Français en classe
1re · Textes narratifs

L'apologue : conte, fable et conte philosophique

Raconter pour convaincre : la question de l'Homme et de la guerre

10 textes3 à retenir4 fiches d'activité
Créé en 2003-2004
Portrait de VoltaireVoltaire
Portrait de Charles PerraultCharles Perrault
Portrait de Denis DiderotDenis Diderot
★Ouverture de la séquence

La frise des textes

Les 6 textes que tu vas étudier, dans l'ordre chronologique. Touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.

1Présentation

La séquence en un coup d'œil

L'apologue : conte, fable et conte philosophique

Cette séquence de Première, la quatrième de l'année, a été conduite avec la classe de 1re ES1 de février à avril 2013. Elle s'inscrit dans l'objet d'étude « La question de l'Homme dans les genres de l'argumentation du XVIe siècle à nos jours ». Son point de départ est simple : comment un récit, une fable ou un conte peut-il faire réfléchir le lecteur et le convaincre ? On y lit des apologues, ces récits brefs qui portent une leçon, puis on les confronte à des formes plus directes de l'argumentation : l'article de dictionnaire, l'essai, le discours polémique.

Le fil conducteur est double. D'un côté, la guerre et la violence des hommes, que Voltaire dénonce dans « Babouc et la guerre » et que La Fontaine travestit en combat de basse-cour dans « Les Deux Coqs ». De l'autre, le regard porté sur l'autre, le « sauvage » ou l'esclave, de Montaigne à Diderot. La séquence s'achève sur un devoir de type bac de quatre heures, le 20 avril 2013, consacré à l'esclavage.

Fiche enseignant
Intitulé
L'apologue : conte, fable et conte philosophique
Objet d'étude
La question de l'Homme dans les genres de l'argumentation du XVIe siècle à nos jours (programme de Première de 2011)
Classe
1re ES1, séquence 4, février-avril 2013 ; compléments tirés des séquences de 1re STT (2003-2004) et de 1re L (2006)
Textes
Voltaire, La Fontaine, Montaigne, Diderot, Montesquieu ; textes à l'appui : parabole, fable d'Ésope, utopie de Rabelais, conte de Perrault
Évaluation
Devoir type bac de 4 heures, samedi 20 avril 2013 : question de corpus, commentaire, invention ou dissertation
Fil rouge
Essai, dialogue, apologue : diversité des formes de l'argumentation. Raconter pour convaincre, est-ce plus efficace que démontrer ?

Le parcours

N°DominanteSupportNotions
1Ouverture : qu'est-ce que l'apologue ?Textes à l'appui : parabole (Luc), fable (Ésope), utopie (Rabelais), conte (Perrault)Apologue, morale explicite et implicite
2Texte 1 : Babouc et la guerreVoltaire, Le Monde comme il va (1748) ; à l'appui : « Guerre », Dictionnaire philosophiqueConte philosophique, ironie, satire
3Texte 2 : Les Deux CoqsLa Fontaine, Fables, VII, 12 ; correction du commentaireFable, burlesque, morale
4Prolongement : réécrire la fableLa Fontaine, « La Cigale et la Fourmi » ; Anouilh, « La Cigale et le Renard »Réécriture, parodie, transposition
5Qui est le barbare ?Montaigne, « Des cannibales » ; Voltaire, « Anthropophages »Essai, anecdote, renversement des valeurs
6Texte 3 : le discours du vieillardDiderot, Supplément au voyage de Bougainville (1772)Énonciation, registre polémique
7Texte 4 : contre l'esclavageDiderot, Histoire des deux Indes (1780)Concession, réfutation, question rhétorique
8Devoir type bac (4 h)Montesquieu, Voltaire, Jaucourt, DiderotQuestion de corpus, commentaire, invention, dissertation

Les textes étudiés

TexteŒuvre
OuvertureLa parabole, la fable, l'utopie, le conteLuc ; Ésope ; Rabelais ; Perrault, « La Belle au bois dormant », 1697
Texte 1Babouc et la guerreVoltaire, Le Monde comme il va, 1748
À l'appui« Guerre »Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764
Texte 2« Les Deux Coqs »La Fontaine, Fables, livre VII, 1678
À l'appui« Anthropophages »Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1765
Cours« Des cannibales »Montaigne, Essais, I, 31, 1580
Texte 3Le discours du vieillard tahitienDiderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1772
Texte 4« Hommes ou démons… »Diderot, Histoire des deux Indes, 1780
Évaluation« De l'esclavage des nègres »Montesquieu, De l'esprit des lois, XV, 5, 1748
2Séance 1 · Ouverture

Qu'est-ce qu'un apologue ?

La parabole, la fable, l'utopie, le conte : textes à l'appui

La séquence s'ouvre sur un petit dossier intitulé « L'apologue – textes à l'appui ». Il réunit quatre récits très différents par l'époque et par la forme, mais qui ont un point commun : ils racontent une histoire pour transmettre une leçon. La classe les lit l'un après l'autre et cherche, pour chacun, qui raconte, à qui, et quel enseignement le récit veut faire passer.

1. La parabole

L'aveugle de Jéricho

Comme Jésus approchait de Jéricho, un aveugle était assis au bord du chemin, et mendiait. Entendant la foule passer, il demanda ce que c'était. On lui dit : C'est Jésus de Nazareth qui passe. Et il cria : Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! Ceux qui marchaient devant le reprenaient, pour le faire taire ; mais il criait beaucoup plus fort : Fils de David, aie pitié de moi ! Jésus, s'étant arrêté, ordonna qu'on le lui amène ; et, quand il se fut approché, il lui demanda : Que veux-tu que je te fasse ? Il répondit : Seigneur, que je recouvre la vue. Et Jésus lui dit : Recouvre la vue ; ta foi t'a sauvé. À l'instant il recouvra la vue, et suivit Jésus, en glorifiant Dieu. Tout le peuple, voyant cela, loua Dieu.

Évangile selon Luc, chapitre 18, versets 35 à 43 (traduction d'après la Bible Louis Segond)

Tableau : devant une ville antique, un homme en robe rouge touche les yeux d'un aveugle agenouillé, entouré d'une foule
Nicolas Poussin, Les Aveugles de Jéricho ou Le Christ guérissant les aveugles, huile sur toile, 1650, musée du Louvre ✱Près de Jéricho, Jésus rend la vue à un aveugle : la scène racontée par l'Évangile.Domaine public · Wikimedia Commons

2. La fable

Le dossier donne ensuite une fable d'Ésope (VIe siècle av. J.-C.), « La cigale et les fourmis », en traduction française (traducteur non indiqué : le texte n'est pas reproduit ici). C'est l'hiver : les fourmis font sécher leur grain mouillé, et une cigale affamée leur demande à manger. Elle avoue qu'elle a passé l'été à chanter ; les fourmis se moquent d'elle : « si tu chantais en été, danse en hiver ». Une phrase finale énonce la morale : il faut se garder de la négligence en toute affaire. Le récit est très bref et la leçon est explicite, séparée du récit.

3. L'utopie

Le troisième texte est tiré de Rabelais, Gargantua (1534), chapitre 57, dans une version en français moderne (non reproduite ici). Il décrit la vie des habitants de l'abbaye de Thélème, que Gargantua a fondée : ils vivent non selon des lois ou des règles, mais selon leur libre arbitre, avec une seule clause, « FAIS CE QUE VOUDRAS ». Des gens libres et bien éduqués, explique le texte, ont naturellement un « aiguillon » qu'ils appellent honneur et qui les pousse à la vertu. L'utopie raconte une société idéale pour mieux faire voir, par contraste, les défauts de la société réelle.

4. Le conte

Le dernier texte est la fin de « La Belle au bois dormant » de Perrault, suivie de ses deux moralités en vers.

« La Belle au bois dormant », dénouement
Portrait de Charles Perrault
Charles Perrault1628 – 1703

▶ Écouter toute l'œuvre Histoires ou contes du temps passé (YouTube)

[La reine mère, qui est ogresse, veut dévorer la jeune reine et ses deux enfants, Aurore et Jour. Le maître d'hôtel les a cachés et lui a servi une biche à la place de la jeune reine.]

Un soir qu'elle rôdait comme d'habitude dans les cours et basses-cours du château pour y humer quelque viande fraîche, elle entendit dans une salle basse le petit Jour qui pleurait, parce que la reine sa mère le voulait faire fouetter, parce qu'il avait été méchant, et elle entendit aussi la petite Aurore qui demandait pardon pour son frère.

L'ogresse reconnut la voix de la reine et de ses enfants, et furieuse d'avoir été trompée, elle commande dès le lendemain au matin, avec une voix épouvantable, qui faisait trembler tout le monde, qu'on apportât au milieu de la cour une grande cuve, qu'elle fit remplir de crapauds, de vipères, de couleuvres et de serpents, pour y faire jeter la reine et ses enfants, le maître d'hôtel, sa femme et sa servante : elle avait donné ordre de les amener les mains liées derrière le dos.

Ils étaient là, et les bourreaux se préparaient à les jeter dans la cuve, lorsque le roi, qu'on n'attendait pas si tôt, entra dans la cour à cheval ; il était venu en poste, et demanda tout étonné ce que voulait dire cet horrible spectacle ; personne n'osait l'en instruire, quand l'ogresse, enragée de voir ce qu'elle voyait, se jeta elle-même la tête la première dans la cuve, et fut dévorée en un instant par les vilaines bêtes qu'elle y avait fait mettre. Le roi ne put s'empêcher d'en être fâché, car elle était sa mère ; mais il s'en consola bientôt avec sa belle femme et ses enfants.

Charles Perrault, « La Belle au bois dormant », Histoires ou contes du temps passé (1697) · Lire l'œuvre

Moralité
Attendre quelque temps pour avoir un Époux,Riche, bien fait, galant et doux,La chose est assez naturelle,Mais l'attendre cent ans, et toujours en dormant,5On ne trouve plus de femelle,Qui dormît si tranquillement.La Fable semble encor vouloir nous faire entendre,Que souvent de l'Hymen les agréables nœuds,Pour être différés n'en sont pas moins heureux,10Et qu'on ne perd rien pour attendre ;Mais le sexe avec tant d'ardeurAspire à la foi conjugale,Que je n'ai pas la force ni le cœurDe lui prêcher cette morale.

Perrault, « La Belle au bois dormant » (1697), moralités. Le document donne les vers à la suite : la coupe des vers est rétablie d'après les majuscules.

Gravure : dans une chambre envahie de feuillages, un jeune homme s'approche d'une princesse endormie sur un lit
Gustave Doré, illustration pour La Belle au bois dormant, Les Contes de Perrault, édition de 1867 ✱Le prince découvre la princesse endormie depuis cent ans : la moralité se moque de cette longue attente.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapeapologueVoir dans le Lexique →
3Texte 1 · Séance 2

Babouc et la guerre

Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc, 1748

Le conte : la mission de Babouc

L'ange Ituriel, irrité par les excès des Perses, charge le Scythe Babouc d'observer leur capitale, Persépolis : de son rapport dépendra le sort de la ville. Le schéma narratif du conte, établi en classe, suit les rencontres successives de Babouc.

  • La colère d'Ituriel contre les excès des Perses et la mission de Babouc.
  • Babouc à la guerre entre les Perses et les Indiens.
  • Babouc chez les pauvres (le marché et le cimetière), puis devant les merveilles architecturales de la ville : Persépolis ressemble au Paris du XVIIIe siècle.
  • Le dîner chez la dame : les mœurs dissolues de la société de Persépolis.
  • Babouc avec les magistrats, le militaire et le « gros homme » : la vente des charges judiciaires et militaires, les fermiers généraux qui achetaient le droit de lever l'impôt.
  • Babouc à l'église, au théâtre (merveille du spectacle, misère des acteurs), chez les marchands (de l'intérêt du commerce).
  • Babouc et les mages (contre les gens d'Église, en particulier les jansénistes), puis chez les gens de lettres (la pédanterie).
  • Babouc et les deux lettrés : son point de vue sur les Perses commence à changer.
  • Babouc chez le ministre, de nouveau chez la dame (ses vertus), puis chez Théone.
  • Le retour de Babouc et le message de la statue.

L'extrait étudié correspond à la première étape : à peine parti, Babouc rencontre l'armée persane. Il interroge d'abord un soldat, qui ignore la cause de la guerre : son « métier est de tuer et d'être tué pour gagner [sa] vie », et il passerait volontiers chez les Indiens pour une demi-drachme de plus par jour. Le capitaine n'en sait pas davantage : seuls, dit-il, les « principaux satrapes » savent pourquoi on s'égorge.

« Sont-ce là des hommes ? »
Portrait de Voltaire
Voltaire1694 – 1778

Babouc, étonné, s'introduisit chez les généraux ; il entra dans leur familiarité. L'un d'eux lui dit enfin : « La cause de cette guerre, qui désole depuis vingt ans l'Asie, vient originairement d'une querelle entre un eunuque d'une femme du grand roi de Perse et un commis d'un bureau du grand roi des Indes. Il s'agissait d'un droit qui revenait à peu près à la trentième partie d'une darique. Le premier ministre des Indes et le nôtre soutinrent dignement les droits de leurs maîtres. La querelle s'échauffa. On mit de part et d'autre en campagne une armée d'un million de soldats. Il faut recruter cette armée tous les ans de plus de quatre cent mille hommes. Les meurtres, les incendies, les ruines, les dévastations se multiplient ; l'univers souffre, et l'acharnement continue. Notre premier ministre et celui des Indes protestent souvent qu'ils n'agissent que pour le bonheur du genre humain ; et à chaque protestation il y a toujours quelques villes détruites et quelques provinces ravagées. »

Le lendemain, sur un bruit qui se répandit que la paix allait être conclue, le général persan et le général indien s'empressèrent de donner bataille ; elle fut sanglante. Babouc en vit toutes les fautes et toutes les abominations ; […] Il vit des officiers tués par leurs propres troupes ; il vit des soldats qui achevaient d'égorger leurs camarades expirants pour leur arracher quelques lambeaux sanglants, déchirés et couverts de fange. […] « Sont-ce là des hommes, s'écria Babouc, ou des bêtes féroces ? Ah ! je vois bien que Persépolis sera détruite. »

Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748), extrait · Lire l'œuvre

Texte à l'appui : l'article « Guerre »

Seize ans après le conte, Voltaire reprend la même dénonciation sous une autre forme : un article de son Dictionnaire philosophique. On passe du récit à l'argumentation directe.

« Le merveilleux de cette entreprise infernale »

▶ Écouter toute l'œuvre Dictionnaire philosophique (YouTube)

Un généalogiste prouve à un prince qu'il descend en droite ligne d'un comte dont les parents avaient fait un pacte de famille, il y a trois ou quatre cents ans avec une maison dont la mémoire même ne subsiste plus. Cette maison avait des prétentions éloignées sur une province dont le dernier possesseur est mort d'apoplexie : le prince et son conseil concluent sans difficulté que cette province lui appartient de droit divin. Cette province, qui est à quelques centaines de lieues de lui, a beau protester qu'elle ne le connaît pas, qu'elle n'a nulle envie d'être gouvernée par lui ; que, pour donner des lois aux gens, il faut au moins avoir leur consentement : ces discours ne parviennent pas seulement aux oreilles du prince, dont le droit est incontestable. Il trouve incontinent un grand nombre d'hommes qui n'ont rien à perdre ; il les habille d'un gros drap bleu à cent dix sous l'aune, borde leurs chapeaux avec du gros fil blanc, les fait tourner à droite et à gauche et marche à la gloire.

[…]

Ces multitudes s'acharnent les unes contre les autres, non seulement sans avoir aucun intérêt au procès, mais sans savoir même de quoi il s'agit.

[…]

Le merveilleux de cette entreprise infernale, c'est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d'aller exterminer son prochain.

Voltaire, « Guerre », Dictionnaire philosophique (1764), extrait · Lire l'œuvre

Tableau : une vaste plaine avec une ville fortifiée au loin, des troupes et des cavaliers au premier plan
Louis-Nicolas Van Blarenberghe, Siège d'Ypres, du 6 au 25 juin 1744, 1783 ✱Une guerre de rois au temps de Voltaire, vue de loin comme un beau panorama.Domaine public · Wikimedia Commons
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4Texte 2 · Séance 3

Une guerre de basse-cour

Jean de La Fontaine, « Les Deux Coqs », Fables, livre VII, 1678

Après le conte philosophique, la fable. Le sujet reste la guerre, mais traité sur un tout autre ton : deux coqs se battent pour une poule, comme les Grecs et les Troyens pour Hélène.

Les Deux Coqs
Portrait de Jean de La Fontaine
Jean de La Fontaine1621 – 1695

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Deux Coqs vivaient en paix : une Poule survint,Et voilà la guerre allumée.Amour, tu perdis Troie ; et c'est de toi que vintCette querelle envenimée,5Où du sang des Dieux même on vit le Xanthe teint.Longtemps entre nos Coqs le combat se maintint :Le bruit s'en répandit par tout le voisinage.La gent qui porte crête au spectacle accourut.Plus d'une Hélène au beau plumage10Fut le prix du vainqueur ; le vaincu disparut.Il alla se cacher au fond de sa retraite,Pleura sa gloire et ses amours,Ses amours qu'un rival tout fier de sa défaitePossédait à ses yeux. Il voyait tous les jours15Cet objet rallumer sa haine et son courage.Il aiguisait son bec, battait l'air et ses flancs,Et s'exerçant contre les ventsS'armait d'une jalouse rage.Il n'en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toits20S'alla percher, et chanter sa victoire.Un Vautour entendit sa voix :Adieu les amours et la gloire.Tout cet orgueil périt sous l'ongle du Vautour.Enfin par un fatal retour25Son rival autour de la PouleS'en revint faire le coquet :Je laisse à penser quel caquet,Car il eut des femmes en foule.La Fortune se plaît à faire de ces coups ;30Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.Défions-nous du sort, et prenons garde à nousAprès le gain d'une bataille.

Jean de La Fontaine, Fables, livre VII, fable XII (1678) · Lire l'œuvre

Gravure : dans une cour de ferme, un coq chante sur un toit tandis qu'un oiseau de proie fond sur lui ; des poules en bas
Jean-Baptiste Oudry (dessin) et Martin Marvie (gravure), Les Deux Coqs, Fables de La Fontaine, édition Desaint et Saillant ✱Le coq vainqueur chante sur le toit ; un vautour fond sur lui, et le vaincu retrouve les poules.Domaine public · Wikimedia Commons
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Correction du commentaire

Introduction proposée. Si La Fontaine s'est inspiré du fabuliste grec Ésope, il a voulu privilégier le caractère plaisant du récit sur la fonction morale. « Les Deux Coqs », douzième fable du livre VII, qui met en scène deux gallinacés se déchirant pour une poule, semble répondre à cet équilibre, ne serait-ce que par les proportions : la morale occupe, comme souvent chez le fabuliste classique, une place moindre, à la chute du texte. De facture classique, de registre à la fois épique et burlesque, cette fable hétérométrique a pourtant une visée argumentative : elle met en garde ceux qui crient victoire par orgueil et surtout par imprudence. À quelles règles du genre cette fable répond-elle ? Quels éléments la singularisent ? Comment remplit-elle sa fonction d'apologue ?

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5Séance 4 · Prolongement

La Cigale, de La Fontaine à Anouilh

La fable et ses réécritures : un sujet de bac blanc (1re, 2006)

La fable se prête à la réécriture. Ce prolongement reprend un bac blanc de Première de mars 2006, dont le corpus réunissait trois fables autour du rapport à l'argent : « La Cigale et la Fourmi » de La Fontaine, « La Cigale » de Jean Anouilh, précédée d'un bref préambule de l'auteur, et une fable d'Italo Svevo. Les deux premières faisaient l'objet d'un commentaire comparé ; la dissertation portait sur l'ambiguïté de la fable, entre « futilité » et « profondeur ».

La Cigale ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.

Jean de La Fontaine, « La Cigale et la Fourmi », Fables, livre I, fable 1 (1668), premiers vers

Jean Anouilh (1910-1987), dramaturge, auteur notamment d'Antigone, a publié un recueil de Fables (1962 ; le document du dossier indique 1966 [à vérifier]), réécritures ludiques et modernisées de La Fontaine. Ses textes sont protégés par le droit d'auteur : ils ne sont pas reproduits ici (texte distribué en classe). Dans « La Cigale et le Renard », la cigale a chanté tout l'été dans les casinos et les boîtes de nuit ; elle se trouve donc « fort bien pourvue » à l'arrivée de l'hiver. Elle va trouver un renard banquier pour placer son argent, déjoue son discours flatteur et lui impose ses conditions. La fable se clôt sur une morale implicite : « Depuis, il apprend la musique ».

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6Séance 5 · Le regard sur l'autre

Qui est le barbare ?

Montaigne, « Des cannibales », 1580 ; Voltaire, « Anthropophages », 1765

Le récit de voyage et l'anecdote nourrissent aussi l'argumentation. Montaigne au XVIe siècle, Voltaire au XVIIIe partent d'un même sujet, le cannibalisme des peuples dits « sauvages », pour retourner contre le lecteur européen l'accusation de barbarie.

Montaigne, « Des cannibales » : le cours

L'extrait étudié va de « C'est chose émerveillable… » à « … de tels aliments » (texte distribué en classe). Montaigne décrit d'abord le rituel anthropophage lié aux pratiques guerrières, pour le comparer ensuite aux pratiques occidentales, dont la barbarie lui semble supérieure.

Texte à l'appui : Voltaire, « Anthropophages »

« C'est là qu'est l'horreur »
Portrait de Voltaire
Voltaire1694 – 1778

▶ Écouter toute l'œuvre Dictionnaire philosophique (YouTube)

En 1725 on amena quatre sauvages du Mississipi à Fontainebleau, j'eus l'honneur de les entretenir ; il y avait parmi eux une dame du pays, à qui je demandai si elle avait mangé des hommes ; elle me répondit très naïvement qu'elle en avait mangé. Je parus un peu scandalisé ; elle s'excusa en disant qu'il valait mieux manger son ennemi mort que de le laisser dévorer aux bêtes, et que les vainqueurs méritaient d'avoir la préférence. Nous tuons en bataille rangée ou non rangée nos voisins, et pour la plus vile récompense nous travaillons à la cuisine des corbeaux et des vers. C'est là qu'est l'horreur, c'est là qu'est le crime ; qu'importe quand on est tué d'être mangé par un soldat, ou par un corbeau et un chien ?

Nous respectons plus les morts que les vivants. Il aurait fallu respecter les uns et les autres. Les nations qu'on nomme policées ont eu raison de ne pas mettre leurs ennemis vaincus à la broche ; car s'il était permis de manger ses voisins, on mangerait bientôt ses compatriotes ; ce qui serait un grand inconvénient pour les vertus sociales.

[Voltaire explique que toutes les nations ont d'abord été sauvages : des peuples de chasseurs, peu nombreux, ont traité leurs ennemis comme leur gibier.]

C'est la superstition qui a fait immoler des victimes humaines, c'est la nécessité qui les a fait manger.

Quel est le plus grand crime, ou de s'assembler pieusement pour plonger un couteau dans le cœur d'une jeune fille ornée de bandelettes, à l'honneur de la Divinité, ou de manger un vilain homme qu'on a tué à son corps défendant ?

Voltaire, « Anthropophages », Dictionnaire philosophique (1765), extrait · Lire l'œuvre

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7Textes 3 et 4 · Séances 6 et 7

Diderot : donner la parole à l'autre

Supplément au voyage de Bougainville, 1772 ; Histoire des deux Indes, 1780

Texte 3 · « Ce pays est à toi ! et pourquoi ? »

Dans le Supplément au voyage de Bougainville, Diderot met en scène un vieillard tahitien qui apostrophe le navigateur Bougainville, venu occuper l'île en 1768, et dont le Voyage autour du monde (1771) est à l'origine du mythe du « paradis polynésien ».

Les adieux du vieillard
Portrait de Denis Diderot
Denis Diderot1713 – 1784

▶ Écouter toute l'œuvre Supplément au voyage de Bougainville (YouTube)

Ce pays est à toi ! et pourquoi ? Parce que tu y as mis le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres : Ce pays appartient aux habitants de Tahiti, qu'en penserais-tu ? Tu es le plus fort ! Et qu'est-ce que cela fait ? Lorsqu'on t'a enlevé une des méprisables bagatelles dont ton vaisseau est rempli, tu t'es récrié, tu t'es vengé ; et dans le même instant tu as projeté le vol de toute une contrée ? Tu n'es pas un esclave : tu souffrirais la mort plutôt que de l'être, et tu veux nous asservir ? Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien est ton frère.

Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi ? Tu es venu ; nous sommes-nous jetés sur ta personne ? avons-nous pillé ton vaisseau ? t'avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis ? t'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ? Nous avons respecté notre image en toi. Laisse-nous nos mœurs ; elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières.

[Le vieillard oppose le nécessaire, que les Tahitiens possèdent, aux « besoins superflus » et aux « biens imaginaires » des Européens : chez eux, rien ne paraît préférable au repos.]

Va dans ta contrée t'agiter, te tourmenter tant que tu voudras ; laisse-nous reposer : ne nous entête ni de tes besoins factices, ni de tes vertus chimériques.

Denis Diderot, Supplément au voyage de Bougainville (1772), extrait · Lire l'œuvre

Gravure : sur une plage bordée de palmiers, des marins européens rencontrent des Tahitiens ; un navire au large
Émile Rouargue, Bougainville abordant à Taïti, gravure, 1846 ✱Bougainville débarque à Tahiti en 1768 : le vieillard tahitien voit arriver les Européens.Domaine public · Wikimedia Commons

Texte 4 · « Hommes ou démons, qui que vous soyez »

L'Histoire philosophique et politique des deux Indes, publiée sous le nom de l'abbé Raynal, est une histoire de la colonisation européenne à laquelle Diderot a apporté de nombreuses pages. Dans celle-ci, il prête sa voix à un esclave qui s'adresse aux défenseurs de l'esclavage.

Sur l'esclavage

Hommes ou démons, qui que vous soyez, oserez-vous justifier les attentats contre ma liberté naturelle par le droit du plus fort ? Quoi ! celui qui veut me rendre esclave n'est point coupable ? Il use de ses droits ? Où sont-ils ces droits ? Qui leur a donné un caractère assez sacré pour faire taire les miens ? Je tiens de la nature le droit de me défendre ; elle ne t'a donc pas donné celui de m'attaquer. Si tu te crois autorisé à m'opprimer, parce que tu es plus fort et plus adroit que moi, ne te plains donc pas quand mon bras vigoureux ouvrira ton sein pour y chercher ton cœur ; ne te plains pas, lorsque, dans tes entrailles déchirées, tu sentiras la mort que j'y aurai fait passer avec tes aliments. […]

Mais, dit-on, dans toutes les régions ou dans tous les siècles, l'esclavage s'est plus ou moins généralement établi.

Je le veux : mais qu'importe ce que les autres peuples ont fait dans les autres âges ? Est-ce aux usages du temps ou à sa conscience qu'il faut en appeler ? Est-ce l'intérêt, l'aveuglement, la barbarie ou la raison et la justice qu'il faut écouter ? Si l'universalité d'une pratique en prouvait l'innocence, l'apologie des usurpations, des conquêtes, de toutes les sortes d'oppressions serait achevée.

[L'esclave réfute ensuite deux autres objections : les lois modernes protégeraient la vie des esclaves, mais elles ne sont jamais appliquées ; et, même appliquées, elles laisseraient le maître disposer de leurs jours.]

Dans la vérité, le droit d'esclavage est celui de commettre toutes sortes de crimes. Je hais, je fuis l'espèce humaine, composée de victimes et de bourreaux ; et si elle ne doit pas devenir meilleure, puisse-t-elle s'anéantir !

Denis Diderot, contribution à l'Histoire des deux Indes de l'abbé Raynal (1780), extrait · Lire l'œuvre

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8Séance 8 · Évaluation

Dénoncer l'esclavage

Devoir type bac, 1re ES1, samedi 20 avril 2013, 4 heures

Le devoir de fin de séquence prend la forme complète de l'épreuve écrite : une question sur le corpus, puis un travail d'écriture au choix. Le corpus réunit quatre textes du XVIIIe siècle contre l'esclavage, qui illustrent quatre manières d'argumenter.

TexteForme
1Montesquieu, « De l'esclavage des nègres », De l'esprit des lois, XV, 5 (1748)Traité ; argumentation ironique
2Voltaire, Candide (1759), « Le nègre de Surinam » (le sujet indique « chapitre VI » ; il s'agit du chapitre XIX [à vérifier])Conte philosophique
3Chevalier de Jaucourt, article « Traite des nègres », Encyclopédie (1766)Article de dictionnaire
4Denis Diderot, contribution à l'Histoire des deux Indes de l'abbé Raynal (1780)Discours polémique (voir texte 4)
Texte 1 · De l'esclavage des nègres
Portrait de Montesquieu
Montesquieu1689 – 1755

Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :

Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres.

Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre.

On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir.

[…]

Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez les nations policées, est d'une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?

Montesquieu, De l'esprit des lois, livre XV, chapitre 5 (1748) · Lire l'œuvre

Plan ancien d'un navire vu de dessus et en coupe, rempli de silhouettes humaines serrées
Plan du navire négrier Brookes, publié par l'abolitionniste Thomas Clarkson ✱Ce plan d'un navire négrier, diffusé par les adversaires de la traite, montre ce que Montesquieu dénonce par l'ironie.Domaine public · Wikimedia Commons

Texte 2. Aux portes de Surinam, Candide et Cacambo rencontrent un esclave noir à qui l'on a coupé la main et la jambe, selon « l'usage » : « C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. » Candide en pleure et renonce à l'optimisme de Pangloss, « la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal ». Texte 3. Jaucourt définit la traite comme un négoce qui viole la religion, la morale, les lois naturelles et tous les droits de la nature humaine ; il démontre, de manière déductive, qu'aucun homme n'a le droit de vendre ou d'acheter la liberté d'un autre, et que tout esclave doit être déclaré libre.

Éléments de corrigé : le texte de Montesquieu

Une fiche d'explication du dossier de 1re STT (2003) fournit l'analyse du texte 1, utile pour la question de corpus et pour l'invention. Dans ce traité de sociologie politique, où il étudie comment le climat, les mœurs, l'économie et les lois ont influé sur les régimes politiques, Montesquieu feint d'être l'avocat de l'esclavage des Noirs : il propose en neuf paragraphes neuf arguments, dont une lecture attentive révèle les vices. Projet de lecture : montrer quelle stratégie il adopte pour prendre à contre-pied la thèse esclavagiste.

Pour le commentaire du texte 4, on se reportera au plan semi-détaillé du texte 4 (séance 7).

9Bilan

Raconter, démontrer, persuader

Bilan de la séquence · les mots de l'argumentation

Du récit au discours : bilan

✱
TexteFormeCible
Voltaire, Babouc et la guerreConte philosophiqueLa guerre et ses causes futiles
La Fontaine, « Les Deux Coqs »Fable en versL'orgueil du vainqueur
Anouilh, « La Cigale et le Renard »Fable réécriteL'argent, l'artiste, le banquier
Montaigne ; Voltaire, « Anthropophages »Essai ; article et anecdoteLes préjugés de l'Européen
Diderot, Supplément ; Deux IndesDiscours rapporté, polémiqueLa colonisation, l'esclavage
Montesquieu, De l'esprit des loisPlaidoyer ironiqueL'esclavage

Mémento : les mots de la séquence

Burlesque
Style qui traite un sujet noble de manière familière, ou un sujet bas de manière héroï-comique.
Registre polémique
Registre du combat d'idées : lexique moral opposé au lexique péjoratif, apostrophes, ironie provocante.
Pamphlet
Court écrit satirique qui attaque avec violence les institutions.
Antiphrase
Dire le contraire de ce que l'on pense (« ils ont dû », chez Montesquieu).
Raisonnement par l'absurde
Raisonnement dont la conclusion inacceptable ruine la thèse qu'il prétend soutenir.
Concession / réfutation
Admettre en partie l'argument adverse (« Je le veux »), puis le rejeter.
Question rhétorique
Question qui n'attend pas de réponse et oriente l'assentiment du lecteur.
✱
Apologue
Récit bref qui illustre une leçon : on argumente en racontant.
Parabole, fable, utopie
Formes de l'apologue : récit religieux ; récit souvent animalier avec morale ; société idéale.
Conte philosophique
Récit merveilleux ou exotique qui critique la société (Voltaire).
Morale explicite / implicite
Leçon énoncée par le texte / leçon à dégager par le lecteur.
Ironie
Faire entendre le contraire de ce que l'on dit, pour se moquer ou dénoncer.
Essai
Texte argumentatif libre, où l'auteur réfléchit en son nom (Montaigne).

Sources : documents de la séquence 4 de 1re ES1, « La question de l'Homme dans les genres de l'argumentation » (février-avril 2013) : textes de lecture analytique et textes à l'appui (Babouc, « Guerre », « Les Deux Coqs », « Anthropophages », Bougainville, Diderot sur l'esclavage), plans détaillés de « Babouc et la guerre » et du texte de Diderot, devoirs pour le texte de Voltaire, correction du commentaire des « Deux Coqs », schéma narratif de la nouvelle, « L'apologue – textes à l'appui », fiche « Le conte », cours sur « Des cannibales », devoir type bac du 20 avril 2013. Compléments : dossier « Le Monde comme il va » de 1re STT (2003-2004 ; cours d'introduction aux Lumières d'après l'encyclopédie Encarta, lecture analytique d'« Anthropophages », méthodologie du commentaire, explication du texte de Montesquieu, exercices sur l'argumentation) ; corrigés du bac blanc de 1re de mars 2006 sur la fable. Textes de Voltaire, La Fontaine, Perrault, Diderot et Montesquieu reproduits d'après ces documents (domaine public) ; Ésope, Rabelais, Montaigne et Anouilh résumés. Encadrés « L'auteur », « À retenir », « Pour comparer », tableau de bilan et seconde partie du mémento : ajouts pédagogiques.

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Lexique

Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.

Les cartes mentales ✱

Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.

Carte mentale ✱apologuenom masculin
Synonymes

fableparaboleconte philosophiquerécit allégorique

Antonymes

argumentation directetraitéessai

Champ lexical

moralerécitleçonallégorieargumenterplaire et instruire

Étymologie
  • apologos grec : récit, fable
  • logos grec : parole, discours
  • apologie mot voisin à ne pas confondre : la défense de quelqu'un
Expressions
  • argumenter en racontant : le principe de l'apologue
  • « plaire et instruire » : le double but de l'apologue classique
  • l'apologue de la statue : le dénouement du Monde comme il va
Références culturelles
  • Ésope, Fables, VIe siècle av. J.-C.Ésope fixe le modèle de l'apologue : un court récit, souvent animalier, porteur d'une leçon morale.
  • Jean de La Fontaine, Fables, 1668La Fontaine met en vers les apologues antiques pour plaire et instruire à la fois.
  • Charles Perrault, Histoires ou contes du temps passé, 1697Ses contes s'achèvent par des moralités en vers qui en font des récits à visée morale.
  • Voltaire, Le Monde comme il va, 1748Babouc, chargé de juger Persépolis, conclut qu'il ne faut pas la détruire : un récit au service d'une leçon.
  • Diderot, Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, 1776Ce dialogue fictif sert, comme un apologue, à montrer qu'un incroyant peut être vertueux.
Carte mentale ✱conte philosophiquenom masculin
Synonymes

apologuerécit philosophiquefable philosophique

Dérivés

conterv.conteurn. m.raconterv.philosophen. m.philosophien. f.philosopherv.philosophiquementadv.

Champ lexical

naïvetévoyageironiecritiquemoraleLumières

Étymologie
  • computare latin : calculer ; d'où « conter », énumérer puis raconter
  • philosophia grec : amour de la sagesse (philos : ami ; sophia : sagesse)
Expressions
  • « Il faut cultiver notre jardin » : la morale finale de Candide
  • « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » : la formule de Pangloss, raillée par Voltaire
  • le regard naïf : un étranger découvre le monde et en montre les absurdités
Références culturelles
  • Voltaire, Zadig, 1747Zadig, sage poursuivi par le malheur, s'interroge sur la Providence au fil d'aventures orientales.
  • Voltaire, Le Monde comme il va, 1748Babouc observe Persépolis et découvre que le bien et le mal y sont inséparables.
  • Voltaire, Micromégas, 1752Un géant venu de Sirius visite la Terre et relativise l'orgueil et le savoir des hommes.
  • Voltaire, Candide ou l'Optimisme, 1759Les malheurs de Candide réfutent l'optimisme de Pangloss, caricature de la pensée de Leibniz.
  • Voltaire, L'Ingénu, 1767Un Huron découvre la France de Louis XIV et en critique l'intolérance et l'arbitraire.
Carte mentale ✱fablenom féminin
Synonymes

apologueconterécithistoire

Antonymes

véritéréalité

Dérivés

fabulisten. m.fabuleuxadj.fabuleusementadv.fabliaun. m.affabulationn. f.affabulerv.fabulateurn. m.

Champ lexical

moraleanimauxrécitleçonpersonnificationvers

Étymologie
  • fari latin : parler, dire
  • fabula latin : récit, histoire, conte
  • fabuliste, fabuleux, affabulation mots de la même famille
Expressions
  • « La raison du plus fort est toujours la meilleure » : morale du « Loup et l'Agneau »
  • être la fable du quartier : être l'objet des moqueries
  • raconter des fables : raconter des mensonges
Références culturelles
  • Ésope, Fables, VIe siècle av. J.-C.Ésope est considéré comme le père de la fable antique, écrite en prose.
  • Phèdre, Fables, Ier sièclePhèdre met en vers latins les fables d'Ésope.
  • Jean de La Fontaine, Fables, 1668Modèle de la fable en vers, qui cherche à instruire en divertissant.
  • Jean-Pierre Claris de Florian, Fables, 1792Florian prolonge la tradition de La Fontaine (« Pour vivre heureux, vivons cachés »).
Carte mentale ✱réécriturenom féminin
Synonymes

repriseadaptationimitationvariation

Antonymes

original

Dérivés

réécrirev.récrirev.écrirev.écritn. m.écrituren. f.écrivainn. m.scriben. m.

Champ lexical

modèlesourceimitationparodiepastichevariante

Étymologie
  • re- latin : de nouveau
  • scribere latin : écrire ; ancien français escrire
Expressions
  • réécrire une fable : la raconter autrement
  • une réécriture parodique : qui se moque de son modèle
  • l'imitation des Anciens : principe de l'écriture classique
Références culturelles
  • Jean de La Fontaine, Fables (d'après Ésope), 1668La Fontaine réécrit en vers les fables d'Ésope et de Phèdre.
  • Guillaume Apollinaire, « La Loreley », Alcools, 1913Apollinaire réécrit une légende allemande déjà mise en vers par Brentano.
  • Raymond Queneau, Exercices de style, 1947La même histoire réécrite 99 fois : la réécriture devient un jeu.
  • Jean Anouilh, Fables, 1962Anouilh réécrit avec ironie des fables de La Fontaine.
Carte mentale ✱barbareadjectif et nom
Synonymes

sauvagecruelinhumainétranger

Antonymes

civiliséhumainraffiné

Dérivés

barbarien. f.barbarismen. m.barbaresqueadj.

Champ lexical

cannibalecivilisationregardpréjugéNouveau Monderelativisme

Étymologie
  • barbaros grec : étranger, qui ne parle pas grec (sa langue sonne comme « bar-bar »)
  • barbarus latin : étranger, sauvage
  • barbarie, barbarisme mots de la même famille
Expressions
  • « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage » : Montaigne, « Des cannibales »
  • « Comment peut-on être Persan ? » : Montesquieu, Lettres persanes
  • un barbarisme : une faute de langue, un mot qui n'existe pas
Références culturelles
  • Montaigne, Essais (« Des cannibales »), 1580Montaigne y montre que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage.
  • Montesquieu, Lettres persanes, 1721Le regard faussement naïf de deux Persans fait apparaître l'étrangeté des mœurs françaises.
  • Voltaire, Dictionnaire philosophique (« Anthropophages »), 1764Voltaire y interroge l'accusation de cannibalisme portée contre d'autres peuples et la retourne contre les violences européennes. [à vérifier]
  • Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1796 (écrit en 1772)Le vieillard tahitien y accuse les Européens d'être les vrais barbares, corrupteurs d'un peuple heureux.
  • Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, 1952Lévi-Strauss y montre que le barbare est d'abord celui qui croit à la barbarie des autres.
Carte mentale ✱dialoguenom masculin
Synonymes

conversationéchangeentretiendiscussion

Antonymes

monologuesilence

Dérivés

dialoguerv.dialoguéadj.dialoguisten. m.

Champ lexical

guillemetstiretrépliqueverbe de paroleincisepersonnage

Étymologie
  • dia grec : à travers, entre
  • legein grec : parler, dire
  • dialogos grec : conversation
  • dialoguer, monologue mots de la même famille
Expressions
  • un dialogue de sourds : chacun parle sans écouter l'autre
  • une incise : « dit-il », insérée dans la réplique
  • ouvrir les guillemets : commencer un dialogue
Références culturelles
  • Homère, L'Odyssée, VIIIe siècle av. J.-C.Les échanges d'Ulysse avec ses hôtes, ou avec le Cyclope, font avancer le récit par le dialogue.
  • Jean de La Fontaine, Le Loup et l'Agneau, 1668La fable repose sur un dialogue inégal où le plus fort a toujours le dernier mot.
  • Charles Perrault, Le Petit Chaperon rouge, 1697Le célèbre échange final entre la fillette et le loup déguisé en mère-grand mène à la chute.
10IAPour aller plus loin

Activités avec l'IA ✱

Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).

Trois règles avant de commencer
  • L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
  • Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
  • L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1

L'IA tombe-t-elle dans le piège de Montesquieu ?

En classe25 min

Objectif. Comprendre l'ironie de « De l'esclavage des nègres » (Montesquieu, 1748) : un réquisitoire en forme de plaidoyer.

  1. Relis le texte de Montesquieu et la correction « un réquisitoire en forme de plaidoyer ».
  2. Le professeur colle le texte dans l'IA (domaine public) et pose la question du prompt.
  3. La classe juge la réponse : l'IA a-t-elle compris que Montesquieu pense le contraire de ce qu'il écrit ?
  4. Relevez trois indices d'ironie (hypothèse en « si », antiphrase, arguments absurdes) que l'IA a vus ou manqués.
À écrire à l'IA

Voici un texte de Montesquieu, De l'esprit des lois, livre XV, chapitre 5 (1748) : [colle le texte]. Quelle est la thèse de l'auteur ? Justifie ta réponse par des indices précis du texte.

Garde ton esprit critique. Une IA peut résumer le texte au premier degré ou au contraire reconnaître l'ironie sans la prouver. Ce qui compte : les indices du texte, pas l'affirmation.

2

Babouc parle de la guerre

À la maison25 min

Objectif. Comparer le conte de Voltaire (Babouc) et l'article « Guerre » : quelle forme convainc le mieux ?

  1. Relis l'extrait de Babouc (« Sont-ce là des hommes ? ») et l'article « Guerre » du Dictionnaire philosophique.
  2. Réponds seul à la question « Pour comparer » : le conte ou l'article, quelle forme te paraît la plus efficace ?
  3. Demande à l'IA de défendre la forme que tu n'as pas choisie.
  4. Réponds-lui en t'appuyant sur les deux textes.
À écrire à l'IA

Je compare deux textes de Voltaire contre la guerre : le conte Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748) et l'article « Guerre » du Dictionnaire philosophique (1764). Je pense que [indique la forme que tu préfères] est plus efficace. Défends l'autre forme en huit lignes, puis réponds à mes objections.

Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA ne cite pas des phrases de Voltaire qu'il n'a pas écrites. Contrôle chaque citation dans les extraits du manuel.

3

Réécrire « Les Deux Coqs »

En classe ou à la maison35 min

Objectif. Réécrire la fable de La Fontaine en changeant de registre, comme Anouilh avec « La Cigale », puis comparer.

  1. Relis « Les Deux Coqs » et le corrigé du bac blanc sur la réécriture (procédés d'inversion, jeu avec les codes).
  2. Écris ta réécriture en prose ou en vers, dans un cadre contemporain.
  3. Demande ensuite à l'IA de repérer les procédés de réécriture que tu as utilisés.
  4. Vérifie qu'elle les nomme correctement à l'aide de la méthode « analyser une réécriture ».
À écrire à l'IA

Voici ma réécriture de la fable « Les Deux Coqs » de La Fontaine (Fables, VII, 12) : [colle ton texte]. Quels procédés de réécriture ai-je utilisés (transposition, inversion, changement de registre, parodie) ? Ma morale est-elle claire ? Ne réécris pas mon texte.

Garde ton esprit critique. L'IA peut nommer un procédé qui n'est pas dans ton texte. Pour chaque procédé, retrouve le passage précis ; sinon, refuse la remarque.

4

Le vieillard tahitien répond

À la maison25 min

Objectif. Comprendre l'inversion du regard chez Diderot (Supplément au voyage de Bougainville).

  1. Relis « Les adieux du vieillard » et l'« À retenir » sur Diderot.
  2. Prépare trois questions qu'un Européen de 1772 pourrait poser au vieillard.
  3. Demande à l'IA de jouer le vieillard.
  4. Compare ses réponses avec le texte : retrouves-tu le tutoiement, les questions rhétoriques, les hypothèses retournées ?
À écrire à l'IA

Tu joues le vieillard tahitien du Supplément au voyage de Bougainville de Diderot (1772). Réponds à mes questions avec le ton du texte : tutoiement, questions rhétoriques, renversement des points de vue. Reste fidèle aux idées du texte. Mes questions : [colle tes questions].

Garde ton esprit critique. Repère les idées que l'IA ajoute et qui ne sont pas dans Diderot (idées écologistes ou modernes, par exemple). Le texte, pas l'IA, fait foi.

✎Pour l'enseignant

Fiches d'activité d'une heure

4 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier

  • 12
    Quatre récits, une leçonComparer quatre récits très différents qui transmettent une leçon (qui raconte, à qui, dans quel but), distinguer morale explicite et implicite, étudier le ton…
  • 13
    Babouc à la guerreMener la lecture analytique de l'épisode de la guerre avec les questions d'observation et d'interprétation du cours, puis comparer le conte philosophique et…
  • 14
    Une guerre de basse-courDistinguer récit et morale, analyser la parodie épique et burlesque de la guerre et la versification de la fable, puis rédiger un paragraphe de commentaire à…
  • 15
    Plaider pour mieux accuserDémonter l'ironie de Montesquieu, qui feint de défendre l'esclavage, puis préparer les deux exercices du devoir type bac : la question de corpus sur les…

Les fiches et leurs corrigés s'ouvrent en mode enseignant.