Français en classe
1re · Poésie

Victor Hugo, Les Châtiments

la poésie, une arme contre la tyrannie

12 textes7 à retenir4 fiches d'activité
Créé en 2002
Portrait de Victor HugoVictor Hugo
Portrait de Nicolas BoileauNicolas Boileau
Portrait de Joachim Du BellayJoachim Du Bellay
★Ouverture de la séquence

La frise des textes

Les 7 textes de la séquence que l'on peut dater, dans l'ordre chronologique. Clique ou touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.

1Présentation

La séquence en un coup d'œil

Victor Hugo, Châtiments (1853) : la poésie pour démontrer, convaincre, persuader

Fiche enseignant
Intitulé
Hugo, Les Châtiments
Objet d'étude
La poésie : démontrer, convaincre, persuader (la poésie au service de l'argumentation)
Œuvre intégrale
Victor Hugo, Châtiments (Bruxelles, 1853 ; première édition française, 1870)
Classes
Premières STT et S ; la première semaine est consacrée à l'introduction historique
Fil rouge
La forme poétique sert l'argumentation : chaque forme fait l'objet d'un choix, en étroit rapport avec le propos

Le parcours

N°DominanteSupportLangue et notions
1Repères historiques : de la République au coup d'ÉtatRepères historiques 1848-1851 ; décrets et proclamations du 2 décembre 1851
2« Justifiez-vous, monsieur Hugo ! » Le coup d'État selon HugoChoses vues ; Napoléon le Petit, VI, 2, 3 et 8
3Texte 1 : « Chanson »« Chanson », VII, 6 (« Sa grandeur éblouit l'histoire »)
4Introduction à l'œuvre : titre, préface, « Nox »Préface de 1853, « Au moment de rentrer en France », « Nox » I à IX
5Texte 2 : la mission du poète« Ce que le poète se disait en 1848 », IV, 2 ; « L'homme a ri », III, 2
6Livres I et II : diversité des formes et des ciblesParcours de poèmes des livres I et IIChanson, dialogue, anaphore et litanie, narration
7La satire : définition et procédésChâtiments ; la satire dans la littérature française
8Texte 3 : de la prose à la poésie, la nuit du 4« Souvenir de la nuit du quatre », II, 3 ; Histoire d'un crime, IV, 1Récit et discours, vers-phrase, rejet
9Texte 4 : prose et poésie, le personnage de Dupin« L'autre président », II, 6 ; Histoire d'un crime, I, 8-9Invective, hyperbole, étude comparée
10Baccalauréat blanc (1re STT)« Fonction du poète » (1840) et « L'autre président »Questions sur corpus, trois sujets
11Baccalauréat blanc (1re S) et correction« Souvenir de la nuit du quatre » et Histoire d'un crimeCommentaire comparé, dissertation
12Textes complémentaires« Ultima verba », VII, 14 ; Zola et Vallès

Les textes étudiés

TEXTE 1« Chanson » (« Sa grandeur éblouit l'histoire »)Châtiments, VII, 6
TEXTE 2« Ce que le poète se disait en 1848 »Châtiments, IV, 2
TEXTE 3« Souvenir de la nuit du quatre »Châtiments, II, 3
TEXTE 4« L'autre président »Châtiments, II, 6
2Séance 1 · Ouverture

De la République au coup d'État

Repères historiques, 1848-1852

Gravure : des cavaliers en casque défilent dans une rue de Paris ; au premier plan, des hommes lisent des journaux
Anonyme, La cavalerie du général d'Allonville dans les rues de Paris, le 2 décembre 1851, gravure parue dans The Illustrated London News, 13 décembre 1851 ✱Le matin du coup d'État : l'armée occupe les rues de Paris, des passants lisent les affiches.Domaine public · Wikimedia Commons
Gravure : dans un atelier éclairé par une lampe, des ouvriers composent des textes, surveillés par des soldats en armes
Burgun, Impression des proclamations du coup d'État du 2 décembre 1851, sous la surveillance de l'armée, gravure pour l'Histoire illustrée du Second Empire de Taxile Delord, 1880 ✱Les proclamations affichées le 2 décembre sont imprimées dans la nuit, sous la garde des soldats.Domaine public · Wikimedia Commons

Repères historiques : 1848-1851

DateÉvénement
23-24 février 1848Insurrection victorieuse ; abdication de Louis-Philippe. Un gouvernement provisoire (Lamartine, Ledru-Rollin, Arago, Louis Blanc, l'ouvrier Albert…) proclame la IIe République : suffrage universel masculin, libertés de réunion et de presse, abolition de l'esclavage dans les colonies, ateliers nationaux contre le chômage.
23 avril 1848Élection de l'Assemblée constituante au suffrage universel : victoire des républicains modérés ; les socialistes sont écartés de la Commission exécutive.
15 mai et 4 juin 1848Échec du coup de force de Barbès et de Blanqui contre l'Assemblée. Les élections complémentaires renforcent les conservateurs et révèlent la popularité de Louis Bonaparte, élu député.
23-26 juin 1848La fermeture des ateliers nationaux provoque une insurrection ouvrière à Paris, écrasée par le général Cavaignac : des milliers de victimes, 1 500 fusillés, 5 000 déportés en Algérie.
10 décembre 1848Louis Napoléon Bonaparte est élu président de la République avec près de 5,5 millions de voix, loin devant Cavaignac (1,4 million) et Lamartine (moins de 18 000).
1849-1850Victoire du parti de l'Ordre aux législatives (mai 1849). Lois conservatrices : loi Falloux sur l'enseignement (mars 1850), loi électorale du 31 mai 1850 qui retire le droit de vote à près d'un tiers des électeurs, loi restreignant la liberté de la presse (juillet 1850).
1851L'Assemblée refuse de réviser la Constitution qui interdit au président un second mandat (446 voix pour, alors qu'il en fallait 543).
2 décembre 1851Coup d'État, préparé avec Morny, Persigny, Maupas, Saint-Arnaud et Magnan, le jour anniversaire d'Austerlitz : l'Assemblée est dissoute, l'état de siège décrété. Hugo et Schœlcher forment un comité de résistance.
3-4 décembre 1851Barricades à Paris ; le député Baudin est tué. Le 4, la troupe tire sur la foule des boulevards (boulevard Poissonnière, boulevard Montmartre).
Décembre 1851Répression : 32 départements en état de siège, 27 000 arrestations, près de 10 000 transportés en Algérie, 239 envoyés au bagne de Cayenne. Hugo gagne Bruxelles avec un passeport au nom de Lanvin, fourni par Juliette Drouet.
21-22 décembre 1851Plébiscite : 7 439 216 « oui » contre 646 000 « non ».
1852Constitution du 14 janvier (président élu pour dix ans) ; suppression de la liberté de la presse ; nouveau plébiscite en novembre et rétablissement de l'Empire le 2 décembre 1852 : Napoléon III.

Les textes du 2 décembre

✱Pour sentir la violence de l'événement, on lit d'abord les textes officiels, puis la réponse de Hugo.

Au nom du peuple français. Le président de la République décrète : Art. 1er. L'Assemblée nationale est dissoute. Art. 2. Le suffrage universel est rétabli. La loi du 31 mai est abrogée. Art. 3. Le peuple français est convoqué dans ses comices, à partir du 14 décembre jusqu'au 21 décembre suivant. Art. 4. L'état de siège est décrété dans l'étendue de la première division militaire. Art. 5. Le Conseil d'État est dissous. […]

Décret du 2 décembre 1851, signé Louis Napoléon Bonaparte et, pour le ministre de l'Intérieur, De Morny

Art. 1er. Tout rassemblement est rigoureusement interdit. Il sera immédiatement dissipé par la force. Art. 2. Tout cri séditieux, toute lecture en public, tout affichage d'écrit politique n'émanant pas d'une autorité régulièrement instituée, sont également interdits.

Arrêté du préfet de police De Maupas, 3 décembre 1851

Tout individu pris construisant ou défendant une barricade, ou les armes à la main, SERA FUSILLÉ.

Arrêté du ministre de la Guerre, De Saint-Arnaud

La Constitution est confiée à la garde et au patriotisme des citoyens français. LOUIS NAPOLÉON est mis hors la loi. L'état de siège est aboli. Le suffrage universel est rétabli. VIVE LA RÉPUBLIQUE ! AUX ARMES !

Appel « Au peuple », pour la Montagne réunie, le délégué Victor Hugo

Personne n'attendra de moi que j'accorde, en ce qui me concerne, un moment d'attention à la chose appelée amnistie. Dans la situation où est la France, protestation absolue, inflexible, éternelle, voilà pour moi le devoir. Fidèle à l'engagement que j'ai pris vis-à-vis de ma conscience, je partagerai jusqu'au bout l'exil de la liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai.

Victor Hugo, « Déclaration », Hauteville House, Guernesey, 18 août 1859
3Séance 2 · Introduction historique

« Justifiez-vous, monsieur Hugo ! »

Choses vues et Napoléon le Petit : le coup d'État selon Hugo

L'itinéraire politique de Hugo

DatePosition de HugoCe qu'il en écrit
Juin 1847Pair de France, il appuie à la Chambre des pairs le retour en France de la famille Bonaparte, bannie depuis 1815.
Février 1848Il veut faire proclamer la régence de la duchesse d'Orléans.« En 1848, je n'ai pas eu peur. Je n'ai pas crié : “Vive la République !” »
Août-décembre 1848Son journal, L'Événement, soutient la candidature de Louis Bonaparte ; Hugo est reçu à l'Élysée le soir de Noël.
Juillet-octobre 1849Discours sur la misère (9 juillet), puis rupture avec le parti de l'Ordre (discours sur les affaires de Rome).« Être de cette majorité ? Préférer la consigne à la conscience ? Non ! »
1850Discours contre la loi Falloux et pour la liberté de la presse.« Pour eux la camisole de force s'appelle le calme. »
1851Il combat victorieusement la révision de la Constitution.« La police partout, la justice nulle part. »

I. Justifiez-vous, monsieur Hugo !

Je suis rouge avec les rouges, blanc avec les blancs, bleu avec les bleus, c'est-à-dire tricolore. En d'autres termes, je suis pour le peuple, pour l'ordre, et pour la liberté.

Texte 1 · Choses vues, 1849

Ils me disent : « Vous avez varié. Vous avez changé. En 1848, vous étiez contre les rouges ; en 1850, vous êtes pour les rouges. Donc, etc. » Expliquons-nous. En 1848, « les rouges » étaient les oppresseurs, je les combattais. En 1850, « les rouges » sont les opprimés, je les défends. C'est là ce que vous appelez varier. Comme vous voudrez !

Texte 2 · Choses vues, 1850

J'ai cru longtemps que la République n'était qu'une forme politique. La République est une idée, la République est un principe, la République est un droit. […] Mais, depuis deux ans, quand j'ai vu la République prise en traître, saisie par ses ennemis, jetée à terre, liée, garrottée, bâillonnée, […] quand j'ai vu que meurtrie, saignante, terrassée, foulée aux pieds, couverte de plaies, elle vivait encore, je me suis mis à genoux devant elle et je lui ai dit : Tu es la vérité ! Maintenant je combats pour elle. Mais on me dit : Prenez garde ! Vous allez partager son sort. […] Raison de plus. Républicains, ouvrez vos rangs. Je suis des vôtres.

Texte 3 · Choses vues, juillet 1851 (extraits)

II. Le coup d'État selon Hugo

Installé à Bruxelles, Hugo écrit un pamphlet en prose, Napoléon le Petit ; il a déjà en tête son « pendant poétique » satirique : Châtiments.

Un brigand arrête une diligence au coin d'un bois. Il est à la tête d'une bande déterminée. Les voyageurs sont plus nombreux, mais ils sont séparés, désunis, parqués dans des compartiments, à moitié endormis, surpris au milieu de la nuit, saisis à l'improviste et sans armes. Le brigand leur ordonne de descendre, de ne pas jeter un cri, de ne pas souffler mot et de se coucher la face contre terre. Quelques-uns résistent, il leur brûle la cervelle. Les autres obéissent et se couchent sur le pavé, muets, immobiles, terrifiés, pêle-mêle avec les morts et pareils aux morts. Le brigand, pendant que ses complices leur tiennent le pied sur les reins et le pistolet sur la tempe, fouille leurs poches, force leurs malles et leur prend tout ce qu'ils ont de précieux. Les poches vidées, les malles pillées, le coup d'État fini, il leur dit : « Maintenant, afin de me mettre en règle avec la justice, j'ai écrit sur un papier que vous reconnaissez que tout ce que je vous ai pris m'appartenait et que vous me le concédez de votre plein gré. J'entends que ceci soit votre avis. On va vous mettre à chacun une plume dans la main, et, sans dire un mot, sans faire un geste, sans quitter l'attitude où vous êtes… » Le ventre contre terre, la face dans la boue… « … Vous étendrez le bras droit et vous signerez tous ce papier. Si quelqu'un bouge ou parle, voici la gueule de mon pistolet. Du reste, vous êtes libres. » Les voyageurs étendent le bras et signent. Cela fait, le brigand relève la tête et dit : « J'ai sept millions cinq cent mille voix. »

Texte 4 · « La diligence », Napoléon le Petit, VI, 2

Pour qu'un scrutin politique soit valable, il faut trois conditions absolues : premièrement, que le vote soit libre ; deuxièmement, que le vote soit éclairé ; troisièmement, que le chiffre soit sincère. […] Voter, c'est gouverner, voter, c'est juger. Se figure-t-on un pilote aveugle au gouvernail ? Se figure-t-on le juge les oreilles bouchées et les yeux crevés ? […] Qui a compté ? Baroche. Qui a scruté ? Rouher. Qui a contrôlé ? Piétri. Qui a additionné ? Maupas. Qui a vérifié ? Troplong. Qui a proclamé ? vous. C'est-à-dire que la bassesse a compté, la platitude a scruté, la rouerie a contrôlé, le faux a additionné, la vénalité a vérifié, le mensonge a proclamé. Bien.

Texte 5 · « Examen du vote du 20 décembre 1851 », Napoléon le Petit, VI, 3 (extraits)

Voyez cette lampe, cette petite lumière obscure oubliée dans un coin, perdue dans l'ombre. Regardez-la, admirez-la. Elle est à peine visible ; elle brûle solitairement. Faites souffler dessus sept millions cinq cent mille bouches à la fois, vous ne l'éteindrez pas. Vous ne ferez pas même broncher la flamme. Faites souffler l'ouragan. La flamme continuera de monter droite et pure vers le ciel. Cette lampe, c'est la conscience. Cette flamme, c'est elle qui éclaire dans la nuit de l'exil le papier sur lequel j'écris en ce moment.

Texte 6 · Napoléon le Petit, VI, 8 (extrait)
Carte mentale de l'étapeargumentationVoir dans le Lexique →
4Texte 1 · Séance 3

« Petit, petit » : la chanson satirique

Victor Hugo, « Chanson », Châtiments, VII, 6, septembre 1853

✱Ce poème appartient au livre VII, « Les sauveurs se sauveront ». Hugo y oppose l'oncle, Napoléon Ier, au neveu, Napoléon III, que les républicains surnomment, après le pamphlet de 1852, « Napoléon le Petit ».

Chanson
Portrait de Victor Hugo
Victor Hugo1802 – 1885

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Sa grandeur éblouit l'histoire. Quinze ans, il futLe dieu que traînait la victoire Sur un affût ;L'Europe sous sa loi guerrière Se débattit. —Toi, son singe, marche derrière,8 Petit, petit.Napoléon dans la bataille, Grave et serein,Guidait à travers la mitraille L'aigle d'airain.Il entra sur le pont d'Arcole, Il en sortit. —Voici de l'or, viens, pille et vole,16 Petit, petit.Berlin, Vienne, étaient ses maîtresses ; Il les forçait,Leste, et prenant les forteresses Par le corset ;Il triompha de cent bastilles Qu'il investit. —Voici pour toi, voici des filles,24 Petit, petit.Il passait les monts et les plaines, Tenant en mainLa palme, la foudre et les rênes Du genre humain ;Il était ivre de sa gloire Qui retentit. —Voici du sang, accours, viens boire,32 Petit, petit.Quand il tomba, lâchant le monde, L'immense merOuvrit à sa chute profonde Le gouffre amer ;Il y plongea, sinistre archange, Et s'engloutit. —Toi, tu te noieras dans la fange,40 Petit, petit.

Jersey, septembre 1853 · Victor Hugo, Châtiments, VII, 6 · Lire l'œuvre

Tableau : Bonaparte en manteau rouge sur un cheval blanc cabré, dans la montagne
Jacques-Louis David, Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard, huile sur toile, 1801-1803 (Vienne, Belvédère) ✱Le premier Napoléon en héros : la « grandeur » qui « éblouit l'histoire ».Domaine public · Wikimedia Commons
Tableau : un homme à moustache en manteau d'hermine, debout près d'un trône et d'une couronne
Franz Xaver Winterhalter, Portrait de Napoléon III, huile sur toile, 1855 ✱Le neveu en habit de sacre : celui que la chanson appelle « petit, petit ».Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapesatireVoir dans le Lexique →
5Séance 4 · Devoir pour le mardi 12 mars 2002

Le titre, la préface, « Nox »

Comment s'ouvre Châtiments

Le titre

Pendant qu'il écrit Napoléon le Petit, Hugo pense déjà à un « pendant poétique » satirique. Il envisage d'abord Les Vengeresses, puis Le Chant du vengeur ; il aurait même songé au Chat à neuf queues, du nom d'un fouet anglais à neuf lanières. Il choisit finalement le seul mot Châtiments, qui résonne comme un cri de vengeance. « Ce titre est menaçant et simple, c'est-à-dire beau », écrit-il à son éditeur Hetzel.

Le recueil paraît à Bruxelles en novembre 1853 en deux versions : une version officielle, autocensurée par des lignes de points, que Hugo appelle « l'eunuque », et une version clandestine complète, en très petit format, qui passe la frontière en contrebande. La première édition française, en octobre 1870, ajoute l'article (Les Châtiments) et cinq poèmes, dont « Au moment de rentrer en France », placé en tête.

Voir la correction

Correction : les deux textes en exergue

TexteÉnonciateur → destinataireContexteSujet
Préface (1853)L'auteur → le lecteurJersey, 1853, à propos de l'édition tronquée de BruxellesTenir le serment de publier le livre complet
« Au moment de rentrer en France » (31 août 1870)Le poète → le destin, Paris, la FranceLa guerre contre la Prusse tourne à la catastrophe ; Hugo s'apprête à rentrer ; l'Empire s'effondre après Sedan, la IIIe République est proclamée le 4 septembre, Paris est bientôt assiégéAllégorie de la France maternelle et souffrante qui a besoin de ses enfants

Les dates de ces deux textes (1853 et 1870) enserrent toute la période de l'exil et de l'Empire.

Voir la correction

Correction : les neuf poèmes de « Nox »

ÉnonciateurDestinataireThèmeForme
INapoléon III : « Nous, la force »Lui-même (monologue intérieur), puis les soldats, « preux de France », « brigands de Calabre », « noirs canons »Exhortation au coup d'État et à l'écrasement de Paris, la nuit du 2 décembreTirade d'alexandrins
IIUn narrateur ; la Force (« C'est fait, reposez-vous ») ; le poèteLe peuple, les magistratsLe repos du guerrier après la nuit sanglante ; satire de leur lâchetéTirade d'alexandrins
IIINapoléon IIILui-mêmeComment l'idée lui est venue de singer son oncleOnze quatrains alternant vers de 12 et de 4 syllabes
IVLe poète (récit, description de la foule)Napoléon III, « messieurs, mesdames »Napoléon le « sauveur » (ironie) ; venez fêter la victoireTirade d'alexandrins
VLe poète narrateurLes mortsApostrophe aux morts ; la fosse commune de MontmartreTirade d'alexandrins
VILe poète (récit)Les élémentsHorreur du serment prêté devant Dieu un mois après l'attentat : un blasphèmeAlexandrins, premier vers isolé
VIILe poète et la merLa mer, le poèteDialogue et reproche à la mer qui emporte les prisonniers vers l'exilOnze sizains
VIII« Nous » (les justes) et « moi » (le proscrit)Les lecteursRécit de l'histoire et indignation après le coup d'ÉtatLaisses de longueur variable
IXLe poèteLa « Muse Indignation »Appel à la résistance par l'écriture, au seuil de l'œuvreForme brève

Toi qu'aimait Juvénal, gonflé de lave ardente, / Toi dont la clarté luit dans l'œil fixe de Dante, / Muse Indignation ! Viens, dressons maintenant, / Dressons sur cet empire heureux et rayonnant, / Et sur cette victoire au tonnerre échappée, / Assez de piloris pour faire une épopée !

« Nox », IX
Carte mentale de l'étapeincipitVoir dans le Lexique →
6Texte 2 · Séance 5

La mission du poète

« Ce que le poète se disait en 1848 », Châtiments, IV, 2

Au milieu du recueil, dans le livre intitulé par antiphrase « La religion est glorifiée », trois poèmes très proches définissent la mission du poète selon Hugo, le « proscrit pensif » : IV, 2, IV, 6 et IV, 9. N'est-ce pas là la vraie « religion », à l'heure où l'institution religieuse se fait complice du coup d'État ? Dans ce texte, Hugo se parle à lui-même : il rappelle l'attitude qu'il avait décidé d'adopter en 1848, alors qu'il était député.

Ce que le poète se disait en 1848
Portrait de Victor Hugo
Victor Hugo1802 – 1885

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Tu ne dois pas chercher le pouvoir, tu dois faireTon œuvre ailleurs ; tu dois, esprit d'une autre sphère,Devant l'occasion reculer chastement.De la pensée en deuil doux et sévère amant,5Compris ou dédaigné des hommes, tu dois êtrePâtre pour les garder et pour les bénir prêtre.Lorsque les citoyens, par la misère aigris,Fils de la même France et du même Paris,S'égorgent ; quand, sinistre, et soudain apparue,10La morne barricade au coin de chaque rueMonte et vomit la mort de partout à la fois,Tu dois y courir seul et désarmé ; tu doisDans cette guerre impie, abominable, infâme,Présenter ta poitrine et répandre ton âme,15Parler, prier, sauver les faibles et les forts,Sourire à la mitraille et pleurer sur les morts ;Puis remonter tranquille à ta place isolée,Et là, défendre, au sein de l'ardente assemblée,Et ceux qu'on veut proscrire et ceux qu'on croit juger,20Renverser l'échafaud, servir et protégerL'ordre et la paix, qu'ébranle un parti téméraire,Nos soldats trop aisés à tromper, et ton frère,Le pauvre homme du peuple aux cabanons jeté,Et les lois, et la triste et fière liberté ;25Consoler dans ces jours d'anxiété funeste,L'art divin qui frissonne et pleure, et pour le resteAttendre le moment suprême et décisif.Ton rôle est d'avertir et de rester pensif.

Victor Hugo, Châtiments, IV, 2 (livre « La religion est glorifiée ») · Lire l'œuvre

Rapprochement : « L'homme a ri » (III, 2)

✱En août 1852, les journaux de l'Élysée rapportent que Louis Napoléon, recevant Napoléon le Petit, aurait dit en souriant : « Voici Napoléon le Petit, par Victor Hugo le Grand. » Hugo répond par ce poème.

L'homme a ri

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Ah ! tu finiras bien par hurler, misérable !Encor tout haletant de ton crime exécrable,Dans ton triomphe abject, si lugubre et si prompt,Je t'ai saisi. J'ai mis l'écriteau sur ton front ;5Et maintenant la foule accourt et te bafoue.Toi, tandis qu'au poteau le châtiment te cloue,Que le carcan te force à lever le menton,Tandis que, de ta veste arrachant le bouton,L'histoire à mes côtés met à nu ton épaule,10Tu dis : je ne sens rien ! et tu nous railles, drôle,Ton rire sur mon nom gaiement vient écumer ;Mais je tiens le fer rouge et vois ta chair fumer.

Victor Hugo, Châtiments, III, 2 · Lire l'œuvre

Quand l'austère penseur qui, loin des multitudes, / Rêvait hier encore au fond des solitudes, / Apparaissant soudain dans sa tranquillité, / Vient au milieu de vous dire la vérité, / Défendre les vaincus, rassurer la patrie, / Éclatez ! répandez cris, injures, furie, / Ruez-vous sur son nom comme sur un butin ! / Vous n'obtiendrez de lui qu'un sourire hautain, / Et pas même un regard ! — Car cette âme sereine / Méprisant votre estime, estime votre haine.

« Écrit le 17 juillet 1851 en descendant de la tribune », IV, 6

La parole qui tue : les images de la parole poétique

ImageExempleRéférence
Le glaive dans la nuit« Et ses paroles, qui menacent, / […] Seront comme des mains qui passent / Tenant des glaives dans la nuit. »I, 1
La torche qui flamboie« La France, dans sa nuit profonde, / Verra ma torche flamboyer ! »I, 11
La prison de l'histoire« J'ai fermé sur ceux-ci mon livre expiatoire ; / J'ai mis des verrous à l'histoire ; / L'histoire est un bagne aujourd'hui. »I, 11
Le fouet qui châtie« On entendra mon fouet claquer sur leur échine. » ; « J'entrerai là, seigneur, la justice dans l'âme / Et le fouet à la main »I, 11 ; II, 7
Le fer rouge« Mais je tiens le fer rouge et vois ta chair fumer. »III, 2
La parole qui tue« Ah ! quelqu'un parlera. La muse, c'est l'histoire. […] Et l'on verra la parole qui tue / Sortir des cieux profonds ! »III, 9
Carte mentale de l'étapeengagementVoir dans le Lexique →
7Séance 6 · Lecture de l'œuvre

Diversité des formes et des cibles

Châtiments, livres I et II

Objectif de la séance : voir les liens qui unissent la forme poétique au contenu, à l'échelle du poème. La forme fait l'objet d'un choix, en étroit rapport avec le propos, qu'elle doit servir : la poésie est mise au service de l'argumentation. On parcourt donc des poèmes en pointant des faits récurrents, pour montrer que chaque forme sert un propos.

FormePoème
La chanson« Chanson », I, 10 (« Courtisans ! attablés dans la splendide orgie… ») ; « Chanson », I, 13
Le dialogue« Confrontations », I, 15
L'anaphore, la litanie« À un martyr », I, 8
Les chants croisés« Idylles », II, 1
La narration, la forme longue« Souvenir de la nuit du quatre », II, 3
L'autre cible : Dupin« L'autre président », II, 6
Le lyrisme étendu« À l'obéissance passive », II, 7 (partie VIII)
Chanson (I, 10), première et dernière strophes
Portrait de Victor Hugo
Victor Hugo1802 – 1885
Courtisans ! attablés dans la splendide orgie,La bouche par le rire et la soif élargie,Vous célébrez César très bon, très grand, très pur ;Vous buvez, apostats à tout ce qu'on révère,Le chypre à pleine coupe et la honte à plein verre… Mangez, moi je préfère, Vérité, ton pain dur.Ô peuple des faubourgs, je vous ai vu sublime,Aujourd'hui vous avez, serf grisé par le crime,Plus d'argent dans la poche, au cœur moins de fierté.On va, chaîne au cou, rire et boire à la barrière,Et vive l'empereur ! et vive le salaire !… Mangez, moi je préfère, Ton pain noir, liberté !

Victor Hugo, Châtiments, I, 10 (strophes 1 et 4) · Lire l'œuvre

Ô cadavres, parlez ! quels sont vos assassins ? / Quelles mains ont plongé ces stylets dans vos seins ? / Toi d'abord, que je vois dans cette ombre apparaître, / Ton nom ? — Religion. — Ton meurtrier ? — Le prêtre. / — Vous, vos noms ? — Probité, Pudeur, Raison, Vertu. / — Et qui vous égorgea ? — L'Église. — Toi, qu'es-tu ? / — Je suis la Foi publique. — Et qui t'a poignardée ? / — Le Serment. […] / — Je m'appelle Austerlitz. — Qui t'a tué ? — L'armée.

« Confrontations », I, 15 (extrait)
Carte mentale de l'étapesatireVoir dans le Lexique →
8Séance 7 · Notions

La satire dans Châtiments

Définition, types de discours, procédés

1. Définition

Face à des « valeurs » et à des individus qu'on ne reconnaît pas, qu'on méprise et qu'on juge dangereux, la satire (du latin satura, « mélange ») ignore toute pitié et toute nuance : elle vise à rabaisser, à dévaloriser des personnages et des actes, à détruire l'adversaire. L'indignation militante aboutit le plus souvent à une dénonciation directe par le discours (aux lecteurs, à l'adversaire, à l'histoire), sans négliger les ressources de la narration, de la description ou du portrait. Tous les moyens sont bons, du plus léger au plus lourd : le châtiment est dans la force verbale du discours, dans la répétition des coups de fouet.

La satire use donc de tous les procédés de grossissement (antonomase, caricature, accumulation, gradation), d'agressivité (métaphore, ironie, apostrophe, sarcasme, invective, injure), des constructions oratoires (anaphore, antithèse, chiasme, période) et de tous les registres de langue, du soutenu au vulgaire. Elle emprunte aussi d'autres tonalités : le ton épique pour exalter les vraies valeurs, le ton lyrique pour déplorer les victimes. Elle prend toutes les formes possibles (chanson, récit, portrait, saynète, poème lyrique ou épique), mais elle a souvent besoin chez Hugo d'une forme « ample » pour exprimer toute sa rage.

Boileau, Satire IX (extrait)
Portrait de Nicolas Boileau
Nicolas Boileau1636 – 1711
La satire, en leçons, en nouveautés fertile,Sait seule assaisonner le plaisant et l'utile,Et, d'un vers qu'elle épure aux rayons du bon sens,Détromper les esprits des erreurs de leur temps.5Elle seule, bravant l'orgueil et l'injustice,Va jusque sous le dais faire pâlir le vice ;Et souvent sans rien craindre, à l'aide d'un bon mot,Va venger la raison des attentats d'un sot.

Nicolas Boileau, Satires, IX (1668) · Lire l'œuvre

2. Les types de discours

DiscoursEffetExemples
À la première personneLe poète accusateur intervient lui-même.L'esprit vengeur qui passe (I, 11) ; l'exilé de Jersey (II, 5) ; le fouet du belluaire (II, 7) ; le fer rouge (III, 2) ; la bouche qui dit non (VII, 14)
Discours à soi-mêmeLe poète s'examine et se fixe une conduite.« Ce que le poète se disait en 1848 » (IV, 2)
Discours prêté à l'ennemiIl le dévalorise de l'intérieur en mettant à nu ses penchants et ses mauvaises pensées.L'homme de trahison (I, 4) ; les jésuites (I, 7) ; Guet-apens (II, 7) ; le bon bourgeois (III, 7)
Discours prêté aux victimes et aux alliésIl généralise la critique.Le prêtre martyr (I, 8) ; le chant de ceux qui s'en vont sur mer (V, 9) ; l'hymne des transportés (VI, 3)
Discours prêté à Dieu ou au diableIl justifie l'accusation.« Chanson » (V, 2)
Dialogue avec des allégoriesIl met en scène le procès.« Confrontations » (I, 15) ; Harmodius et la Conscience (III, 15)

3. Les formes

FormePoèmes
ChansonsI, 10 ; I, 13 ; II, 1 (« Idylles ») ; III, 10 ; V, 1 (« Le Sacre », sur l'air de Malbrough) ; V, 2 ; V, 9 ; VI, 3 ; VII, 3 (« Le Chasseur noir ») ; VII, 6 ; VII, 13
Saynètes, dialoguesI, 15 ; III, 11 ; III, 15 ; V, 4
FablesIII, 3 (« Fable ou histoire ») ; « Les Trois Chevaux » (éd. de 1870)
Pamphlets visant des cibles précisesI, 3 (les journalistes de L'Univers) ; I, 7 (les jésuites) ; II, 6 et IV, 8 (Dupin) ; III, 2 (Louis Napoléon) ; IV, 5 (Saint-Arnaud) ; V, 10 (Montalembert)

4. Les procédés

Du Bellay, Les Regrets, LXXXVI
Portrait de Joachim Du Bellay
Joachim Du Bellay1522 – 1560

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Marcher d'un grave pas, et d'un grave sourci,Et d'un grave souris à chacun faire fête,Balancer tous ses mots, répondre de la tête,Avec un Messer non, ou bien un Messer si ;5Entremêler souvent un petit E cosi,Et d'un son Servitor contrefaire l'honnête,Et comme si l'on eût sa part en la conquête,Discourir sur Florence, et sur Naples aussi ;Seigneuriser chacun d'un baisement de main,10Et suivant la façon d'un courtisan romain,Cacher sa pauvreté d'une brave apparence ;Voilà de cette cour la plus grande vertu,Dont souvent mal monté, mal sain, et mal vêtu,Sans barbe et sans argent on s'en retourne en France.

Joachim du Bellay, Les Regrets, LXXXVI (1558) · Lire l'œuvre

Carte mentale de l'étapesatireVoir dans le Lexique →
9Texte 3 · Séance 8

De la prose à la poésie

« Souvenir de la nuit du quatre », Châtiments, II, 3, et Histoire d'un crime, IV, 1

Les mêmes thèmes, les mêmes scènes, les mêmes personnages, les mêmes indignations se retrouvent dans les différents ouvrages où Hugo parle de Napoléon III, du coup d'État et du Second Empire. Certains passages de Châtiments ont aussi été écrits en prose, avant ou après. Ainsi la mort d'un enfant de sept ans, rue Tiquetonne, la nuit du 4 décembre, est racontée en vers dans Châtiments et en prose dans Histoire d'un crime, que Hugo ne fera paraître qu'en 1877.

Il m'entraîna dans une rue obscure. On entendait des détonations, au fond de la rue on voyait une ruine de barricade. […] — La rue Tiquetonne. Venez. Nous le suivîmes. J'ai raconté ailleurs cette chose tragique. […] Près de la lampe, sur une chaise, il y avait une vieille femme, penchée, courbée, pliée en deux, comme cassée, sur une chose qui était dans l'ombre et qu'elle avait dans les bras. Je m'approchai. Ce qu'elle avait dans les bras, c'était un enfant mort. La pauvre femme sanglotait silencieusement. […] La vieille femme leva la tête, et je vis sur ses genoux un petit garçon, pâle, à demi déshabillé, joli, avec deux trous rouges au front. […] — Sept ans, me dit-il. […] L'enfant avait été frappé de deux balles à la tête en traversant la rue « pour se sauver ». On l'avait rapporté à sa grand-mère « qui n'avait que lui ». […] L'aïeule, à travers ses sanglots, parlait par instants : — Si c'est Dieu possible ! — A-t-on idée ! — Des brigands, quoi ! Elle s'écria : — C'est donc ça le gouvernement ! — Oui, lui dis-je. Nous achevâmes de déshabiller l'enfant. Il avait une toupie dans sa poche. […] Elle prit les deux pieds glacés et blancs dans ses vieilles mains, tâchant de les réchauffer. Quand le pauvre petit corps fut nu, on songea à l'ensevelir. On tira de l'armoire un drap. Alors l'aïeule éclata en pleurs terribles. Elle cria : — Je veux qu'on me le rende. […] La femme qui était là vint à moi et, sans dire une parole, m'essuya la bouche avec un mouchoir. J'avais du sang aux lèvres. Que faire, hélas ? Nous sortîmes accablés. Il était tout à fait nuit.

Victor Hugo, Histoire d'un crime, IV, 1 (extraits ; texte intégral distribué en classe)
Souvenir de la nuit du quatre
Portrait de Victor Hugo
Victor Hugo1802 – 1885
L'enfant avait reçu deux balles dans la tête.Le logis était propre, humble, paisible, honnête ;On voyait un rameau bénit sur un portrait.Une vieille grand-mère était là qui pleurait.5Nous le déshabillions en silence. Sa bouche,Pâle, s'ouvrait ; la mort noyait son œil farouche ;Ses bras pendants semblaient demander des appuis.Il avait dans sa poche une toupie en buis.On pouvait mettre un doigt dans les trous de ses plaies.10Avez-vous vu saigner la mûre dans les haies ?Son crâne était ouvert comme un bois qui se fend.L'aïeule regarda déshabiller l'enfant,Disant : « Comme il est blanc ! approchez donc la lampe !Dieu ! ses pauvres cheveux sont collés sur sa tempe ! »15Et quand ce fut fini, le prit sur ses genoux.La nuit était lugubre ; on entendait des coupsDe fusil dans la rue où l'on en tuait d'autres.« Il faut ensevelir l'enfant », dirent les nôtres.Et l'on prit un drap blanc dans l'armoire en noyer.20L'aïeule cependant l'approchait du foyer,Comme pour réchauffer ses membres déjà roides.Hélas ! ce que la mort touche de ses mains froidesNe se réchauffe plus aux foyers d'ici-bas !Elle pencha la tête et lui tira ses bas,25Et dans ses vieilles mains prit les pieds du cadavre.« Est-ce que ce n'est pas une chose qui navre !Cria-t-elle ; monsieur, il n'avait pas huit ans !Ses maîtres, il allait en classe, étaient contents.Monsieur, quand il fallait que je fisse une lettre,30C'est lui qui l'écrivait. Est-ce qu'on va se mettreÀ tuer les enfants maintenant ? Ah ! mon Dieu !On est donc des brigands ? Je vous demande un peu,Il jouait ce matin, là, devant la fenêtre !Dire qu'ils m'ont tué ce pauvre petit être !35Il passait dans la rue, ils ont tiré dessus.Monsieur, il était bon et doux comme un Jésus.Moi je suis vieille, il est tout simple que je parte ;Cela n'aurait rien fait à monsieur BonaparteDe me tuer au lieu de tuer mon enfant ! »40Elle s'interrompit, les sanglots l'étouffant,Puis elle dit, et tous pleuraient près de l'aïeule :« Que vais-je devenir à présent, toute seule ?Expliquez-moi cela, vous autres, aujourd'hui.Hélas ! je n'avais plus de sa mère que lui.45Pourquoi l'a-t-on tué ? Je veux qu'on me l'explique.L'enfant n'a pas crié vive la République. »

Nous nous taisions, debout et graves, chapeau bas,
Tremblant devant ce deuil qu'on ne console pas.

Vous ne compreniez point, mère, la politique.
Monsieur Napoléon, c'est son nom authentique,
Est pauvre, et même prince ; il aime les palais ;
Il lui convient d'avoir des chevaux, des valets,
De l'argent pour son jeu, sa table, son alcôve,
Ses chasses ; par la même occasion, il sauve
La famille, l'église et la société ;
Il veut avoir Saint-Cloud, plein de roses l'été,
Où viendront l'adorer les préfets et les maires,
C'est pour cela qu'il faut que les vieilles grand-mères,
De leurs pauvres doigts gris que fait trembler le temps,
Cousent dans le linceul des enfants de sept ans.

Fin du poème (v. 47-60 ; après le blanc, le poète prend la parole) · Jersey, 2 décembre 1852 · Victor Hugo, Châtiments, II, 3
Carte mentale de l'étapeproseVoir dans le Lexique →
10Texte 4 · Séance 9

Prose et poésie : le personnage de Dupin

« L'autre président », Châtiments, II, 6, et Histoire d'un crime, I, 8-9

Le colonel était pâle, le commandant était pâle, M. Dupin était blême. Des deux côtés on avait peur. M. Dupin avait peur du colonel ; le colonel, certes, n'avait pas peur de M. Dupin, mais derrière cette risible et misérable figure il voyait se dresser quelque chose de terrible, son crime, et il tremblait. Il y a dans Homère une scène où Némésis apparaît derrière Thersite. […] Il paraît pourtant qu'il bégaya quelque chose comme ceci : — Vous êtes la force, vous avez des baïonnettes, j'invoque le droit, et je m'en vais. J'ai l'honneur de vous saluer. Il s'en alla. On le laissa s'en aller. Au moment de sortir, il se retourna, et laissa encore tomber quelques mots. Nous ne les ramasserons pas. L'histoire n'a pas de hotte. […] Sa carrière à l'Assemblée avait été d'un valet, sa fin fut d'un laquais. […] La couardise est la vieille complaisante de la félonie. Le sang de la loi versé est vite essuyé. Derrière l'assassin qui tient le poignard arrive le trembleur qui tient l'éponge. […] Le procès-verbal terminé, le représentant Canet en donna lecture au président et lui présenta une plume. — Que voulez-vous que je fasse de ça ? dit-il. — Vous êtes le président, répondit Canet. C'est notre dernière séance. Votre devoir est d'en signer le procès-verbal. Cet homme refusa.

Victor Hugo, Histoire d'un crime, I, 8 et 9, « Violation de la salle » et « Une fin pire qu'une mort » (extraits)

L'autre président

✱Le poème est composé de trois parties ; les vers sont numérotés à l'intérieur de chaque partie.

I
Portrait de Victor Hugo
Victor Hugo1802 – 1885
Donc, vieux partis, voilà notre homme consulaire !Aux jours sereins, quand rien ne nous vient assiéger,Dogue aboyant, dragon farouche, hydre en colère ; Taupe aux jours du danger !5Pour le mettre à leur tête, en nos temps que visiteLa tempête, brisant le cèdre et le sapin,Ils prirent le plus lâche, et n'ayant pas Thersite, Ils choisirent Dupin.Tandis que ton bras fort pioche, laboure et bêche,10Ils te trahissaient, peuple, ouvrier souverain ;Ces hommes opposaient le président Bobèche Au président Mandrin.

Caricature en couleurs : un vieil homme à énorme tête et au long nez, chapeau à la main, devant une foule de députés
Honoré Daumier, Dupin, lithographie de la série Les Représentants représentés, entre 1848 et 1849 (Paris, musée Carnavalet) ✱Le président Dupin caricaturé par Daumier : il est aussi la cible de la satire de Hugo.Domaine public · Wikimedia Commons
II
Sa voix aigre sonnait comme une calebasse ;Ses quolibets mordaient l'orateur au cœur chaud ;Ils avaient, insensés, mis l'âme la plus basse Au faîte le plus haut ;5Si bien qu'un jour, ce fut un dénouement immonde,Des soldats, sabre au poing, quittant leur noir chevet,Entrèrent dans ce temple auguste où, pour le monde, L'aurore se levait !Devant l'autel des lois qu'on renverse et qu'on brûle,10Honneur, devoir, criaient à cet homme : « Debout !Dresse-toi, foudre en main, sur ta chaise curule ! » Il plongea dans l'égout.

III
Qu'il y reste à jamais ! qu'à jamais il y dorme !Que ce vil souvenir soit à jamais détruit !Qu'il se dissolve là ! qu'il y devienne informe, Et pareil à la nuit !5Que, même en l'y cherchant, on le distingue à peineDans ce profond cloaque, affreux, morne, béant !Et que tout ce qui rampe et tout ce qui se traîne Se mêle à son néant !Et que l'histoire un jour ne s'en rende plus compte,10Et dise en le voyant dans la fange étendu :« On ne sait ce que c'est. C'est quelque vieille honte Dont le nom s'est perdu ! »Oh ! si ces âmes-là par l'enfer sont reçues,S'il ne les chasse pas dans son amer orgueil,15Poètes qui, portant dans vos mains des massues, Gardez ce sombre seuil,N'est-ce pas ? dans ce gouffre où la justice habite,Dont l'espérance fuit le flamboyant fronton,Dites, toi de Patmos lugubre cénobite,20 Toi Dante, toi Milton,Toi, vieil Eschyle ami des plaintives Électres,Ce doit être une joie, ô vengeurs des vertus,De faire souffleter les masques par les spectres, Et Dupin par Brutus !

Victor Hugo, Châtiments, II, 6 · Lire l'œuvre

Carte mentale de l'étapeproseVoir dans le Lexique →
11Séance 10 · Évaluation

Baccalauréat blanc : la fonction du poète

Classe de 1re STT, fin avril 2002

Gravure sombre : une énorme vague se dresse et s'enroule sous un ciel noir
Fortuné Méaulle d'après un dessin de Victor Hugo, Ma destinée (La Vague), gravure, entre 1881 et 1882 (maison de Victor Hugo) ✱Une vague immense dessinée par Hugo en exil : « L'océan me disait : ô poète, homme juste ».Domaine public · Wikimedia Commons

✱Le corpus réunit un poème antérieur à l'exil, où Hugo définit la fonction du poète, et un poème de Châtiments. Le texte 2 est « L'autre président » (II, 6), dont le sujet ne donnait que les neuf premières strophes (parties I et II, et les trois premières strophes de la partie III) : on le trouvera dans la section précédente.

Texte 1 · Fonction du poète (extrait)
Dieu le veut, dans les temps contraires,Chacun travaille et chacun sert.Malheur à qui dit à ses frères :Je retourne dans le désert !Malheur à qui prend ses sandalesQuand les haines et les scandalesTourmentent le peuple agité !Honte au penseur qui se mutileEt s'en va, chanteur inutile,10Par la porte de la cité !Le poète en des jours impiesVient préparer des jours meilleurs.Il est l'homme des utopies,Les pieds ici, les yeux ailleurs.C'est lui qui sur toutes les têtes,En tout temps, pareil aux prophètes,Dans sa main, où tout peut tenir,Doit, qu'on l'insulte ou qu'on le loue,Comme une torche qu'il secoue,20Faire flamboyer l'avenir !Il voit, quand les peuples végètent !Ses rêves, toujours pleins d'amour,Sont faits des ombres que lui jettentLes choses qui seront un jour.On le raille. Qu'importe ! il pense.Plus d'une âme inscrit en silenceCe que la foule n'entend pas.Il plaint ses contempteurs frivoles ;Et maint faux sage à ses paroles30Rit tout haut et songe tout bas !Peuples ! écoutez le poète !Écoutez le rêveur sacré !Dans votre nuit, sans lui complète,Lui seul a le front éclairé.Des temps futurs perçant les ombres,Lui seul distingue en leurs flancs sombresLe germe qui n'est pas éclos.Homme, il est doux comme une femme.Dieu parle à voix basse à son âme40Comme aux forêts et comme aux flots.

C'est lui qui, malgré les épines,
L'envie et la dérision,
Marche, courbé dans vos ruines,
Ramassant la tradition.
De la tradition féconde
Sort tout ce qui couvre le monde,
Tout ce que le ciel peut bénir.
Toute idée, humaine ou divine,
Qui prend le passé pour racine,
A pour feuillage l'avenir.

Il rayonne ! il jette sa flamme
Sur l'éternelle vérité !
Il la fait resplendir pour l'âme
D'une merveilleuse clarté.
Il inonde de sa lumière
Ville et désert, Louvre et chaumière,
Et les plaines et les hauteurs ;
À tous d'en haut il la dévoile ;
Car la poésie est l'étoile
Qui mène à Dieu rois et pasteurs !

v. 41 à 60 · Victor Hugo, « Fonction du poète », Les Rayons et les Ombres, I, 1840 (extrait)

L'océan me disait : ô poète, homme juste, / J'ai parfois comme toi cette surprise auguste / Qu'il me descend des cieux une immense rougeur ; […] / Les éclairs sont mes cris, les foudres sont ma voix ; / Je gronde sur l'écueil comme toi sur les rois ; / Je suis l'avertisseur brusque, horrible et céleste. […] / On est beau par Virgile et grand par Juvénal […] / Et le passage affreux du tonnerre est ma gloire.

Prolongement · Victor Hugo, « Fulgur », Les Quatre Vents de l'esprit, « Le Livre satirique », XLIV (extraits)
12Séance 11 · Évaluation et correction

Baccalauréat blanc : la nuit du 4

Classe de 1re S, correction du 9 mai 2002

✱Le corpus de ce baccalauréat blanc réunit les deux textes étudiés à la séance 8 : « Souvenir de la nuit du quatre » (texte A) et l'extrait d'Histoire d'un crime, IV, 1 (texte B). Le sujet lui-même n'est pas conservé dans le dossier ; seul le corrigé l'est. Les consignes ci-dessous sont reconstituées d'après ce corrigé.

13Séance 12 · Bilan

Bilan de la séquence

La poésie, une arme contre la tyrannie

✱Le bilan revient sans cesse à la même idée : chez Hugo, la forme poétique est choisie pour servir l'argumentation. On le prolonge par la lecture du dernier grand poème du livre VII, « Ultima verba », et par le regard que deux romanciers républicains portent sur le Second Empire.

Ultima verba (extraits)
Portrait de Victor Hugo
Victor Hugo1802 – 1885

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,Je vous embrasserai dans mon exil farouche,Patrie, ô mon autel ! liberté, mon drapeau !Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;Bannis, la République est là qui nous unit.J'attacherai la gloire à tout ce qu'on insulte ;Je jetterai l'opprobre à tout ce qu'on bénit !Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.[…]J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme ;Sans chercher à savoir et sans considérerSi quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si mêmeIls ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;S'il en demeure dix, je serai le dixième ;Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !

Jersey, 2 décembre 1852 · Victor Hugo, Châtiments, VII, 14 (strophes 1 à 3 et 7 à 8) · Lire l'œuvre

Gravure : des maisons et des jardins clos au bord d'une mer grise, sous un ciel lourd
Fortuné Méaulle d'après un dessin de Victor Hugo, Jersey, Marine Terrace, gravure (maison de Victor Hugo) ✱Marine Terrace, la maison de Jersey où Hugo, proscrit, date « Ultima verba » du 2 décembre 1852.Domaine public · Wikimedia Commons

Si jamais les malheurs voulaient qu'il n'y eût plus en France que cent hommes de cœur voulant et défendant la liberté, je serais du nombre ; le jour où il n'y en aurait plus que dix, je serai dans les dix ; le jour où il n'y en aura plus qu'un, ce sera moi.

Victor Hugo, Choses vues, 1851

Synthèse : les textes étudiés

L'Empire allait faire de Paris le mauvais lieu de l'Europe. Il fallait à cette poignée d'aventuriers qui venaient de voler un trône, un règne d'aventures, d'affaires véreuses, de consciences vendues, de femmes achetées, de soûlerie furieuse et universelle. Et, dans la ville où le sang de décembre était à peine lavé, grandissait, timide encore, cette folie de jouissance qui devait jeter la patrie au cabanon des nations pourries et déshonorées.

Émile Zola, La Curée (1871), chapitre II (extrait)

Je suis rentré le cerveau éteint, le cœur troué, chancelant comme un bœuf qui tombe et qui s'abat sous le maillet, dans le sang fumant de l'abattoir !

Jules Vallès, Le Bachelier (1881), « 4 décembre, au soir » (extrait)
Carte mentale de l'étapeengagementVoir dans le Lexique →
AaMémento

Lexique

Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.

Les cartes mentales ✱

Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.

Carte mentale ✱argumentationnom féminin
Synonymes

raisonnementdémonstrationplaidoyerpersuasion

Dérivés

argumentn. m.argumenterv.argumentatifadj.argumentairen. m.arguerv.contre-argumentn. m.

Champ lexical

thèseargumentexempleconvaincrepersuaderconnecteur

Étymologie
  • arguere latin : montrer, prouver
  • argumentum latin : preuve, raisonnement
  • argument, argumenter mots de la même famille
Expressions
  • convaincre et persuader : agir sur la raison / sur les émotions
  • un argument d'autorité : qui s'appuie sur une personne reconnue
  • illustrer un argument : l'appuyer sur un exemple précis
Références culturelles
  • Théophile Gautier, préface de Mademoiselle de Maupin, 1835Gautier y défend l'art pour l'art : « Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ».
  • Victor Hugo, Napoléon le Petit, 1852Pamphlet en prose où Hugo démontre l'illégitimité du coup d'État de 1851.
  • Victor Hugo, Châtiments, 1853Hugo y argumente en vers contre Napoléon III : la poésie devient une arme.
Carte mentale ✱satirenom féminin
Synonymes

critiquerailleriemoqueriepamphletcaricature

Antonymes

élogelouangeapologiepanégyrique

Dérivés

satiriqueadj.satiriquementadv.satiristen. m.saturerv.satiétén. f.

Champ lexical

ironiecaricaturedénonciationmoquerievicerire

Étymologie
  • satura latin : mélange, macédoine (lanx satura, plat garni de fruits variés)
  • satur latin : rassasié, plein
  • satyre faux ami : créature mythologique grecque, sans lien d'origine
Expressions
  • une satire mordante : une critique féroce
  • faire la satire de : se moquer d'un travers pour le dénoncer
  • « Castigat ridendo mores » : latin : elle corrige les mœurs en riant (devise de la comédie)
Références culturelles
  • Juvénal, Satires, début du IIe siècleJuvénal attaque avec violence les vices de Rome ; on lui doit « du pain et des jeux ».
  • Nicolas Boileau, Satires, 1666Boileau y raille les mauvais poètes et les embarras de Paris.
  • Molière, Le Médecin malgré lui, 1666Molière y fait la satire des médecins, de leur jargon latin et de leur charlatanisme.
  • Victor Hugo, Châtiments, 1853Satire politique féroce contre Napoléon III, le « Napoléon le Petit ».
Carte mentale ✱incipitnom masculin invariable
Synonymes

débutouvertureentrée en matièrecommencementattaque

Antonymes

explicitchutefin

Champ lexical

débuttitrepréfaceseuilannoncelecteur

Étymologie
  • incipere latin : commencer
  • incipit latin : « (il) commence », premier mot des manuscrits médiévaux
Expressions
  • « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » : incipit de Du côté de chez Swann
  • un incipit in medias res : qui commence au milieu de l'action
  • le pacte de lecture : ce que l'incipit promet au lecteur
Références culturelles
  • Victor Hugo, « Nox », Châtiments, 1853Le poème liminaire de Châtiments plante d'emblée le décor : le coup d'État de 1851.
  • Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1913« Longtemps, je me suis couché de bonne heure » : l'un des incipits les plus célèbres.
  • Albert Camus, L'Étranger, 1942« Aujourd'hui, maman est morte » : un incipit sobre qui annonce le ton du roman.
Carte mentale ✱engagementnom masculin
Synonymes

militantismecombatrésistanceprise de position

Antonymes

neutralitéindifférencedésengagement

Dérivés

engagerv.engagéadj.désengagerv.désengagementn. m.gagen. m.dégagerv.

Champ lexical

libertérésistancedénoncercombattémoignerinjustice

Étymologie
  • *waddi francique : garantie, d'où « gage »
  • engager « mettre en gage », d'où se lier par une promesse
Expressions
  • la littérature engagée : qui défend une cause
  • prendre parti : choisir son camp
  • la poésie de la Résistance : écrite sous l'Occupation, 1940-1944
Références culturelles
  • Victor Hugo, Châtiments, 1853Depuis l'exil, Hugo met sa poésie au service du combat contre Napoléon III.
  • Louis Aragon, Le Crève-cœur, 1941Aragon y dit la douleur de la défaite de 1940 et l'appel à résister.
  • Paul Éluard, Poésie et vérité 1942 (« Liberté »), 1942Poème de la Résistance, parachuté par les avions alliés au-dessus de la France.
  • Robert Desnos, « Ce cœur qui haïssait la guerre », L'Honneur des poètes, 1943Poème publié clandestinement, appel à se lever contre l'occupant.
Carte mentale ✱prosenom féminin
Synonymes

langage courantdiscours non versifiéécriture suivie

Antonymes

verspoésieversification

Dérivés

prosateurn. m.prosaïqueadj.prosaïquementadv.prosaïsmen. m.

Champ lexical

récitphraseparagrapheromannarrationligne

Étymologie
  • prorsus latin : en avant, en ligne droite
  • prosa oratio latin : discours qui va droit devant lui
Expressions
  • faire de la prose sans le savoir : comme M. Jourdain chez Molière
  • le poème en prose : poème écrit sans vers
Références culturelles
  • Molière, Le Bourgeois gentilhomme, 1670M. Jourdain découvre qu'il fait de la prose sans le savoir : scène célèbre sur prose et vers.
  • Victor Hugo, Châtiments, 1853Hugo attaque Napoléon III en vers : à comparer avec la prose de ses pamphlets sur le même sujet.
  • Victor Hugo, Histoire d'un crime, 1877Récit en prose du coup d'État de 1851, que Hugo traite aussi en vers dans Châtiments.

AaLes mots de la séquence

Termes techniques à connaître pour l'EAF

✱
Satire
Texte qui attaque et ridiculise des personnes, des institutions ou des mœurs (du latin satura, « mélange »).
Pamphlet
Court écrit polémique et violent contre une personne ou un régime (Napoléon le Petit).
Registre polémique
Registre du combat verbal : attaquer, réfuter, discréditer un adversaire.
Apostrophe
Interpellation directe d'une personne ou d'une chose (« Toi, son singe, marche derrière »).
Énonciation
Situation dans laquelle un énoncé est produit : qui parle, à qui, quand, où, à quel sujet.
Antiphrase, ironie
Dire le contraire de ce que l'on pense pour se moquer (« La société est sauvée »).
Antithèse / oxymore
Rapprochement de deux réalités opposées / dans un même groupe de mots.
Chiasme
Parallélisme croisé, sur le modèle AB / BA.
Gradation
Énumération de termes d'intensité croissante ou décroissante.
Hypotypose
Description si vive qu'elle met la scène sous les yeux du lecteur.
Antonomase
Emploi d'un nom propre comme nom commun, ou l'inverse (un Harpagon).
Allégorie
Représentation concrète d'une idée abstraite (la « louve Tyrannie »).
Métaphore in praesentia / in absentia
Métaphore dont le comparé est exprimé / sous-entendu.
Registre pathétique
Registre qui cherche à émouvoir le lecteur par le spectacle de la souffrance.
Registre épique
Registre de l'exploit et de la grandeur, qui amplifie personnages et actions.
Rimes plates / croisées
Rimes disposées AABB / ABAB.
Hétérométrie
Alternance, dans un même poème, de vers de longueurs différentes.
Refrain
Vers ou groupe de vers qui revient à intervalles réguliers.
Rejet
Élément bref d'une phrase placé au début du vers suivant, et ainsi mis en valeur.
Démontrer, convaincre, persuader
Prouver par un raisonnement ; emporter l'adhésion par des arguments ; agir sur les sentiments du destinataire.
Engagement
Attitude de l'écrivain qui met son œuvre au service d'une cause.

✱Sources : dossier « hugo, les chatiments » (Premières STT et S, 2002) : introduction historique, étude du titre, mission du poète, satire, de la prose à la poésie, Dupin, bacs blancs STT et S et corrigé ; plusieurs documents repris du site de J.-C. Cau.

14IAPour aller plus loin

Activités avec l'IA ✱

Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).

Trois règles avant de commencer
  • L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
  • Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
  • L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1

Napoléon III se défend, tu l'accuses

En classe30 min

Objectif. Mobiliser les armes de la satire de Châtiments contre un discours de justification du coup d'État.

  1. Relis les repères historiques (1848-1852) et la « Chanson » VII, 6 (« Petit, petit »).
  2. Le professeur projette le plaidoyer que l'IA écrit pour Louis-Napoléon Bonaparte.
  3. Par groupes, choisissez un poème étudié (« Souvenir de la nuit du quatre », « L'autre président », « Chanson » I, 10) et répondez au plaidoyer avec des vers précis.
  4. Comparez : quelle forme (chanson, récit, malédiction) est la plus efficace contre ce discours ?
À écrire à l'IA

Joue le rôle de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851. En huit lignes, justifie le coup d'État du 2 décembre comme le ferait un discours officiel de l'époque. Ensuite, attends ma réponse : je vais te répondre avec des vers de Victor Hugo tirés de Châtiments. Dis-moi alors quel procédé satirique tu reconnais dans ma réponse.

Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA n'invente pas de citation de Napoléon III ou de faits historiques : compare avec les repères historiques du manuel. Si elle attribue à Hugo un vers que tu ne trouves pas dans le recueil, signale-le.

2

Prose ou poésie : ce que le vers ajoute

À la maison35 min

Objectif. Comparer « Souvenir de la nuit du quatre » et le récit d'Histoire d'un crime, puis confronter ta comparaison à celle de l'IA.

  1. Relis les deux versions de la mort de l'enfant (Châtiments, II, 3 et Histoire d'un crime, IV, 1).
  2. Écris d'abord ta réponse à la question du bac blanc : pourquoi le genre poétique paraît-il le plus apte à émouvoir et indigner ?
  3. Demande ensuite à l'IA sa réponse avec le prompt.
  4. Compare avec la correction du manuel (unité vers-phrase, rimes et rejets, discours direct). Note une idée que l'IA a oubliée.
À écrire à l'IA

Victor Hugo raconte la mort d'un enfant pendant la nuit du 4 décembre 1851 deux fois : en prose dans Histoire d'un crime et en vers dans « Souvenir de la nuit du quatre » (Châtiments, II, 3). Donne trois procédés propres au poème qui renforcent l'émotion et l'indignation, avec un exemple pour chacun. Si tu n'es pas sûr d'une citation, écris « à vérifier ».

Garde ton esprit critique. Vérifie chaque citation dans le poème du manuel : l'IA déforme souvent les vers célèbres. Une réponse qui parle d'« émotion » sans procédé précis ne vaut rien.

3

Traquer les erreurs sur Dupin

En classe ou à la maison20 min

Objectif. Vérifier une biographie générée par l'IA à l'aide de l'encadré « Qui est Dupin ? ».

  1. Demande à l'IA une courte biographie d'André Dupin avec le prompt.
  2. Compare chaque date et chaque fonction avec l'encadré « Qui est Dupin ? » du manuel.
  3. Surligne en vert ce qui est confirmé, en rouge ce qui est faux ou absent du manuel.
  4. Explique en deux phrases pourquoi Hugo fait de Dupin un « second couteau » dans « L'autre président ».
À écrire à l'IA

Écris une biographie de huit lignes d'André Dupin, dit Dupin aîné, l'homme politique du XIXe siècle que Victor Hugo attaque dans Châtiments (« L'autre président »). Donne ses fonctions et ses dates principales.

Garde ton esprit critique. Les dates et les fonctions sont l'endroit où l'IA se trompe le plus. Ne retiens que ce que le manuel confirme ; le reste reste « à vérifier ».

4

Dissertation : la poésie, une arme ?

À la maison40 min

Objectif. Préparer la dissertation « La poésie est-elle une arme efficace pour combattre au nom de la liberté ? » en défendant ses arguments face à l'IA.

  1. Écris ton plan en deux ou trois parties, avec un exemple tiré de Châtiments par sous-partie.
  2. Soumets ton plan à l'IA, qui joue un contradicteur.
  3. Réponds à chacune de ses objections par écrit, en t'appuyant sur les « À retenir » (la mission du poète, « Ultima verba »).
  4. Garde seulement les objections qui t'obligent à nuancer ton plan.
À écrire à l'IA

Voici mon plan de dissertation sur le sujet « Selon vous, la poésie est-elle une arme efficace pour combattre au nom de la liberté ? », avec des exemples tirés de Châtiments de Victor Hugo : [colle ton plan]. Joue un contradicteur exigeant : fais-moi trois objections précises, sans réécrire mon plan.

Garde ton esprit critique. L'IA peut te proposer des exemples d'autres œuvres qu'elle résume mal. N'utilise un exemple que si tu l'as lu ou étudié en classe.

✎Pour l'enseignant

Fiches d'activité d'une heure

4 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier

  • 08
    La satire dans Châtiments, formes et procédésDéfinir la satire, montrer que chaque forme poétique sert une cible et un propos, repérer les procédés de la satire dans trois poèmes, puis rédiger un…
  • 09
    La nuit du quatre, émouvoir pour indignerComparer le récit en vers et le récit en prose de la mort d'un enfant, la nuit du 4 décembre 1851, pour comprendre ce que dénonce Hugo et pourquoi la poésie…
  • 10
    L'autre président, le portrait d'un lâcheÉtudier comment Hugo fait le portrait satirique de Dupin, président de l'Assemblée au moment du coup d'État, en vers puis en prose, et construire le plan d'une…
  • 11
    La poésie comme arme, préparer une dissertationDéfinir la fonction du poète selon Hugo, voir comment l'exil fait du poète un combattant, puis analyser un sujet de dissertation et en construire le plan avec…

Les fiches d'activité et leurs corrigés sont réservés aux professeurs : comment y accéder.