 (1748) · Lire l'œuvre

Paysage tropical avec la maison du maître, des champs de canne, des cases et un moulin
Paolo Fumagalli, Vue idéalisée d'une plantation sucrière aux Antilles au XVIIIe siècle, 1830, d'après une gravure de l'Encyclopédie ✱Une plantation de canne à sucre : « le sucre serait trop cher » sans esclaves, ironise Montesquieu.Domaine public · Wikimedia Commons

Deux autres voix contre l'esclavage

Texte complémentaire A · La révolte de l'esclave
Portrait de Denis Diderot
Denis Diderot1713 – 1784

Hommes ou démons, qui que vous soyez, oserez-vous justifier les attentats contre ma liberté naturelle par le droit du plus fort ? Quoi ! celui qui veut me rendre esclave n'est point coupable ? Il use de ses droits ? Où sont-ils ces droits ? Qui leur a donné un caractère assez sacré pour faire taire les miens ? Je tiens de la nature le droit de me défendre ; elle ne t'a donc pas donné celui de m'attaquer. Si tu te crois autorisé à m'opprimer, parce que tu es plus fort et plus adroit que moi, ne te plains donc pas quand mon bras vigoureux ouvrira ton sein pour y chercher ton cœur ; ne te plains pas, lorsque, dans tes entrailles déchirées, tu sentiras la mort que j'y aurai fait passer avec tes aliments. Je suis plus fort ou plus adroit que toi ; sois à ton tour victime ; expie maintenant le crime d'avoir été oppresseur.

Mais, dit-on, dans toutes les régions ou dans tous les siècles, l'esclavage s'est plus ou moins généralement établi.

Je le veux : mais qu'importe ce que les autres peuples ont fait dans les autres âges ? Est-ce aux usages du temps ou à sa conscience qu'il faut en appeler ? Est-ce l'intérêt, l'aveuglement, la barbarie ou la raison et la justice qu'il faut écouter ? Si l'universalité d'une pratique en prouvait l'innocence, l'apologie des usurpations, des conquêtes, de toutes les sortes d'oppressions serait achevée.

Denis Diderot, contribution à l'Histoire des deux Indes de l'abbé Raynal (1780) · Lire l'œuvre

Texte complémentaire B · Le nègre de Surinam
Portrait de Voltaire
Voltaire1694 – 1778

▶ Écouter le chapitre où se trouve ce passage (YouTube)

[Aux abords de Surinam, Candide et son valet Cacambo rencontrent un esclave mutilé, étendu par terre. Il attend son maître, le négociant Vanderdendur.]

« Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. […] Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous ; les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germain. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible. »

— Ô Pangloss ! s'écria Candide, tu n'avais pas deviné cette abomination ; c'en est fait, il faudra qu'à la fin je renonce à ton optimisme.

Voltaire, Candide ou l'Optimisme, chapitre 19 (1759), extrait · Lire l'œuvre

Deux voyageurs en tricorne s'arrêtent devant un homme noir étendu au pied d'un palmier
Jean-Michel Moreau, « C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe », gravure pour Candide, chapitre 19, 1787 ✱Candide et Cacambo rencontrent l'esclave mutilé de Surinam : la scène du texte B.Domaine public · Wikimedia Commons
✱
TexteQui parle ?Stratégie
DiderotUn esclave révolté qui apostrophe son maître.Directe : questions rhétoriques, menace, réfutation.
MontesquieuUn esclavagiste imaginaire, que l'auteur fait parler.Indirecte : ironie, arguments absurdes.
VoltaireUn esclave mutilé, dans un récit.Indirecte : l'apologue émeut et persuade.
Carte mentale de l'étapeironieVoir dans le Lexique →
4Texte 2 · Séance 3

Un article polémique

Voltaire, « Torture », Dictionnaire philosophique

✱Pour lire le texte : la « Tournelle » est la chambre criminelle du Parlement ; « donner la question », c'est torturer un accusé pour obtenir ses aveux.

Texte 2 · « Torture »
Portrait de Voltaire
Voltaire1694 – 1778

▶ Écouter toute l'œuvre Dictionnaire philosophique (YouTube)

Les Romains n'infligèrent la torture qu'aux esclaves, mais les esclaves n'étaient pas comptés pour des hommes. Il n'y a pas d'apparence non plus qu'un conseiller de la Tournelle regarde comme un de ses semblables un homme qu'on lui amène hâve, pâle, défait, […]. Il se donne le plaisir de l'appliquer à la grande et à la petite torture, en présence d'un chirurgien qui lui tâte le pouls, jusqu'à ce qu'il soit en danger de mort, après quoi on recommence ; et, comme dit très bien la comédie des Plaideurs : « Cela fait toujours passer une heure ou deux. »

Le grave magistrat qui a acheté pour quelque argent le droit de faire ces expériences sur son prochain, va conter à dîner à sa femme ce qui s'est passé le matin. La première fois madame en a été révoltée, à la seconde elle y a pris goût, parce qu'après tout les femmes sont curieuses ; et ensuite la première chose qu'elle lui dit lorsqu'il rentre en robe chez lui : « Mon petit cœur, n'avez-vous fait donner aujourd'hui la question à personne ? »

Les Français, qui passent, je ne sais pourquoi, pour un peuple fort humain, s'étonnent que les Anglais, qui ont eu l'inhumanité de nous prendre tout le Canada, aient renoncé au plaisir de donner la question.

Lorsque le chevalier de La Barre […] fut convaincu d'avoir chanté des chansons impies, et même d'avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d'Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu'on lui arrachât la langue, qu'on lui coupât la main, et qu'on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l'appliquèrent encore à la torture pour savoir précisément combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vu passer, le chapeau sur la tête.

[Le dernier paragraphe conclut qu'il n'y a point « au fond de nation plus cruelle que la française ».]

Voltaire, Dictionnaire philosophique, article « Torture » (1765 ; article ajouté en 1769?) · Lire l'œuvre

Dans une prison, une mère en deuil et ses filles écoutent un homme qui lit un mémoire
Carmontelle, La Malheureuse Famille Calas, dessin, 1765 ✱La famille de Jean Calas, torturé puis exécuté en 1762, attend en prison sa réhabilitation.Domaine public · Wikimedia Commons
§ExempleArgument implicite
1Les Romains et le conseiller de la TournelleArgument historique : les juges ne considèrent pas les torturés comme des hommes, mais les Romains, eux, avaient une excuse.
2Le grave magistrat et sa femmeIl suffit de payer sa charge pour avoir le droit de torturer ; la torture devient un divertissement.
3Les Français et les AnglaisArgument fondé sur un paradoxe : qui est vraiment « inhumain » ?
4-5Le chevalier de La BarreUn fait divers : on torture à mort pour des futilités, et cela se passe au XVIIIe siècle.

Pour comparer : trois façons de dénoncer la torture

C'est une dangereuse invention que celle des gehennes, et semble que ce soit plustost un essay de patience que de verité. Et celuy qui les peut souffrir, cache la verité, et celuy qui ne les peut souffrir. Car pourquoy la douleur me fera elle plustost confesser ce qui en est, qu'elle ne me forcera de dire ce qui n'est pas ? […] Pour dire vray, c'est un moyen plein d'incertitude et de danger.

Montaigne, Essais, livre II, chapitre 5, « De la conscience » (1580) ; gehennes : tortures
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5Texte 3 · Séance 4

Le dialogue philosophique

Voltaire, « Liberté de penser », Dictionnaire philosophique, 1765

Dans son Dictionnaire philosophique, Voltaire varie sans cesse les stratégies argumentatives. Il y réhabilite le dialogue philosophique, hérité de Platon, qui permet de confronter deux opinions. Dans l'article « Liberté de penser », un officier général anglais, milord Boldmind, et un comte portugais, Médroso, se disputent sur une question fondamentale des Lumières : la nécessité de penser par soi-même. Chaque personnage représente un mode de pensée propre à sa nation : le libéralisme anglais face à l'obscurantisme portugais.

Texte 3 · « Liberté de penser »
Portrait de Voltaire
Voltaire1694 – 1778

▶ Écouter ce texte lu (Littérature audio)

[Vers 1707, aux eaux de Barège, milord Boldmind, officier général anglais blessé au combat, rencontre le comte Médroso, « familier de l'inquisition ». Un jour, après boire, il a avec lui cet entretien.]

BOLDMIND. — Vous êtes donc sergent des dominicains ? vous faites là un vilain métier.

MÉDROSO. — Il est vrai ; mais j'ai mieux aimé être leur valet que leur victime, et j'ai préféré le malheur de brûler mon prochain à celui d'être cuit moi-même.

[Boldmind s'indigne ; Médroso répond qu'au Portugal « il ne nous est permis ni d'écrire, ni de parler, ni même de penser ».]

BOLDMIND. — Il ne tient qu'à vous d'apprendre à penser ; vous êtes né avec de l'esprit ; vous êtes un oiseau dans la cage de l'inquisition ; le saint-office vous a rogné les ailes ; mais elles peuvent revenir. Celui qui ne sait pas la géométrie peut l'apprendre ; tout homme peut s'instruire : il est honteux de mettre son âme entre les mains de ceux à qui vous ne confieriez pas votre argent ; osez penser par vous-même.

MÉDROSO. — On dit que si tout le monde pensait par soi-même, ce serait une étrange confusion.

[Boldmind répond par l'exemple du théâtre, où chacun dit librement son avis sans troubler la paix : ce sont les « tyrans des esprits » qui ont causé une partie des malheurs du monde.]

BOLDMIND. — […] Nous ne sommes heureux en Angleterre que depuis que chacun jouit librement du droit de dire son avis.

MÉDROSO. — Nous sommes aussi fort tranquilles à Lisbonne, où personne ne peut dire le sien.

BOLDMIND. — Vous êtes tranquilles, mais vous n'êtes pas heureux ; c'est la tranquillité des galériens, qui rament en cadence et en silence.

MÉDROSO. — Vous croyez donc que mon âme est aux galères ?

BOLDMIND. — Oui ; et je voudrais la délivrer.

MÉDROSO. — Mais si je me trouve bien aux galères ?

BOLDMIND. — En ce cas vous méritez d'y être.

Voltaire, Dictionnaire philosophique, article « Liberté de penser » (1765), extraits · Lire l'œuvre

Dans une église sombre, des accusés coiffés de hauts bonnets pointus font face à des religieux assemblés
Francisco Goya, Scène d'Inquisition, huile sur bois, 1808-1812 ✱Un tribunal de l'Inquisition juge des accusés coiffés de bonnets pointus : le métier de Médroso.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapedialogueVoir dans le Lexique →
6Texte 4 · Séance 5

L'article d'encyclopédie

Article « Paix », Encyclopédie

Dirigée par Diderot et d'Alembert à partir de 1751, l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers veut faire l'inventaire des connaissances humaines ; c'est aussi une arme polémique : sous l'apparence d'une définition, un article peut combattre un préjugé.

Texte 4 · « Paix »
Étienne Noël Damilaville1723 – 1768

La guerre est un fruit de la dépravation des hommes ; c'est une maladie convulsive et violente du corps politique ; il n'est en santé, c'est-à-dire dans son état naturel, que lorsqu'il jouit de la paix ; c'est elle qui donne de la vigueur aux empires ; elle maintient l'ordre parmi les citoyens ; elle laisse aux lois la force qui leur est nécessaire ; elle favorise la population, l'agriculture et le commerce ; en un mot, elle procure au peuple le bonheur qui est le but de toute société. La guerre, au contraire, dépeuple les États ; elle y fait régner le désordre ; les lois sont forcées de se taire à la vue de la licence qu'elle introduit ; elle rend incertaines la liberté et la propriété des citoyens ; elle trouble et fait négliger le commerce ; les terres deviennent incultes et abandonnées. Jamais les triomphes les plus éclatants ne peuvent dédommager une nation de la perte d'une multitude de ses membres que la guerre sacrifie.

Si la raison gouvernait les hommes, si elle avait sur les chefs des nations l'empire qui lui est dû, on ne les verrait point se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre. […] L'épuisement seul semble forcer les princes à la paix ; ils s'aperçoivent toujours trop tard que le sang du citoyen s'est mêlé à celui de l'ennemi ; ce carnage inutile n'a servi qu'à cimenter l'édifice chimérique de la gloire du conquérant et de ses guerriers turbulents.

Article « Paix », Encyclopédie, tome XI (1765), attribué à Damilaville?, extrait

L'aventure de l'Encyclopédie

L'Encyclopédie naît en 1748 d'un projet modeste : traduire pour le libraire Le Breton la Cyclopædia de l'Anglais Ephraïm Chambers (1728). Diderot et d'Alembert en font une œuvre collective et militante. C'est un dictionnaire, mais surtout une critique raisonnée des savoirs, dont le système des renvois souligne l'unité ; pour la première fois, elle accorde leur place aux arts mécaniques, que onze volumes de planches permettent de découvrir. Elle témoigne de l'esprit des Lumières, où se conjuguent l'appétit de savoir, la liberté de pensée et la nécessité de douter. Voltaire en résume ainsi l'histoire :

Le siècle passé a mis celui où nous sommes en état de rassembler en un corps, et de transmettre à la postérité le dépôt de toutes les sciences et de tous les arts, tous poussés aussi loin que l'industrie humaine a pu aller ; et c'est à quoi a travaillé une société de savants remplis d'esprit et de lumières. Cet ouvrage immense et immortel semble accuser la brièveté de la vie des hommes. Il a été commencé par MM. Diderot et d'Alembert, traversé et persécuté par l'envie et l'ignorance, ce qui est le destin de toutes les grandes entreprises.

Voltaire, Le Siècle de Louis XIV
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7Texte 5 · Séance 6

L'ironie au service de la lecture

Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », 1765

Un mouphti de Stamboul condamne l'imprimerie, introduite dans l'Empire ottoman en 1726. Étudié en classe en 2011-2012, le texte a servi de devoir sur table de fin de séquence en 2014-2015 (classes de Seconde, 1 h 30).

Texte 5 · « De l'horrible danger de la lecture »
Portrait de Voltaire
Voltaire1694 – 1778

Nous Joussouf-Chéribi, par la grâce de Dieu mouphti du Saint-Empire ottoman, lumière des lumières, élu entre les élus, à tous les fidèles qui ces présentes verront, sottise et bénédiction.

Comme ainsi soit que Saïd Effendi, ci-devant ambassadeur de la Sublime-Porte vers un petit État nommé Frankrom, situé entre l'Espagne et l'Italie, a rapporté parmi nous le pernicieux usage de l'imprimerie, ayant consulté sur cette nouveauté nos vénérables frères les cadis et imans de la ville impériale de Stamboul, et surtout les fakirs connus par leur zèle contre l'esprit, il a semblé bon à Mahomet et à nous de condamner, proscrire, anathématiser ladite infernale invention de l'imprimerie, pour les causes ci-dessous énoncées.

1. Cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l'ignorance, qui est la gardienne et la sauvegarde des États bien policés.

[Suivent cinq autres « causes » : les livres pourraient enrichir les cultivateurs, rendre justice aux bonnes actions, enseigner des vertus, diminuer les pèlerinages et protéger de la peste.]

À ces causes et autres, pour l'édification des fidèles et pour le bien de leurs âmes, nous leur défendons de jamais lire aucun livre, sous peine de damnation éternelle. Et, de peur que la tentation diabolique ne leur prenne de s'instruire, nous défendons aux pères et aux mères d'enseigner à lire à leurs enfants. Et, pour prévenir toute contravention à notre ordonnance, nous leur défendons expressément de penser, sous les mêmes peines ; enjoignons à tous les vrais croyants de dénoncer à notre officialité quiconque aurait prononcé quatre phrases liées ensemble, desquelles on pourrait inférer un sens clair et net. Ordonnons que dans toutes les conversations on ait à se servir de termes qui ne signifient rien, selon l'ancien usage de la Sublime-Porte.

[Le mouphti charge enfin le premier médecin du sultan de saisir toute idée aux portes de la ville.]

Donné dans notre palais de la stupidité, le 7 de la lune de Muharem, l'an 1143 de l'hégire.

Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », Nouveaux Mélanges, vol. 3 (1765), extraits · Lire l'œuvre

Atelier d'imprimerie : des typographes devant leurs casses, et en dessous des caractères de plomb
Goussier (dessin) et Robert Bénard (gravure), « Imprimerie en lettres, l'opération de la casse », planche de l'Encyclopédie, eau-forte, XVIIIe siècle ✱Des ouvriers composent un texte lettre par lettre : la redoutable imprimerie que le mufti veut interdire.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapeironieVoir dans le Lexique →
8Séance 7 · Groupement

Lire pour être libre

Rousseau, Voltaire, Manguel : trois regards sur la lecture

Le texte de Voltaire est relu au sein d'un petit corpus : un traité d'éducation du XVIIIe siècle et un essai de la fin du XXe siècle. Les trois auteurs défendent la lecture, mais pas de la même façon ni pour les mêmes raisons.

Texte 6 · « La lecture est le fléau de l'enfance »
Portrait de Jean-Jacques Rousseau
Jean-Jacques Rousseau1712 – 1778

La lecture est le fléau de l'enfance, et presque la seule occupation qu'on lui sait donner. À peine à douze ans Émile saura-t-il ce que c'est qu'un livre. Mais il faut bien au moins, dira-t-on, qu'il sache lire. J'en conviens : il faut qu'il sache lire quand la lecture lui est utile ; jusqu'alors elle n'est bonne qu'à l'ennuyer.

Si l'on ne doit rien exiger des enfants par obéissance, il s'ensuit qu'ils ne peuvent rien apprendre dont ils ne sentent l'avantage actuel et présent, soit d'agrément, soit d'utilité ; autrement quel motif les porterait à apprendre ? L'art de parler aux absents et de les entendre, l'art de leur communiquer au loin nos sentiments, nos volontés, nos désirs, est un art dont l'utilité peut être rendue sensible à tous les âges. Par quel prodige cet art si utile et si agréable est-il devenu un tourment pour l'enfance ? Parce qu'on la contraint de s'y appliquer malgré elle, et qu'on le met à des usages auxquels elle ne comprend rien. Un enfant n'est pas fort curieux de perfectionner l'instrument avec lequel on le tourmente ; mais faites que cet instrument serve à ses plaisirs, et bientôt il s'y appliquera malgré vous.

On se fait une grande affaire de chercher les meilleures méthodes d'apprendre à lire ; on invente des bureaux, des cartes ; on fait de la chambre d'un enfant un atelier d'imprimerie. Locke veut qu'il apprenne à lire avec des dés. Ne voilà-t-il pas une invention bien trouvée ? Quelle pitié ! Un moyen plus sûr que tout cela, et celui qu'on oublie toujours, est le désir d'apprendre. Donnez à l'enfant ce désir, puis laissez là vos bureaux et vos dés, toute méthode lui sera bonne.

[Rousseau imagine qu'Émile reçoit de courts billets l'invitant à une promenade ou à un goûter : faute de trouver quelqu'un pour les lui lire, il s'évertue à les déchiffrer lui-même.]

Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation, livre II (1762), extrait. Émile : disciple imaginaire de Rousseau ; Locke : philosophe anglais, auteur d'un traité sur l'éducation. · Lire l'œuvre

Page de titre ancienne en noir et rouge : Émile, ou de l'éducation, par J. J. Rousseau, tome premier
Page de titre de la première édition d'Émile ou De l'éducation de Jean-Jacques Rousseau, La Haye, Jean Néaulme, 1762 ✱La première édition d'Émile, le traité d'éducation d'où vient le texte 6.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapelectureVoir dans le Lexique →
9Séance 8 · Évaluations

S'entraîner sur un corpus

Question sur le corpus, commentaire, dissertation, invention

Outre le devoir sur table (séance 6) et l'évaluation sur la lecture (séance 7), deux sujets plus anciens, construits sur les mêmes textes, entraînent aux exercices de l'écrit.

AaMémento

Lexique

Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.

Les cartes mentales ✱

Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.

Carte mentale ✱Lumièresnom féminin pluriel
Synonymes

siècle des Lumièresphilosophie des LumièresXVIIIe siècle

Antonymes

obscurantismeignorancefanatismesuperstition

Dérivés

lumièren. f.lumineuxadj.luminositén. f.luminairen. m.illuminerv.illuminationn. f.allumerv.

Champ lexical

raisonprogrèstolérancelibertéphilosopheEncyclopédie

Étymologie
  • lumen, luminis latin : lumière, clarté
  • luminaria latin tardif : flambeaux, astres, d'où « lumière »
  • Aufklärung allemand : éclaircissement, nom allemand des Lumières
Expressions
  • le siècle des Lumières : le XVIIIe siècle
  • éclairer les hommes : les instruire par la raison
  • avoir des lumières sur un sujet : en avoir des connaissances
  • « Ose savoir ! » : devise des Lumières selon Kant (Sapere aude)
Références culturelles
  • Montesquieu, De l'esprit des lois, 1748Montesquieu y analyse les lois et les régimes politiques par la raison et défend la séparation des pouvoirs.
  • Diderot et d'Alembert, Encyclopédie, 1751-1772Cette œuvre collective veut rassembler et diffuser tous les savoirs pour éclairer le public.
  • Voltaire, Traité sur la tolérance, 1763À partir de l'affaire Calas, Voltaire combat le fanatisme religieux au nom de la raison et de la tolérance.
  • Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762Rousseau y fonde la légitimité politique sur la volonté générale et la souveraineté du peuple.
  • Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?, 1784Kant y définit les Lumières comme la sortie de l'homme hors de sa minorité, sous la devise Sapere aude.
Carte mentale ✱ironienom féminin
Synonymes

railleriemoqueriepersiflageantiphrase

Antonymes

sérieuxsincéritépremier degré

Dérivés

ironiqueadj.ironiquementadv.ironiserv.ironisten.

Champ lexical

antiphrasesous-entenducomplicitédénonciationsecond degrélecteur

Étymologie
  • eirôneia grec : action d'interroger en feignant l'ignorance
  • ironia latin : ironie
  • ironique, ironiser mots de la même famille
Expressions
  • l'ironie du sort : un hasard cruel, comme une moquerie du destin
  • l'ironie socratique : Socrate feint l'ignorance pour faire réfléchir
  • au second degré : il faut comprendre le contraire de ce qui est dit
Références culturelles
  • Montesquieu, De l'esprit des lois (« De l'esclavage des nègres »), 1748Montesquieu feint de justifier l'esclavage par des arguments absurdes pour mieux le condamner.
  • Jonathan Swift, Modeste proposition, 1729Swift propose avec un sérieux glacial de manger les enfants des pauvres pour dénoncer leur misère.
  • Voltaire, Candide, 1759L'ironie de Voltaire ridiculise l'optimisme de Pangloss face aux pires catastrophes.
  • Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », 1765Voltaire fait interdire l'imprimerie par un mufti pour en défendre la liberté par antiphrase.
Carte mentale ✱polémiquenom féminin et adjectif
Synonymes

controversequerelledébatpamphlet

Antonymes

consensusconciliationaccord

Dérivés

polémiquerv.polémisten.polémologien. f.

Champ lexical

attaqueironieadversairedénonciationviolence verbalepamphlet

Étymologie
  • polemos grec : guerre
  • polemikos grec : qui concerne la guerre
  • polémiste, polémiquer mots de la même famille
Expressions
  • un article polémique : un texte qui attaque un adversaire
  • un polémiste : un écrivain qui aime la controverse
  • susciter la polémique : provoquer un débat vif
Références culturelles
  • Blaise Pascal, Les Provinciales, 1656-1657Pascal y attaque avec ironie la morale des jésuites dans des lettres polémiques.
  • Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764Voltaire y mène, article après article, sa lutte contre le fanatisme et les abus de l'Église.
  • Victor Hugo, Napoléon le Petit, 1852Ce pamphlet attaque violemment Louis-Napoléon Bonaparte après son coup d'État.
  • Émile Zola, « J'accuse… ! », 1898Zola y accuse nommément les responsables de la condamnation de Dreyfus.
Carte mentale ✱dialoguenom masculin
Synonymes

conversationéchangeentretiendiscussion

Antonymes

monologuesilence

Dérivés

dialoguerv.dialoguéadj.dialoguisten. m.

Champ lexical

guillemetstiretrépliqueverbe de paroleincisepersonnage

Étymologie
  • dia grec : à travers, entre
  • legein grec : parler, dire
  • dialogos grec : conversation
  • dialoguer, monologue mots de la même famille
Expressions
  • un dialogue de sourds : chacun parle sans écouter l'autre
  • une incise : « dit-il », insérée dans la réplique
  • ouvrir les guillemets : commencer un dialogue
Références culturelles
  • Homère, L'Odyssée, VIIIe siècle av. J.-C.Les échanges d'Ulysse avec ses hôtes, ou avec le Cyclope, font avancer le récit par le dialogue.
  • Jean de La Fontaine, Le Loup et l'Agneau, 1668La fable repose sur un dialogue inégal où le plus fort a toujours le dernier mot.
  • Charles Perrault, Le Petit Chaperon rouge, 1697Le célèbre échange final entre la fillette et le loup déguisé en mère-grand mène à la chute.
Carte mentale ✱encyclopédienom féminin
Synonymes

dictionnairesommerépertoirecompendium

Dérivés

encyclopédiqueadj.encyclopédisten. m.encyclopédismen. m.

Champ lexical

savoirarticlerenvoiraisonprogrèsphilosophe

Étymologie
  • enkuklios paideia grec : instruction complète, qui fait le tour des savoirs
  • kuklos grec : cercle
  • paideia grec : éducation
Expressions
  • une encyclopédie vivante : une personne qui sait tout
  • l'Encyclopédie : l'œuvre collective des Lumières dirigée par Diderot et d'Alembert
  • les renvois : le système qui relie les articles et glisse des critiques
Références culturelles
  • François Rabelais, Pantagruel, 1532Dans sa lettre à son fils, Gargantua l'invite à devenir un « abîme de science » en apprenant tous les savoirs.
  • Diderot et d'Alembert, Encyclopédie, 1751-1772Ce dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers est le modèle de l'encyclopédie moderne.
  • D'Alembert, Discours préliminaire de l'Encyclopédie, 1751D'Alembert y présente le projet de l'Encyclopédie et une classification des connaissances humaines.
  • Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764Voltaire y reprend l'ordre alphabétique des encyclopédies pour en faire une arme critique portative.
Carte mentale ✱lecturenom féminin
Synonymes

déchiffrageinterprétationétudedécouverte

Dérivés

lirev.lecteurn. m.lectricen. f.relirev.relecturen. f.lisibleadj.illisibleadj.lisibilitén. f.

Champ lexical

livrelecteurtextesensindicebibliothèque

Étymologie
  • legere latin : cueillir, choisir, puis lire
  • lectura latin médiéval : lecture
  • lecteur, légende, lisible mots de la même famille
Expressions
  • une lecture attentive : on lit deux fois et on cherche les indices
  • une lecture cursive : une lecture personnelle, en entier
  • une grille de lecture : une façon d'interpréter
  • lire entre les lignes : comprendre ce qui n'est pas dit
Références culturelles
  • Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », 1765Par antiphrase, Voltaire fait condamner la lecture par un mufti pour en défendre la liberté.
  • Marcel Proust, Sur la lecture, 1906Proust y évoque les lectures de son enfance et la lecture comme incitation à penser.
  • Ray Bradbury, Fahrenheit 451, 1953Dans un monde où lire est interdit, des hommes apprennent les livres par cœur pour les sauver.
  • Jean-Paul Sartre, Les Mots, 1964Sartre y raconte une enfance parmi les livres, en deux parties : « Lire » et « Écrire ».
  • Daniel Pennac, Comme un roman, 1992Pennac y défend le plaisir de lire et énonce les droits imprescriptibles du lecteur.

AaLes mots de l'argumentation

Notions à connaître en fin de séquence

Thèse de l'énonciateur / de l'auteur
Ce que soutient celui qui parle dans le texte / ce que pense réellement l'écrivain. Les deux s'opposent quand le texte est ironique.
Stratégie argumentative
L'ensemble des moyens choisis pour faire passer une thèse : énonciation, genre, procédés.
Ironie
Décalage entre les mots et la pensée : l'auteur dit les choses comme l'adversaire pourrait les dire, et le lecteur complice restitue le sens implicite.
Euphémisme
Mot faible pour désigner une réalité grave (« ces expériences »).
Alliance de mots
Rapprochement de termes de tonalités opposées (« Mon petit cœur… la question »).
Registre polémique
Ton de l'attaque et du combat d'idées ; jugement moral sans concession.
Dialogue philosophique
Échange fictif hérité de Platon, qui confronte deux opinions ; le philosophe y mène son interlocuteur à reconnaître ses contradictions.
Minorité (Kant)
Incapacité de se servir de son propre entendement sans la direction d'autrui ; les Lumières invitent à en sortir.
Rythme ternaire, gradation
Énumération en trois temps, souvent d'intensité croissante (« ni d'écrire, ni de parler, ni même de penser »).
✱
Argumentation directe / indirecte
Thèse exposée en son nom / par un détour : fiction, dialogue, ironie.
Convaincre / persuader
Agir sur la raison / sur les émotions.
Antiphrase
Dire le contraire de ce que l'on pense (« l'horrible danger de la lecture »).
Parodie
Imitation d'un genre ou d'un style pour s'en moquer (le mandement du mouphti).
Question rhétorique
Question qui affirme une idée (« Où sont-ils ces droits ? »).

Sources : documents d'Etienne Buraud sur Google Drive. Séquence de Seconde « Genres et formes de l'argumentation au XVIIe et au XVIIIe siècle » (classes 206-207, 2014-2015) : « liberte de penser » et « Liberté de penser, cours » (mars 2015), « Article Paix, encyclopédie, transparent » (2015), DST-207 et DST-2NDE (janvier 2015), « Vers le Bac, esclavage, 203 » (2014). Séquence 4 de 2011-2012 : « De l'esclavage des nègres, texte bac », « corpus argumentatif sur l'esclavage », « De l'horrible danger de la lecture », « corpus lecture émancipation » et « EFS lecture émancipation » (mai 2012), « corpus Voltaire-Desproges » (titre seul). Séquence Voltaire de 2005-2006 : questionnaire sur la séquence (octobre 2005) et évaluation de fin de séquence (avril 2006). Compléments : « Les Lumières, cours d'introduction » (2003), « Voltaire, Torture, plan de commentaire » (2006), sujet de bac blanc sur la torture (mai 2004), d'où vient le texte de « Torture ». Textes de Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau, Montaigne et de l'Encyclopédie dans le domaine public ; Desproges, Manguel, Calvino et l'appel de 2000, protégés, sont seulement résumés ou cités en référence. Ajouts pédagogiques signalés : encadrés « L'auteur », note de lecture du texte 2, questions sur l'article « Paix », tableau des trois stratégies, éléments de réponse du devoir, bilan, seconde partie du mémento. Les dates marquées? sont à contrôler.

10IAPour aller plus loin

Activités avec l'IA ✱

Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).

Trois règles avant de commencer
  • L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
  • Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
  • L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1

Qui parle chez Montesquieu ? L'IA tombe-t-elle dans le piège ?

En classe25 min

Objectif. Comprendre l'ironie de « De l'esclavage des nègres » : l'énonciateur feint de défendre l'esclavage pour mieux le ridiculiser.

  1. Relis le texte 1 et remplis la grille d'analyse (énonciateur, destinataire, thèse).
  2. Colle le texte (domaine public) dans l'IA et demande-lui la thèse, sans rien préciser d'autre.
  3. Compare : l'IA distingue-t-elle l'énonciateur fictif et Montesquieu ? Repère-t-elle les arguments absurdes ?
  4. Rédige en 5 lignes ce qui, dans le texte, signale l'ironie.
À écrire à l'IA

Voici un extrait de De l'esprit des lois de Montesquieu (1748), livre XV, chapitre 5 (je le colle ci-dessous). Je suis en Seconde. Quelle est la thèse de ce texte ? Qui parle ? Justifie en citant trois passages.

Garde ton esprit critique. Une lecture au premier degré ferait de Montesquieu un défenseur de l'esclavage. Vérifie que l'IA explique l'antiphrase et cite exactement le texte. Si elle le fait trop vite, demande-toi si elle a vraiment lu ou si elle récite une analyse connue.

2

Répondre à l'esclavagiste : mon monologue d'abord

À la maison45 min

Objectif. Réussir l'atelier d'écriture (monologue polémique d'un esclave qui répond aux arguments de l'esclavagiste de Montesquieu) en s'appuyant sur Diderot et Candide.

  1. Relis le texte complémentaire A (Diderot) et B (Candide, chapitre 19).
  2. Écris seul ton monologue : chaque argument de l'esclavagiste reçoit une réponse.
  3. Demande à l'IA de vérifier que tu as répondu à tous les arguments, sans réécrire.
  4. Complète toi-même les réponses manquantes.
À écrire à l'IA

J'ai écrit en Seconde un monologue polémique : un esclave répond aux arguments de l'esclavagiste imaginé par Montesquieu dans De l'esprit des lois (je colle mon texte ci-dessous). Ne le réécris pas. Fais la liste des arguments de Montesquieu auxquels je réponds, et de ceux que j'ai oubliés.

Garde ton esprit critique. Vérifie la liste des arguments avec le texte de Montesquieu : l'IA peut en oublier ou en inventer. Le ton et les idées de ton monologue doivent rester les tiens.

3

« Torture » : dater un article, une enquête

À la maison20 min

Objectif. Situer l'article « Torture » du Dictionnaire philosophique, dont la date est marquée «? » dans le manuel, et apprendre à chercher une source.

  1. Lis la source du texte 2 dans le manuel.
  2. Demande à l'IA dans quelle édition du Dictionnaire philosophique l'article a paru.
  3. Vérifie dans une source fiable (édition critique, site d'une bibliothèque).
  4. Écris ta conclusion et ta source en 3 lignes.
À écrire à l'IA

Dans quelle édition du Dictionnaire philosophique de Voltaire l'article « Torture » a-t-il paru pour la première fois ? Donne l'année, ton degré de certitude et une source précise où je peux vérifier.

Garde ton esprit critique. Si l'IA répond avec assurance sans source vérifiable, méfie-toi. Le Dictionnaire philosophique a connu plusieurs éditions enrichies : une date sans précision ne suffit pas.

4

Rousseau, Voltaire, Manguel : comparer les stratégies

En classe ou à la maison35 min

Objectif. Préparer la question sur le corpus « Lire pour être libre » : comparer la thèse et la stratégie de chaque auteur.

  1. Relis le texte de Rousseau (Émile), celui de Voltaire et le résumé du texte de Manguel.
  2. Remplis seul un tableau : thèse, genre, stratégie (démontrer, convaincre, persuader, ironie).
  3. Demande à l'IA le même tableau.
  4. Compare : où l'IA simplifie-t-elle la thèse de Rousseau ? Corrige ton tableau sans recopier le sien.
À écrire à l'IA

Compare dans un tableau la thèse et la stratégie argumentative de trois textes sur la lecture : Rousseau, Émile, livre II (1762), « La lecture est le fléau de l'enfance » ; Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture » (1765) ; Alberto Manguel, Histoire de la lecture (1998), sur les esclaves américains à qui l'on interdisait de lire. Je suis en Seconde.

Garde ton esprit critique. La thèse de Rousseau est nuancée (il parle de l'enfance, pas de toute la vie) : vérifie que l'IA ne la caricature pas. Ne lui fais pas confiance sur le texte de Manguel, qu'elle connaît sans doute mal : compare avec ton texte distribué.

✎Pour l'enseignant

Fiches d'activité d'une heure

8 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier

  • 01
    Raison, tolérance, humanitéComprendre ce que désigne le mot Lumières, situer le mouvement dans le XVIIIe siècle, repérer les combats des philosophes et les formes d'écriture qu'ils…
  • 02
    Montesquieu, qui parleComprendre qu'un texte peut soutenir en apparence la thèse qu'il combat : identifier l'énonciateur fictif imaginé par Montesquieu, examiner un à un ses…
  • 03
    Trois voix contre l'esclavageComparer trois manières de dénoncer l'esclavage (ironie de l'essai, révolte oratoire, témoignage dans un conte) à l'aide de la grille d'analyse d'Etienne Buraud…
  • 04
    Voltaire, Torture, un article polémiqueMontrer que l'article de Voltaire, sous son apparence décousue, construit une argumentation : un exemple et un argument implicite par paragraphe. Nommer les…
  • 05
    Dénoncer la torture, de Montaigne à DesprogesLire un texte du XVIe siècle dans son orthographe d'origine, comparer trois stratégies contre la torture (Montaigne, Voltaire, Desproges), puis analyser un…
  • 06
    Boldmind et Médroso, l'art du dialogueComprendre comment le dialogue philosophique fait passer une thèse sans l'énoncer : lire l'échange à deux voix, répondre aux trois questions d'Etienne Buraud…
  • 07
    La paix, santé du corps politiqueDécouvrir l'Encyclopédie comme arme polémique, analyser la construction d'un article (antithèse entre la paix et la guerre, métaphore médicale, hypothèse)…
  • 08
    Lire pour être libreLire le texte de Rousseau, comparer les thèses et les stratégies des trois auteurs du groupement (question sur le corpus de l'évaluation de 2012), puis…

Les fiches d'activité et leurs corrigés sont réservés aux professeurs : comment y accéder.